2.5 Les décrets et les décisions administratives
D’autres imaginent que le changement serait possible au moyen des décisions, des décrets et des ordonnances1. Il suffit pour cela qu’un chef d’Etat, roi ou président de la république prenne des décrets et des ordonnances dans ce sens.
Il est vrai qu’un dirigeant fidèle à la cause islamique pourrait changer beaucoup de choses dans le sens souhaité ; il pourrait contribuer à réduire ou enrayer la gabegie et la corruption, à introduire des reformes dans le domaine de l’éducation, des médias, du social, mais il est incapable de changer à lui seul la société s’il n’est pas entouré d’une équipe animée de la même volonté et du même engagement pour la cause islamique et s’il ne dispose pas d’une popularité qui le soutient et le défend. La base populaire est nécessaire pour tout gouvernement désireux d’introduire des changements dans le pays, en particulier lorsque ce changement s’inscrit dans le cadre du projet islamique.
Il ne faut pas perdre de vue que le monde entier se dresse contre l’Islam. Le projet islamique représente un danger pour l’Occident, ses visées impérialistes, ses idéologies matérialistes impies, sa faim insatiable du gain et du profit ; cet occident considère l’Islam comme une menace sérieuse non seulement pour sa civilisation mais aussi pour son existence même.
* ils redoutent l’islam parce qu’il signifie le réveil de la communauté, le progrès et le développement, la remise en cause des valeurs de l’occident, des produits de l’occident, de la culture de l’occident, du mythe de l’occident. * ils redoutent l’islam parce qu’il est le ciment de l’unité des musulmans. C’est pour cette raison que l’occident et ses valets mènent une lutte sans merci contre tout ce qui s’apparente de près ou de loin à l’islam politique de crainte que tel personnage, tel mouvement ou tel parti parvienne au pouvoir et s’érige en Etat islamique. D’où les arrestations et les détentions arbitraires et délibérées, les exécutions sommaires et massives, les persécutions, l’exclusion, l’exil d’islamistes, bref une véritable chasse à l’homme est menée contre les islamistes.
Pour toutes ces raisons, un dirigeant islamiste sera confronté à des manœuvres de tout ordre et de toutes sortes. Il sera combattu de l’intérieur et de l’extérieur, il fera l’objet d’embargo, on remontera contre lui l’opposition et les médias, on orchestrera contre lui des complots et des coups d’Etat. C’est pourquoi, le dirigeant islamiste doit s’appuyer sur une base populaire solide.
Lorsque le grand sociologue ibn Khaldoun affirme que le pouvoir doit s’appuyer sur un clan, c’est-à-dire une faction ou un groupe fort qui le soutient et le protège, il savait pertinemment de quoi il s’agissait et sa vision était éminemment lucide.
Par ailleurs, il est impossible d’arriver au pouvoir sans clan, et si par miracle cela se produisait, le titulaire n’y resterait pas longtemps. Il est indispensable d’être soutenu par un clan, que ce clan soit ethnique ou tribal comme les Banu Oumeyya ou les Al Saoud ou les Tutsis au Rwanda, ou politique tel le cas des Taliban ou des partis en occident, ou militaire comme c’est le cas dans certains pays en voie de développement.
Le pouvoir islamique ne fait pas l’exception pour ce qui concerne la nécessité du clan ou du groupe.
Le prophète (psl) s’est appuyé sur le soutien d’Allah, certes, mais aussi sur le groupe des croyants parmi les Mouhajiroun et les Ansar. Lui, Mohamed (psl), qui est un exemple pour les musulmans, ne s’était pas appuyé sur la tribu de Quraich, mais sur un groupe de croyants de différentes origines, seulement unis par la foi autour du prophète et du message de l’Islam.
Si tout pouvoir doit s’appuyer sur un clan quelles que soient ses convictions, ses orientations et son idéologie, que dire alors d’un pouvoir qui tend à changer radicalement la société, d’un pouvoir porteur d’un projet islamique dont l’exécution nécessite la fermeté et la persévérance dans la lutte, un tel pouvoir mérite plus que tout autre le soutien et la force, surtout quand on sait qu’il est la cible de conspirations internes et externes.