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2-Banul Abbâs ou les Abbassides (750-1258) : 4. Haroun Ar-rachid ibn Mohamed ibn Abdallah Al-Mahdi (786-809)

Publication en ligne : samedi 23 octobre 2004, par Maître Simozrag

Un homme d’une très forte personnalité et de grandes qualités. Son règne coïncida avec celui de Charlemagne empereur d’occident. Il faisait partie des Califes les plus savants et les plus vertueux. Il était versé dans le fiqh et les lettres. Sa vie était partagée entre le Jihad une année et le pèlerinage l’autre année. Il faisait chaque jour cent rakaâs et un don de mille dirhams de ses propres moyens. On rapporte que les jours d’Ar-rachid étaient des jours heureux semblables à des jours de fêtes. Deux événements ont marqué l’époque de Haroun Ar-rachid : la recrudescence des rébellions et le progrès scientifique. A son époque prit fin le parchemin comme support d’écriture ; on découvrit le papier qui contribua au développement de la vie administrative et culturelle. On installa à Bagdad les premières manufactures de papier. Pendant les fêtes de Pâques de l’an 802, Haroun Ar-rachid envoya des présents à l’empereur (Charlemagne) parmi lesquels il y avait une horloge en métal construite avec un art admirable. Un mécanisme mû par l’eau marquait le cours des douze heures, et au moment où chaque heure s’accomplissait, un nombre égal de petites boules d’airains tombaient sur un timbre placé au-dessous et le faisaient tinter par leur chute. Il y avait encore douze cavaliers qui, lorsque les douze heures s’étaient révolues, sortaient par douze fenêtres, en fermant derrière eux, dans le choc de leur sortie, ces fenêtres qui, auparavant, étaient ouvertes. Il y avait d’autres merveilles admirables dans cette horloge inventée par les Arabes à Bagdad. En revanche, les relations avec l’empire byzantin n’étaient pas au beau fixe.

Il serait intéressant de reproduire cette citation sur le feu grégeois que l’armée musulmane utilisa pour la première fois lors du siège d’Héraclèe, en 806 : « Boutez le feu aux mangonneaux et mettez-les en action, il n’y aura pas de résistance de leur part ».

« Ils firent comme il avait ordonné ; ils placèrent du lin et du naphte sur les boulets de pierre, y boutèrent le feu et tirèrent contre les remparts. Le feu se collait aux remparts et désagrégeait les pierres qui éclataient et s’éboulaient. Lorsque l’incendie eut enveloppé la ville de toutes parts, les assiégés ouvrirent la porte et demandèrent quartier. Héraclèe capitula quand elle vit cette chose surprenante : de lourdes machines qui lançaient naphte et feu. C’était comme si nos feux, au flanc de leur citadelle, eussent été des étoffes teintes séchant sur les cordes d’un foulon [1] ».

Les sciences étaient divisées en deux catégories : Les sciences rationnelles et les sciences transmises. Chaque science avait sa propre méthode de recherche, de vérification et de compilation. La méthode des sciences transmises était basée sur l’authenticité du récit et la fiabilité du rapporteur. Le spécialiste du hadith s’attelait par exemple à rassembler les hadiths et en vérifier l’authenticité grâce à une étude biographique des rapporteurs en remontant la chaîne jusqu’au Prophète (s). Les sciences dites rationnelles comprennent la médecine, les maths, les sciences naturelles, la physique, l’astronomie, etc. Elles étaient basées sur la méthode d’observation et d’expérimentation. Si l’on fait état d’une découverte, on s’intéressait moins à son auteur qu’à sa vérification par des procédés d’expérimentation pratique.

Le règne de Haroun Ar-rachid connut plusieurs rébellions. Parmi les plus importantes, figurent :

a) La rébellion des Alaouites

Il y avait deux révoltes chiites conduites séparément par deux frères : Yahia et Idriss fils de Abdallah. Ce dernier réussit à restaurer une dynastie au Maghreb (Maroc) au nom des Idrissides en 794. Concernant l’autre rébellion, le Calife dépêcha une armée sous le commandement d’Al-Fadhl ibn Yahia al-Baramki. Il n’y eut pas de combat avec les insurgés mais des pourparlers avec leur chef Yahia ibn Abdallah qui finit par renoncer à la rébellion sous certaines conditions dont les garanties de sécurité pour sa vie de la part du Calife.

b) La rébellion des Kharidjites (reprise du combat

) Les Kharidjites n’avaient pas tardé à reprendre leur révolte du côté du Yémen contre les Abbassides sous le commandement d’Al Walid ibn Toraif Acharibi vers l’an 810, mais sans succès.

c) La révolte de Rafâa ibn Allaith en 813 à Khorassan [2]

Ce dernier fut combattu par le gouverneur de Khorassan Ali ibn Aissa mais la bataille tourna à l’avantage des insurgés du fait que la majorité de la population était contre le gouverneur à cause de son despotisme et de ses exactions. Le Calife le destitua et le remplaça par un autre qui fut, lui aussi, incapable de contenir la rébellion. Le Calife lui-même décida de mener le combat ; la situation s’est calmée au temps d’Al-Mamoun.

d) Le conflit barmekide

Les Barmékides sont les membres d’une famille persane issue de Khaled Barmek qui fut une figure de prou de la dynastie abbasside. Cette famille avait le monopole du poste de premier ministre (Vizir). Leur influence ne cessa de grandir et ils devinrent de ce fait encombrants. Lorsque le Calife apprit leur implication dans des manœuvres sournoises, il fit exécuter leur chef Jaâfar ibn Yahia et emprisonna son père et ses trois frères Al-Fadal, Moussa et Mohamed. Dès lors les Barmekides vont rallier ouvertement la révolte alaouite.

e) L’épisode Nicéphore 1er

Nicéphore 1er, empereur d’Orient écrit une lettre à Haroun Ar-rachid où il dit : «  La reine avant moi, Irène, s’est comportée comme une vassale devant toi. En conséquence, elle t’a fait don d’une partie des richesses impériales. Cela est dû à la folie et à la faiblesse des femmes. Quand tu auras lu mon message, tâche de restituer ce qu’elle t’a donné sinon, l’épée tranchera entre nous ».

A la lecture de la lettre, le Calife devient furieux ; les gens de son entourage s’étaient étonnés ; ils l’avaient rarement vu dans cet état. Le Calife lui répondit ainsi qu’il suit : « Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux. De Haroun Emir des croyants

A Nicéphore chien des Romains !

J’ai lu ton message, ô fils de la mécréante ; la réponse est celle que tu vas voir avant de l’entendre, salut ». Il mit en alerte ses troupes avant de leur intimer l’ordre de marcher sur Byzance. Ils envahirent Héraclèe ; la ville fut dévastée ; l’empereur reconnut la défaite et décida de verser un tribut tous les ans en échange d’une trêve. Le Calife en convint et retira ses troupes.


Notes

[1] Gaston WIET : Grandeur de l’islam, p.80

[2] Au-delà de l’injustice contre laquelle les insurgés s’étaient soulevés, la révolte semblait revêtir un caractère racial. Les persans se plaignaient de l’influence grandissante des arabes sur les rouages de l’Etat.