Saïd ibn Al Mouçayeb rapporte « Oumu Salama eut la naissance d’un neveu qu’on appela Al Walid ». Le Prophète a dit : « Vous commencez à attribuer des noms de vos Pharaons. Il y aura dans cette communauté un homme appelé Al- Walid qui fera plus de mal à ma communauté que Pharaon à son peuple. Abu Amr Al-Awzaï a dit : les gens croyaient que c’était Al-Walid ibn Abdul Malik, puis nous avons constaté qu’il s’agit d’Al-Walid ibn Yazid à cause des troubles qui sévirent à son temps et qui occasionnèrent sa mort.
La dynastie omeyyade a commencé avec Mouawia en 659 et s’est terminée en l’an 750 avec Marwan ibn Mohamed ibn Al-Walid. Leur règne a duré 91 ans, 7 mois et 13 jours. Umayya est l’arrière-grand-père de Mouawia, il fut un des notables de la tribu de Quraich avant l’Islam. Dès l’avènement de l’Islam, les rapports entre Banu Umayya et leurs cousins Banu Hâchim se détériorent à cause du mauvais accueil réservé au Prophète (s) par Banu Umayya.
Abu Sufiane ibn Harb, père de Mouawia, jouissait d’une grande notoriété à la Mecque à l’époque où fut proclamée la mission du Prophète (s), mais il combattit l’Islam de toutes ses forces et causa d’énormes dégâts aux musulmans. Il n’y entra qu’à la veille de l’ouverture de la Mecque ; puis tous les membres des Banu Umayya le suivirent. Le Prophète (s) fit preuve d’une grande sollicitude envers eux pour les rapprocher des Banu Hâchim et dissiper la haine entre eux. Dès lors, leur dévouement à l’Islam ne s’est pas fait attendre. Abu Sufiane perdit un œil lors d’une bataille aux côtés du Prophète ; celui-ci employa Mouawia comme secrétaire de la révélation et confia plusieurs postes de responsabilité aux membres de cette famille. Cette tradition s’est poursuivie durant le règne des trois premiers Califes et ainsi l’influence des Banu Umayya ne cesse de grandir jusqu’au moment où ils s’approprièrent le pouvoir au temps de Mouawia.
1.1 Caractéristiques de la dynastie omeyyade
1.1.1 Transformation du califat (khilafa) en monarchie héréditaire
Après avoir arraché la khilafa par la rébellion, la conspiration et la ruse, Mouawia la transforma en monarchie qu’il transmit à son fils Yazid. Sur son lit de mort, il écrit les recommandations suivantes à celui qui va lui succéder [1] :
« Mon cher enfant, je t’ai épargné toutes les fatigues des expéditions et des voyages, je t’ai aplani les affaires, j’ai abaissé tes ennemis, j’ai fait baisser la tête devant toi aux Arabes, et réuni sous ta domination un empire tel que personne n’en avait jamais réuni. Veille sur les hommes du Hijaz : c’est ta race ; honore ceux d’entre eux qui viendront te trouver ; fais du bien à ceux qui sont restés loin de toi. Veille sur les hommes de l’Irak, et s’ils te demandent la destitution d’un préfet (gouverneur) par jour, fais-le, car destituer un préfet est plus aisé que de voir dégainer cent épées. Veille sur les hommes de la Syrie et qu’ils soient dans ton intimité ; si quelque ennemi te donne de l’inquiétude, prend-les pour défenseurs, puis, après la victoire, renvoie les Syriens dans leurs contrées ; car en y restant, leur caractère s’améliore. Et je ne crains pour toi de compétition au sujet de cet empire que de la part de 4 Quraychites : Hussein, fils de Ali ; Abdallah, fils d’Omar ; Abdallah, fils de Zobair ; Abdurrahman, fils d’Abou Bakr. Pour ce qui est du fils d’Omar, c’est un homme à qui la piété et l’adoration ont enlevé toute énergie ; lorsqu’il ne reste plus que lui, il accepte ton autorité. Quant à Hussein, fils d’Ali, c’est un homme léger, et le peuple de l’Irak ne le laissera pas tranquille qu’il ne l’ait poussé à la révolte. Lorsque Hussein se sera révolté et que tu auras triomphé de lui, accorde-lui ton pardon, car c’est un proche parent, ses droits sont importants et il est de la famille de Mohammed. Quand au fils d’Abu Bakr, s’il voit ses compagnons agir d’une manière, il les imitera ; il n’a de pensée que pour les femmes et les amusements. Enfin, il y en a un qui restera accroupi en face de toi comme le lion et qui te traitera avec astuce comme le renard ; s’il rencontre quelque occasion propice, il ne fera qu’un saut : c’est Ibn Zoubair. S’il fond sur toi et que tu parviennes à le vaincre, coupe-le en mille morceaux ! Et épargne autant que possible le sang de tes sujets ».
