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2.5 Les dynasties indépendantes de l’empire abbasside

Publication en ligne : samedi 23 octobre 2004, par Maître Simozrag

2.5.1 Al-adarissa ou Idrissides (788-985)

C’est un Etat alaouite fondé au Maghreb (Maroc) par l’Imâm Idriss ibn Abdallah ibn Al Hassan qui fuit les Abbassides à l’époque du Calife Al-Hadi ibn Al-Mahdi en 791.

Le fondateur fut liquidé sur ordre du Calife mais la dynastie continua sous l’autorité de son fils Idriss II qui entreprit de construire la ville de Fès afin de la prendre comme capitale. Le territoire de l’Etat s’étendait à tout le Maroc et à la partie Ouest de l’Algérie. Il contribua à la propagation de la civilisation islamique au Maghreb.

2.5.2 l’Etat rostomide (780-909)

l’Etat rostomide fut fondé en Algérie par Abdurrahmane ibn Rostom. La ville de Tahart (Tiaret) était sa capitale. Ce fut un Etat indépendant basé sur un système d’organisation socio-politique conforme à la doctrine ibadite, issue de la doctrine kharidjite. Dans ce système, l’autorité suprême revient à l’Imâm, lequel s’appuie sur un conseil de consultation (choura) composé d’hommes de science et de bonnes mœurs, « ahl al ilm wa al waraa ». Cet Etat fut renversé par les Fatimides en 909.

2.5.3- Les Fatimides (909-1171)

Les Fatimides sont des Ismaéliens qui prétendaient descendre de l’Imam Ismaël ibn Jaafar As-Sadiq (7ème Imam), un descendant direct de l’Imâm Ali et de Fatima, la fille du Prophète ( s). Au cours du pèlerinage en 892, Abu Abdallah rencontra des pèlerins berbères de la tribu de Kutâmah. Il les appela à sa cause et retourna s’installer avec eux à Tazurt en Petite Kabylie. A la même époque, le leader ismaélien Ubaïd Allah Saïd fuit le pouvoir abbasside en Syrie et s’installa au Maghreb où son missionnaire Abu Abdallah lui avait préparé le terrain en annonçant l’apparition de l’Imâm attendu Al-Mahdi en Syrie.

Il trouva un bon accueil au Maghreb où il fut proclamé Calife à Kutâmah après avoir chassé les Aghlabides en 909. Il ne tarda pas à conquérir tout le Maghreb y compris la Libye, et construisit au sud de Tunis une ville à laquelle il donna son nom Al-Mahdyyah qui fut la capitale de la dynastie. Après leur installation en Tunisie, les Fatimides avaient tenté à plusieurs reprises de s’emparer de l’Egypte ; quatre tentatives échouèrent. A cette époque, l’Egypte était gouvernée par un prince Ikhchidide jouissant de la confiance du Calife abbasside.

Après la mort de Kâfûr, le dernier prince ikhchidide, la situation politique commença à se détériorer en Egypte.

La dernière tentative d’invasion fatimide devait aboutir sans beaucoup de peine. Le quatrième Calife Al-Mu’iz liddinillah succéda à son père Al-Mançour en l’an 963 ; il ordonna à son général Djauher Assiqli de tout mettre en œuvre pour envahir l’Egypte. Une armée formidable fit route vers l’Egypte, s’empara du pays sans rencontrer de résistance. Le général fit une déclaration dans laquelle il rassure le peuple d’Egypte que l’Emir des croyants Al-Mou’izz Lidinillah, en faisant avancer ses armées victorieuses et ses troupes aguerries, n’a voulu qu’une chose : « c’est vous faire respecter, vous protéger, combattre pour vous, car des mains ennemies vous dépouillaient. Il a écarté de vous ceux qui voulaient vous dominer. L’avilissement s’est étendu à tous les musulmans, la peur les a envahis, leurs appels au secours se sont multipliés, leurs cris se sont élevés, leur état a fait pleurer le Calife et l’a fait veiller ». Il fait état de la bassesse qui accabla les musulmans comme s’il parlait des musulmans d’aujourd’hui. Il parle de l’insécurité et du brigandage que font régner les Carmathes sur le chemin de la Mecque et qui empêchait les musulmans d’effectuer leur pèlerinage.

«  Notre maître et seigneur l’Emir des croyants m’a engagé à ressusciter le droit, à étendre la justice, à supprimer l’oppression, à faire disparaître l’inimitié, à bannir les méfaits, à établir l’égalité dans le droit, à protéger l’opprimé et contraindre l’oppresseur ; à juger dans les questions de successions, d’après le Livre de Dieu, Grand et Puissant, et d’après la Sunna de son Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde le salut ».

