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2-Banul Abbâs ou les Abbassides (750-1258) : 7.Al-Mou’tacim Billah (834-843)

Publication en ligne : samedi 23 octobre 2004, par Maître Simozrag

Son nom est Abou Isaac Mohamed ibn Haroun Ar-rachid surnommé Al-Mou’tacim Billah. Il fut un homme de courage et de forte personnalité mais sans culture. Son cachet portait l’inscription : “louange à Allah que rien ne Lui ressemble”. Sa mère était Turcs, il fut le premier Calife à s’appuyer sur les Turques et à leur ouvrir les portes de l’administration. Il poursuivit la politique d’Al-Mamoun à bien des égards et de manière plus ferme à propos de la théorie de la création du Coran. A cause de cela, il persécuta bon nombre de savants dont Ahmed ibn Hanbal qui fut l’objet de bastonnade à cause de son opposition à cette théorie. Il ressentit le besoin d’une armée forte pour la défense du territoire et le maintien de l’ordre compte tenu de la recrudescence des rébellions. Il recruta des mercenaires turcs dont l’effectif ne cessa d’augmenter jusqu’à constituer une menace pour l’Etat. Il construisit une ville pour servir de base aux troupes turques dont la population commençait à se plaindre à cause de leurs mauvais comportements. Le Calife distingua les Turcs des autres troupes par de somptueux uniformes, des étoffes de brocart, des ceintures et des ornements dorés. « Des hommes, écrit ibn Khaldoun, non sans une nuance de mépris, ont pu consentir à entrer dans un état de servitude, mais cela a été avec l’espoir d’atteindre aux honneurs, aux richesses et à la puissance : tels furent les Turcs au service des Califes abbassides ». C’est pour protéger ces Turcs contre les représailles de la population de Bagdad, lasse de leurs méfaits, que fut fondée, à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad, la résidence palatine de Samorra [1] » . Cette ville était devenue la capitale à la place de Bagdad pendant soixante ans. Ainsi, au conflit clanique opposant les Arabes aux Iraniens, s’ajoute un troisième élément avec la présence des Turcs. Ces derniers vont donc étendre peu à peu leur influence et s’emparer des secteurs et des postes clés de l’Etat. Leur autorité s’est vu renforcée après le décès d’Al-Mou’tacim auquel avait succédé son fils Al-Watiq billah Haroun et après lui son frère Al-Moutawakkil ala Allah Jaafar.

Ce fut le début de la deuxième période abbasside caractérisée par la faiblesse de la dynastie et l’éclatement.

Les Turcs étaient devenus un lobby très puissant qui se servait du Calife comme un jouet ; ils avaient en quelque sorte le pouvoir de nommer et de destituer les Califes. Après la mort du Calife Al-Watiq Billah, les chefs turcs se réunirent et désignèrent Jaa’far fils d’Al-Mou’tacim qu’ils surnommèrent Al-Moutawakkil. Et lorsque ce dernier tenta de réduire leur influence, ils complotèrent contre lui et finirent par le faire assassiner avec la complicité de son fils Al Mountacir billah qui lui a succédé en 869. Al-Mutawakkil était réputé pour la remise en valeur de la Sunna. Ils détruisit le mausolée de Hussein ibn Ali à cause des excès commis par les pèlerins de ce lieu.

La révolte des Carmathes

Les Carmathes sont des membres de la secte ismaélite. Cette secte croit que l’imamat s’était perpétué dans la descendance d’Ismaël fils de Jaafar As-sadek. La secte est un mouvement égalitariste, rattaché aux doctrines de nivellement prêchées par Mazdak sous les Sassanides. Ils pratiquent un syncrétisme religieux qui intègre athéisme et polythéisme. Le nom du mouvement est tiré de son fondateur Hamdan Qarmat ibn Al-Ach’ath qui déclara publiquement le mouvement à Koufa en l’an 900. Il construisit une maison qu’il baptisa « Dar al Hijra », maison de l’immigration et imposa cinquante prières par jour. La secte dissimule ses vraies croyances ; ses missionnaires avaient pour instructions d’adapter leurs croyances à celles de n’importe quelle personne rencontrée sur le chemin du prosélytisme de la révolution. « Si vous avez affaire à un homme qui professe la doctrine des Chiites, vous vous ferez connaître de lui comme étant vous-même zélé partisan de cette doctrine. Pour vous insinuer dans son esprit, vous entrerez en matière en parlant de l’injustice que les musulmans ont commise envers Ali et ses enfants, du meurtre de Hussein... En suivant cette marche, les hommes de cette secte seront bientôt et facilement conduits où vous voulez les mener. Si vous vous adressez à un Sabéen, insinuez-vous dans son esprit en dissertant sur le nombre septénaire, et les choses qui observent ce nombre.

Si vous avez affaire à un sectateur du magisme, ses opinions au fond sont conformes aux vôtres. Insistez sur l’excellence du feu, de la lumière et du soleil. Entre tous les peuples, les mages et les Sabéens sont ceux qui ont le plus de rapports avec nous, et dont la doctrine s’approche le plus de la nôtre (...)