Ce testament politique illustre l’esprit clanique de la caste omeyyade, leur soif du pouvoir et leur insouciance quant aux principes islamiques de gestion de l’Etat.
1.1.2 Les révoltes
Abdallah ibn Zoubair et Hussein ibn Ali se révoltèrent quand ils apprirent la succession de Mouawia par son fils Yazid. Auparavant les gens de Koufa (Irak) incitaient Hussein à la révolte contre Mouawia mais Hussein temporisait. L’intronisation de Yazid était la goutte qui fit déborder le verre. Hussein prit la décision de mener la révolte contre Yazid. Il sortit de la Mecque avec une foule et se dirigea vers l’Irak. Nous y reviendrons plus loin.
La débauche de Yazid n’a pas tardé à gagner les provinces y compris la Mecque et Médine qui furent polluées à leur tour par le vice du libertinage et des boissons enivrantes. Sur ordre de leur leader Abdallah ibn Zoubair, les habitants de Médine destituèrent le gouverneur de Médine et ses collaborateurs d’origine omeyyade, à savoir Marwan ibn Al-Hakam, Uthman ibn Mohammed ibn Abi Sufiane et d’autres. On décida de les arrêter mais ces derniers s’échappèrent de justesse. Lorsque Yazid apprit la nouvelle, il envoya une armée à Médine pour mater la révolte. Muslim ibn Okba fut désigné à la tête de cette armée qui a perpétré des massacres inouïs à Médine. Les femmes de la ville sainte du Prophète étaient livrées au viol et la ville au pillage. La bataille se déroula à Al-harra, un endroit fort ensoleillé à Médine. Ensuite Muslim prit la direction de la Mecque à la recherche de Abdallah ibn Zoubair. Mais il reçut un coup de lance et céda le commandement à Hussein ibn Noumaïr. Muslim succomba à ses blessures peu de temps après. Hussein ibn Noumaïr reprit la marche jusqu’à la Mecque, assiégea ibn Zoubair plusieurs jours. Il n’hésita pas à bombarder la ka’ba à l’aide d’une catapulte. Ils lancèrent de gros projectiles et du feu sur la Ka’ba dont ils incendièrent les voiles, la terrasse et les cornes du bélier d’Abraham [2]. Les artilleurs étaient foudroyés sur le coup. Dieu les frappa par la foudre ; plus de dix artilleurs et leurs machines de guerre ont été carbonisés. C’était le samedi 4 Rabie Awal de l’an 64 de l’Hégire. Au même moment, disent certains, onze jours après affirment d’autres, Yazid se fut éteint, terrassé par une crise cardiaque. Il décéda alors que son armée était encore à la Mecque. Son fils Mouawia lui succéda mais il ne régna que 40 jours avant de mourir empoisonné et poignardé on ne sait par qui, à l’âge de 21 ans. Hostile au système dynastique, ce dernier n’avait pas désigné de successeur. Quand on lui demanda de le faire, il répondit : « je n’ai pas goûté sa douceur pourquoi supporterai-je son amertume. » Sur ces entrefaites, Abdallah ibn Zoubair fut élu. Il obtint le serment d’allégeance des habitants du Hijaz. L’Irak, le Yémen, l’Iran, les provinces d’Egypte et du Cham ne lui avaient accordé le serment d’allégeance qu’en partie et tardivement après la mort de Mouawia ibn Yazid. Abdallah ibn Zoubair était un homme courageux et d’une grande piété, confit en dévotion. Il se consacrait énormément à la prière et au jeûne. Abdallah était le fils de Zoubair ibn al-Awam ; sa mère est Asma bint Abu Bakr. Il avait reconstruit la ka’ba en l’agrandissant et y avait placé une porte d’entrée et une porte de sortie. A cette époque, Marwan ibn al-Hakam lui disputait le pouvoir au Cham. Si les gens du Cham avaient prêté serment d’allégeance à ce dernier, son autorité en revanche n’était pas reconnue dans les autres provinces, d’après les historiens. Par contre, l’autorité de son fils Abdul Malik qui lui succéda était légitime dans les provinces du Cham, de l’Egypte et de l’Irak. Ce dernier fut un despote pervers. Il plaça des sanguinaires à la tête de certaines provinces tels que Hajjaj