Il assure que le Calife lui a ordonné de s’occuper des mosquées, de leur entretien, du payement de leur personnel, de laisser suivre chacun et librement sa doctrine, que les protégés sont libres de pratiquer leur religion, « on veillera sur vous, on vous défendra, on éloignera de vous ceux qui voudraient vous agresser ».

Après son entrée à Fostat, le général Djauhar fit tracer, au nord, l’enceinte du Caire et poser les fondements du palais royal. Il fit construire la Mosquée Al Azhar dont le nom est tirée de Fatima Az-Zahra. Cette mosquée devint une université [1] .

Les forces fatimides poussèrent plus loin les limites de leur empire en annexant la Palestine, le Sud de la Syrie et l’Ouest de l’Arabie.

2.5.3.1 Al-Hakim bi Amrillah ( 996-1020) Al-Hakim bi Amrillah est le 6ème Calife fatimide. Ce fut un personnage bizarre. Fervent partisan de la doctrine ismaélite, il mena une politique dure à l’égard des Sunnites. Il persécuta les juifs et les chrétiens, détruisit l’église du Saint Sépulcre à Jérusalem. Il prétendit, semble-t-il, que Dieu s’était incarné en lui en 1017. Ses prétentions furent propagées par le Persan Hamza et le Turc Darazi dont la secte des Druzez tire son nom. En 1005, Al-Hakim bi Amrillah, fit construire une mosquée qui portera son nom. Cette mosquée comprend une école baptisée Dâr Al-Hikma, chargée d’enseigner les croyances chiites-ismaélites. L’enseignement à Dar Al-hikma inclut également d’autres disciplines telles que la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la médecine, etc.

Dès l’apparition de Dâr Al-hikma « l’esprit sectaire de l’enseignement à Al-Azhar s’estompa progressivement. Les ouvrages non ismaélites furent de plus en plus tolérés. De plus, l’influence ismaélite à Al-Azhar se limita à certains cours de jurisprudence chiite ».

La population du Caire se révolta quand elle découvrit le caractère extrémiste et sectaire des enseignements dispensés par Dar Al-Hikma.

L’école fut fermée pour un temps, puis rouvrit ses portes pour dispenser un enseignement public normal.

Au début, les Fatimides entretenaient de bonnes relations avec les Carmathes installés à Bahreïn. Mais avec le temps, cette alliance va connaître une rupture et déboucher sur un affrontement sanglant entre les deux armées. Des combats eurent lieu en Syrie puis en Egypte, aux portes du Caire : l’armée carmathe fut mise en déroute à plusieurs reprises. Les affrontements eurent lieu à l’époque du Calife fatimide Al Aziz Billah (975-996). On ne connaît pas les causes du conflit mais la pierre noire en est certainement l’une des causes.

2.5.3.2 Al Moustancir Billah (1035-1094)

Son règne a duré soixante ans. L’Egypte connut un désordre sans précédent à cette époque. L’armée était composée de troupes de diverses origines. On estimait dangereux d’avoir une armée homogène, de la même origine, car on pensait que les soldats n’auraient aucune émulation pour bien servir. L’armée fatimide était composée de Grecs, de Turcs, de Noirs, d’Arméniens. Ces troupes entrèrent en guerre les unes contre les autres encouragées par les rivalités au sein du pouvoir et le désordre qui règne dans le pays et la région. Les croisés envahirent déjà Jérusalem et bientôt toute la Palestine. Ils occupèrent les villes côtières de la Syrie. Le pouvoir d’Al-Moustancir faiblit au profit du ministre Badr Al-Jamali et de son fils Al-Afdal qui usurpa le pouvoir du prince héritier Al-Moustaâla Billah. Ainsi une rivalité meurtrière vit le jour parmi les ministres.

Alors plongée dans l’anarchie et la misère, l’Egypte était au milieu du XIIè siècle convoitée à la fois par les Francs croisés et par Noureddin Mahmoud [2] qui était en guerre avec les croisés et parvint à unifier la Syrie musulmane après avoir libéré les forteresses franques au Nord. Le Kurde Chirkouh, lieutenant de Noureddin, voyant que les croisés avaient des vues sur l’Egypte, informa Noureddin Mahmoud. Celui-ci anticipa en envoyant son armée dans la vallée du Nil sous le commandement de deux grands guerriers kurdes : Assad Ad-din Chirkouh et Salah Addin Al ayyûbi. L’expédition de l’armée syrienne en Egypte fut un grand succès pour les musulmans. Les croisés furent chassés ainsi que leurs collaborateurs parmi les Fatimides qui rivalisaient avec leurs frères pour le pouvoir. Depuis, Salah Addin devint le grand Vizir d’Egypte. La mort du dernier Calife fatimide ouvrit la voie à l’instauration de la dynastie ayyubide par Salah Addin.