Si celui que vous gagnez est un juif, commencez à vous concilier son attention en l’entretenant du Messie. Je veux dire du Messie des juifs, du faux Messie ; enseignez-lui que c’est le Mahdi qui est le Messie ; que la connaissance du Mahdi procure le repos des actions et dispense des obligations pénibles, de même qu’il lui a été commandé de se reposer le jour du Sabbat. Vous gagnerez son cœur en parlant mal des chrétiens et des musulmans ignorants, de ce qu’ils débitent au sujet de Jésus, assurant qu’il n’a pas été engendré et qu’il n’a pas de père. Avec ces propos et d’autres semblables, vous en aurez bientôt fait un prosélyte.

Vis-à-vis des chrétiens, vous vous frayerez le chemin en parlant mal des juifs et des musulmans sans distinction, en témoignant que vous reconnaissez la vérité du symbole des chrétiens ; reprochez-leur qu’ils ont méconnu le Paraclet, et enseignez-leur que le Paraclet va venir et que c’est à lui que vous appelez.

Si un homme de la secte des Manichéens vous est présenté (et vous savez que cette secte est la source d’où vous tirez votre origine), commencez tout de suite avec lui par un enseignement déjà fort avancé par ce qui concerne le mélange des ténèbres et de la lumière. Par ceci, vous vous emparerez de l’esprit de ces gens-là et vous obtiendrez leur confiance.

Si vous trouvez quelqu’un parmi ceux à qui vous croyiez pouvoir pleinement vous fier, vous lui dévoilerez tout le secret.

S’il arrive qu’on vous présente un homme attaché à la doctrine des philosophes, vous n’ignorez pas que l’essentiel de notre doctrine repose sur les opinions des philosophes et que nous sommes d’accord avec eux en ce qui concerne les religions établies par les Prophètes et l’éternité du monde. Seulement, il y en a parmi eux qui diffèrent d’opinion avec nous, en ce qu’ils admettent, sans cependant le connaître, un être qui régit le monde.

Si ceux à qui nous avons affaire se trouvent d’accord avec nous, et qu’ils ne reconnaissent point d’existence d’un être qui gouverne le monde, il n’y a plus aucune différence entre notre doctrine et la leur.

Si on vous présente un dualiste, vous êtes sûr de la victoire. La première chose à faire avec lui, c’est de rejeter le dogme de l’unité de Dieu et de lui parler de préexistant et de suivant, et de la manière dont l’un hérite de l’autre.

Si vous avez à traiter avec un Sunnite, parlez avec respect devant lui d’Abu Bakr et d’Omar ; Faites l’éloge de leurs mérites et n’épargnez point la critique à Ali et à ses enfants ; rapportez des circonstances de leur vie, dignes de censure. Faites-lui entendre qu’Abu Bakr et Omar n’étaient pas étrangers à la doctrine que vous lui enseignez. Quand vous vous serez une fois insinué dans son esprit par ce moyen, vous le conduirez où vous voudrez, et vous serez maître de lui. Ayez soin seulement de vous faire donner des promesses bien sûres, et de le lier par les engagements les plus inviolables et les serments les plus sacrés. Ne vous empressez pas de confier à ceux mêmes qui se montreront dociles et soumis à tout ce que vous leur proposerez des dogmes qui pourraient choquer et révolter leurs esprits, si vous ne les y ameniez insensiblement et par degré. Ne les faites avancer que pas à pas. » [2]

Cette secte apparut à Bahreïn vers l’an 900, elle se dota d’une puissante milice placée sous le commandement de Abou Said Al-Qarmati.

La secte installée à Bahreïn entra en guerre avec l’armée du Calife Al-Muktafi billah Ali ibn Al-Mu’tadhid. Il y eut plusieurs batailles au cours desquelles la secte infligea des pertes sèches à l’armée du Calife à Basra.

Elle a perpétré des massacres parmi les pèlerins à la Mecque, et pillé la Kaa’ba. Ils avaient emporté les objets en or, le voile et la pierre noire [3]. Le chef de la secte avait gardé celle-ci pendant vingt ans, on leur proposa cinquante mille dinars pour sa restitution mais en vain. Elle ne fut restituée que sous le règne d’Al-Muti’ Lillah AbulKacim Al-Fadl ibn Al Muqtadir après que la secte eut été neutralisée.

Au cours de cette 2eme période que les historiens distinguent de la première, le pouvoir central de Bagdad va céder à une sorte de décentralisation très poussée. On assista peu à peu à la naissance de principautés plus ou moins indépendantes. La soumission au pouvoir central avait un caractère purement symbolique. Elle se manifestait dans l’utilisation d’une monnaie portant le nom du Calife, la prière pour ce dernier dans les mosquées et le versement d’une redevance annuelle au budget central. De plus, le prince devait obtenir l’approbation du Calife. En dehors de cela, chaque principauté était autonome, dotée d’un budget, d’une administration et d’une armée autonome.

Ces principautés situées à l’est, au centre et à l’ouest de l’Etat abbasside étaient fondées et gouvernées par les Persans, les Turcs et les Arabes.


Notes

[1] Gaston WIET op.cit, page 105

[2] NOUWAIRI, cité par G.WIET, op.cit, page 114,115

[3] Souyouti : histoire des Califes p.383

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