ibn Youssouf gouverneur d’Irak, Mouhallab à Khoraçane, Hichâm ibn Ismail à Médine. Dès son installation à la tête de l’Etat, Abdul Malik ibn Marwane envoya Al-Hajjaj à la tête d’une armée à la Mecque pour combattre Abdallah ibn Zoubair considéré comme rebelle. Arrivé à la Mecque, Al Hajjaj assiégea ibn Zoubair dans la Mosquée sainte. A Damas (capitale de l’Etat), la nouvelle eut bon accueil ; Al Hajjaj reçut l’ordre de l’emmener vivant. Des pourparlers furent engagés entre Al Hajjaj et Abdallah ibn Zoubair par l’intermédiaire de son frère Urwa ibn Zoubair. On offrit à ibn Zoubair un asile en paix hors de la Mecque s’il renonce à ses ambitions politiques. Ibn Zoubair refusa sur les conseils de sa mère qui lui dit : « n’accepte pas un plan qui cache un complot. Il vaut mieux mourir noble. Evite l’emprisonnement ».
Sa mère voulait l’inciter au combat. Abdallah dit à sa mère : « je crains d’être mutilé après la mort ». Sa mère lui répondit : « Mon fils ! Est-ce que le dépeçage fait mal au mouton égorgé ! ». Il était réfugié dans la Ka’ba lorsqu’un groupe de soldats lui intima l’ordre de sortir. Abdallah et ses gardes les affrontèrent et les chassèrent loin de la Mosquée. Mais peu de temps après, ils reçurent des renforts, l’assiégèrent et le tuèrent à coups de pierres dans l’enceinte même de la ka’ba. Certains chroniqueurs font état de la démolition par catapultage pour une seconde fois de la ka’ba. Une cinquantaine de soldats ont été foudroyés [3] . Ce fut en l’an 74, ibn Zoubair fut crucifié en public. Al Hajjaj fut nommé gouverneur de la Mecque, il reconstruisit la ka’ba sur l’ordre du chef en la ramenant à ses dimensions anciennes.
1.1.3 Rappel de la naissance du mouvement kharidjite
Le mouvement kharidjite est né à l’occasion de l’arbitrage du conflit opposant Mouawia à Ali ibn Abi Talib. Un jour, se sentant affaiblies par une rude et interminable bataille, les troupes de Mouawia brandirent le Coran et exigèrent que le conflit soit soumis à l’arbitrage sur la base du Livre de Dieu. Dans le même temps des voix s’élevèrent dans les deux camps approuvant l’initiative de l’arrêt du combat afin d’épargner le sang des musulmans. Il convient de noter que durant le combat, les deux armées s’arrêtaient au même moment pour prier en face de la même qibla (direction de la prière), invoquer le même Dieu, prier pour le même prophète, puis reprendre le combat. Au début, Ali n’avait pas accepté la proposition, estimant que c’était un complot orchestré par Mouawia. Mais certains de ses proches collaborateurs comme le Yéménite al-Ache’ath ibn Qaïs firent pression sur lui et il finit par accepter l’arrêt du combat et l’arbitrage. Il désigna Abou Moussa al Ach’ari pour le représenter dans l’arbitrage. L’armée du Calife fut troublée par la nouvelle, un groupe voulait poursuivre le combat jusqu’au résultat de l’arbitrage, un autre groupe voulait suspendre le combat jusqu’à l’arbitrage et ainsi la division commença à faire son chemin dans les rangs de l’armée du Calife. Ce dernier ne savait quoi faire ; les uns le poussaient à poursuivre le combat, les autres lui demandaient d’aller à l’arbitrage. Ceux qui voulaient poursuivre le combat élirent pour chef Abdallah ibn Wahb Arracibi. Ils se présentèrent devant le Calife et lui dirent : « Crains Dieu, tu t’es engagé et tu as exigé notre engagement pour combattre jusqu’à la mort ou l’anéantissement de notre ennemi s’il ne se conforme pas à l’ordre de Dieu. Nous constatons que tu t’es penché vers une option impliquant la division, la désobéissance à Allah et l’humiliation dans ce bas-monde. Lève-toi et viens avec nous, nous appliquons à l’ennemi l’arbitrage de Dieu par l’épée jusqu’à ce que Dieu juge entre nous et eux, Il est le meilleur des juges, et non le jugement des gens. ».