2.5.3.3 les Ayyubides (1169-1250 )

Salah Addin naquit dans une famille kurde en 1128 à Takrit en Iraq. Il mena la guerre contre les croisés et les pourchassa des territoires musulmans qu’ils occupaient. Après la mort de Noureddin Mahmoud, les princes syriens lui prêtèrent serment d’allégeance. Il devint alors le Sultan d’Egypte et de Syrie qu’il rattacha au califat abbasside.

Les Fatimides réunirent leurs forces et se révoltèrent contre lui mais la révolte fut écrasée. Salah Addin rétablit l’Islam sunnite en faisant appel aux savants sunnites qui furent contraints à la clandestinité, en encourageant l’enseignement des quatre doctrines sunnites. L’idéal pour Salah Addin fut de libérer Jérusalem. Il mit sur pied une armée puissante essentiellement composée d’Egyptiens, de Syriens et un certain nombre de généraux d’origine turque et kurde. Les croisés du château des Cracks de chevaliers attaquèrent les musulmans, Salah Addin réagit en envoyant son armée en Palestine. La confrontation entre les deux armées eut lieu à Hittîne. L’armée musulmane remporta la victoire dans cette bataille historique malgré le désavantage numérique. La victoire de Hittîne ouvra la voie vers Jérusalem. La ville fut reconquise sans affrontement ni résistance ; les prisonniers de guerre furent traités avec humanité et miséricorde, contrairement aux massacres perpétrés par les croisés. Salah Addin affronta les croisés dans d’autres batailles en Palestine d’où il pourchassa définitivement l’adversaire.

Salah Addin entreprit beaucoup de réformes dans le domaine de l’enseignement et propulsa le mouvement scientifique. Il parvint à rassembler autour de lui les musulmans, il revitalisa l’appel à l’Islam et le Jihad, il rénova la mosquée Al-Aqsa.

Après sa mort en 1193, ses trois enfants et ses proches se mirent à se disputer le pouvoir. Son frère Al-Adel l’avait emporté sur les enfants de Salah Addîn en raison de l’expérience acquise et des combats menés avec ce dernier.

Al-Adel avait partagé le royaume entre ses enfants et après sa mort, ils se mirent eux aussi à se disputer le pouvoir. Ils régnaient sur l’Egypte, la Syrie, le nord de l’Irak et la majeure partie de la Palestine.

Ces dissensions amenèrent le dernier Sultan de la dynastie ayyoubide, Assalîh à constituer une armée de mercenaires connus sous le nom de Mamlouks, la plupart d’origine turque, afghane, kurde, caucasienne.

Leurs pays d’origine furent envahis par les Mongols qui semèrent le désordre partout où ils s’installèrent.

A la suite des invasions mongols, les marchands d’esclaves capturèrent les enfants perdus et les vendirent aux Sultans ayyoubides. Ils les formèrent et les éduquèrent de manière à en faire une élite et des soldats d’avant-garde.

2.5.4- Les Mamelouks (1250-1517)

Lorsque la dynastie ayyoubide s’affaiblit, l’un des Mamelouks prit le relais et dirigea l’Egypte et la Syrie. Il s’agit de Sayf Addîn Qutuz. Dès son arrivée au pouvoir, ce dernier devait faire face aux Mongols qui envahirent Bagdad et se dirigèrent vers la Syrie après avoir tout détruit sur leur passage.

Les Mongols envoyèrent des émissaires menacer Qutuz de guerre s’il ne cédait pas pacifiquement ce qui restait du sultanat. Qutuz refusa. Le savant Al’Izz ibn Abd-Assalam propose à Qutuz de bâtir une armée puissante avec les biens de l’élite gouvernant le sultanat. Qutuz accéda à la proposition du savant et appela le peuple égyptien au Jihad contre les Mongols. Il prépara une armée constituée de paysans égyptiens et des Syriens qui ont fui après l’invasion mongole. Cette armée fut placée sous le commandement d’officiers mamelouks. La confrontation eut lieu à Aïn Jâlout au nord de la Palestine en 1260 et s’acheva par la victoire des musulmans. Le commandant des troupes mongoles, Kitbûgha, fut tué. Cette défaite obligea les Mongols à se retirer de la Syrie.


Notes

[1] où d’après Al Maqirzi l’enseignement était tellement sectaire à sa naissance que la possession d’un ouvrage rédigé par un sunnite était sévèrement punie

[2] Nur ed-din Zaugui est un Turc qui avait la charge de gouverneur de Mossoul ; il fonda la dynastie Zanguide dans la Syrie et le Liban, il se lança dans la lutte contre les croisés.

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