En réalité, le Calife n’était pas contre la reprise du combat, mais les partisans du combat exigeaient de lui la reconnaissance de son péché et le repentir. « Quand nous avions accepté l’arbitrage, affirment-ils, c’était une faute, nous nous en sommes repentis, repens-toi comme nous, sinon nous te désavouons ». Le Calife leur dit qu’il n’est pas possible après avoir donné sa parole, prêté serment et accepté. Il en résulte que les partisans du combat s’insurgèrent contre le Calife qui se trouva en fin de compte avec les indécis.
L’arbitrage a tourné à l’avantage de Mouawia. Ce dernier était représenté par Omar ibn al-As, un grand stratège, qui a piégé Abou Moussa al-Ach’ari. Lors des tractations, Omar ibn al As proposa à Abou Moussa al Ach’ari la destitution des deux personnages, Ali et Mouawia, qui sont la cause du conflit et de l’effusion du sang des musulmans. Sur cette base, les deux arbitres avaient conclu un accord. Abou Moussa al-Ach’ari fut le premier à faire une déclaration publique selon laquelle Ali et Mouawia ont été destitués. Il affirme : « J’ai destitué Ali et Mouawia, reprenez la chose et désignez celui que vous estimez méritant ». En fait, cette décision ne pouvait s’appliquer qu’à Ali. Car Mouawia n’avait pas le titre de Calife ni d’Emir des croyants, les musulmans ne lui avaient pas prêté allégeance en tant que tel. Il était gouverneur du Cham démis de ses fonctions par l’Imâm Ali. C’est pourquoi, il s’est rebellé injustement et agressivement contre le Calife. Lorsque Omar ibn al-As monta sur la chaire, il entérina la décision de Abou Moussa destituant Ali ; il confirma Mouawia dans sa fonction d’Emir des croyants.
Le résultat de l’arbitrage a donné du grain à moudre aux adversaires de celui-ci, trouvant un argument de poids à faire valoir contre Ali pour l’amener à reconnaître ses torts et à reprendre le combat contre Mouawia. Il refusa et ils se révoltèrent contre lui. D’où la naissance du mouvement kharidjite, ceux qui sont sortis. Ils déclarèrent la guerre à Mouawia aussi bien qu’à Ali ibn Abi Talib qu’ils se résolurent à assassiner.
1.1.4 Rappel de la naissance du mouvement chiite
Il n’y a pas d’accord sur la date exacte de l’apparition du mouvement chiite. Certains rattachent la naissance de ce mouvement à la réunion de la Saqifa, d’autres, au mouvement de Abdallah ibn Sabaa sous le règne du 3ème Calife Othman ibn Affane, d’autres encore la situent à l’époque de l’Imâm Jaafar as-Sadek, etc. En bref, les Chiites considèrent que la succession du prophète revient de droit à Ali ibn Abi Talib et ce en vertu de textes du Coran et du hadith.
Ils font le lien entre certains versets du Coran et l’Imamat de Ali ibn Abi Talib.
Ils assurent que le prophète reçut l’ordre de transmettre le message de Dieu (s5 v67), ce message, assurent-il, n’est autre que la désignation de Ali comme successeur du prophète et Imâm.
D’après les Chiites, le prophète hésitait à annoncer la désignation d’Ali comme successeur et ce n’est qu’après la révélation de ce verset qu’il décida de le faire.
L’événement se déroula à Ghadir Khoum lors de son retour du pèlerinage. Le Prophète, qui était au milieu d’une foule immense, prononça un sermon qu’il conclut par cette résolution : « Celui dont je suis le maître, Ali sera son maître. Ô Dieu, sois l’ami de celui qui lui vouera son amitié, et sois l’ennemi de celui qui lui déclarera son inimitié ».
C’est par ces propos on ne peut plus clairs, affirment les Chiites, que Ali fut désigné comme Imâm et successeur du Prophète.
Et c’est ainsi que la mission du Prophète a été parachevée, comme l’avait annoncé le verset 3 de la sourate 5 :
« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’islam comme religion pour vous »
Ils ajoutent que le prophète a désigné Ali comme héritier et successeur dès la troisième année de sa mission quand il déclara publiquement devant les notables des Banu Hachim qu’il est l’envoyé de Dieu et leur demanda : “Qui parmi vous serait prêt à me soutenir dans cette mission et qui deviendrait en contrepartie mon frère, mon légataire testamentaire, mon suppléant parmi vous ?” Ali répondit : “Moi ô Prophète de Dieu, je serai ton soutien dans cette mission !” Le Prophète prit Ali par l’épaule et dit : « Celui-ci est certes mon frère, mon héritier, mon successeur parmi vous. Ecoutez-le et obéissez-lui » .
Ils invoquent aussi des versets du Coran qu’ils nomment les versets de la “Wilaya”, à savoir :
« Vous n’avez d’autres alliés qu’Allah, Son messager et les croyants qui accomplissent la Salât, s’acquittent de la Zakât en étant prosternés ». s5 v55
Ils disent que ce noble verset concerne l’Imâm Ali, lorsqu’il fit don de sa bague en étant prosterné. Le verset coranique (2.124) qui dit : « Je vais faire de toi (Abraham) un Imâm pour les gens » « Et parmi ma descendance » ? demanda-t-il. « Mon engagement, dit Allah, ne s’applique pas aux injustes ». Ils prétendent que ce verset a rendu impossible l’imamat de l’injuste. Et celui qui adore une idole, même pendant un petit laps de temps, est un injuste. Or, selon les Chiites, il n’y a que Ali parmi les autres compagnons qui n’a jamais adoré d’idole.
« Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô gens de la Maison (du Prophète), et veut vous purifier pleinement » s33 v33
Ils disent que ce verset de purification concerne les gens de la Maison lesquels se limitent à Ali, Fatima, Hassan et Hussein. Dans ce verset, il est question d’infaillibilité et l’imamat gravite autour de l’infaillibilité.
1.1.5 Révoltes kharidjite et chiite
Si les Kharidjites n’ont cessé de combattre Mouawia avec acharnement, les Chiites, en revanche, furent momentanément neutralisés par l’accord conclu entre Mouawia et Al-Hassan, lequel se désista au profit de Mouawia. Dans cet accord, il n’était pas question pour celui-ci de transmettre le pouvoir à son fils. Mais, malgré tout, Mouawia transmit le pouvoir à son fils Yazid. Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’intronisation de Yazid va inciter Hussein à déclencher la révolte contre lui. Il sortit de la Mecque avec une foule parmi les gens de Ahlu’l Beit [4] et se dirigea vers l’Irak. Plusieurs personnalités et fils de compagnons du prophète s’opposèrent à sa sortie. Avant que Hussein et ses hommes n’arrivent à Koufa, Yazid eu vent de l’événement et donna l’ordre à son gouverneur en Irak Ubaid Allah ibn Ziad de les combattre. Les gens de Koufa qui avaient promis à Hussein de combattre à ses côtés le lâchèrent. Hussein et ses hommes se trouvèrent encerclés par l’armée de Yazid ; il proposa vainement une réconciliation. Il fut tué avec 16 de ses hommes. On le décapita et amena sa tête à Yazid. C’était le jour de Achoura : « Vingt mille parmi les habitants de l’Irak prêtèrent serment d’allégeance à Hussein, puis ils le trahirent, s’insurgèrent contre lui et le tuèrent » [5]
Rappelons cette remontrance d’Al-Horr ibn Yazid, un des proches de Hussein, à l’adresse des Chiites à Karbala : « Vous avez appelé ce serviteur vertueux et quand il est venu à vous, vous avez comploté contre lui pour le tuer, il devint tel un captif entre vos mains, qu’Allah ne vous abreuve le jour de la soif ! » [6]
Quant à la révolte des Kharidjites, qui d’ailleurs n’a connu aucun répit, elle se poursuivit contre son fils Yazid, considéré, lui aussi, comme un tyran qui s’est emparé du pouvoir injustement et sans aucune légitimité. Dans un premier temps, ils rejoignirent l’opposition de Abdallah ibn Zoubair à la Mecque, mais cette alliance n’avait pas duré longtemps en raison de leurs divergences avec ce dernier. Ils sortirent de la Mecque scindés en deux groupes, l’un prit la direction de Basra et l’autre se dirigea vers Yémen. Ils se battirent avec acharnement contre Banu Umayya jusqu’à la fin de leur règne. Néanmoins leur révolte a connu une accalmie à l’époque d’Al-Walid ibn Abdul Malik et celle de son frère Souleymane, accalmie qui s’améliora nettement au temps de Omar ibn Abdul Aziz, qui sut les écouter et leur faire entendre raison.
Cette diatribe prosaïque traduit le mécontentement des Kharidjites à l’égard des Banu Umayya. « ... Après lui (Ali) règna Mouawia [7] , fils d’Abu Sofian, maudit lui-même, fils d’un père maudit par le prophète. Brutal parmi les Bédouins, appartenant au reste des païens envahisseurs, gagné à l’Islam par l’argent, relâché par la grâce du Prophète. Il répandit le sang des innocents, il traita en esclaves les serviteurs de Dieu. Il s’appropria l’argent de Dieu, il détruisit la religion par la ruse et la perfidie, violant l’honneur sacré des femmes, suivant l’impulsion de sa concupiscence jusqu’à la fin. Puis après lui son fils Yazid, Yazid le buveur et Yazid le chasseur, dresseur de faucons, de panthères et de singes. Il rejeta le Coran, il consulta les devins, il poursuivit ses désirs jusqu’à sa mort, que Dieu le maudisse et le punisse !
Après lui vint Marwan [8] expulsé et maudit, fils d’un père maudit par le Prophète, noyé dans le vin et la débauche : maudissez-le et maudissez ses pères ! Puis les fils de Marwan se succédèrent sur le trône, issus d’une maison maudite, expulsés par le Prophète, relâchés par sa grâce, qui n’étaient pas du nombre des Mouhajiroun, ni des Ansars, ni des suivants dans la bonne voie. Ils mangèrent l’argent de Dieu, ils se jouèrent de la religion de Dieu, ils emmenèrent en esclaves les serviteurs de Dieu. Et ces perversités continuèrent sous leur régime, car les fils en héritaient de leurs pères ; ô peuple de Mohammed, que tu étais malheureux et abandonné !
Ainsi ils gouvernèrent insoucieux du Livre de Dieu, que Dieu les maudisse ! et vous, maudissez-les comme ils le méritent. Omar, fils d’Abdul Aziz était de leur nombre ; certes, il se donna beaucoup de peines, mais il ne put accomplir sa tâche. Et lorsqu’il eut terminé sa carrière, Yazid, fils d’Abdul Malik, lui succéda. Un enfant, un étourdi, irresponsable de sa conduite, incapable du moindre acte de gouvernement. Dieu dit : « Si vous voyez en eux du discernement, livrez-leur leurs possessions » (Coran s4 v6). Or, la cause du peuple de Mohammed, le maintien de ses lois et de ses institutions sont encore plus importants que le bien des orphelins avec tout l’intérêt que Dieu y attache. Puis Yazid était un débauché, buveur et mangeur de choses défendues, s’habillant de vêtements défendus. Il se fit tisser deux pièces de laine, il les paya mille dinars la pièce, dépensant en matière indigne l’argent acquis de manière illégale, pour lequel il y avait eu des hommes battus et des têtes tondues (rasées). Ainsi il se permettait ce que Dieu n’avait permis ni à Ses serviteurs dévots ni aux Prophètes Ses envoyés. Il s’assit plaçant à sa droite Hababa et à sa gauche Salama pour qu’elles lui chantassent et jouassent des instruments de Satan. Et il but le vin dont l’usage est interdit expressément dans le texte sacré et quand il en eut subi l’influence dans son âme, dans sa chair et dans son sang, quand il en eut l’esprit trouble, il déchira ses habits et se tournant vers ses femmes : « voulez-vous que je m’envole ? » leur demande-t-il. Oui, envoyez-vous à l’Enfer, à la malédiction de Dieu, là où on ne viendra pas vous délivrer » [9].