On rapporte qu’Al-Mamoun de tendance moutazilite, était le meilleur des Califes abbassides en terme de politique, de science, de charisme, de bravoure, de tolérance, de justice, de générosité. On le considérait parmi les grands savants, il menait des débats chaque jour avec les jurisconsultes et les savants. Il disait : « les seigneurs des hommes dans ce monde sont les généreux et dans l’au-delà les Prophètes ». Il fut à l’origine de la théorie de la création du Coran qui fut une rude épreuve pour les savants musulmans. Il invoquait à l’appui de sa théorie le verset : « Nous en avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez » s43 v3 Ainsi que le verset « ... et établi les ténèbres et la lumière » s6 v1 Il adopta une politique conciliante avec les Alaouites à telle enseigne qu’il désigna comme successeur Ali Arrida même si cela n’a pas calmé leur ardeur contre lui. Ils se révoltèrent à la Mecque et élirent comme Emir Mohamed ibn Jaâfar Assadek. Le Calife lui livra bataille, procéda à son arrestation et lui pardonna. Son règne s’est caractérisé par l’influence persane [1] et la disparition d’Arabes de la scène politique. Il fonda en 830 Bayt al-Hikma (maison de la sagesse) qui fit office d’université mondiale dotée de bibliothèques, de laboratoires et de centres de recherche. La civilisation islamique connut un essor prodigieux sous le règne d’Al-Mamoun. On assista à l’éclosion de connaissances dans tous les domaines. De l’art à la philosophie en passant par la physique, la chimie, la médecine, l’architecture, la géographie, l’histoire, l’exégèse, etc. Le Calife se mit à rechercher la science partout où elle se trouvait « grâce à la hauteur de ses conceptions, grâce à la puissance de son intelligence, il la tira des endroits où elle se cachait ». Il ne se contenta pas de dépêcher des émissaires partout dans le monde pour la collecte d’ouvrages et de documents de toutes sortes, il entra en relation avec les empereurs d’Orient, leur fit de riches présents et les pria de lui faire don des livres de sciences et de philosophie qu’ils avaient en leur possession. Les empereurs lui envoyèrent des ouvrages de Platon, d’Aristote, d’Hippocrate, de Galien, d’Euclide, de Ptolémée et d’autres. Le Calife recruta alors les traducteurs émérites et les chargea de traduire ces ouvrages. Une fois la traduction achevée, le Calife poussa les gens à lire ces traductions et les encouragea à les étudier. Il traitait les savants et les intellectuels avec une estime et une considération bien particulières. Ce qui avait incité les gens à se consacrer à la recherche du savoir et des connaissances avec les moyens mis à leur disposition par le Calife. Une fois, ce dernier était en réunion avec un groupe de savants lorsqu’une femme entra et dit : « ô Emir des croyants, mon frère est mort en laissant 600 dinars, on m’a donné un dinar en me disant : c’est cela ta part. Al-Mansour lui dit : c’est cela ta part. Les savants lui demandent : comment ? Il répond : cet homme a laissé deux filles ? Elle dit oui. Il dit : Elles ont les deux tiers (400) et il a laissé une mère qui a le sixième (100) et il a laissé une épouse, elle a le huitième (75). Puis interroge la femme : est-ce que tu as douze frères ? Elle dit oui ! Ils ont chacun deux dinars et il te reste un dinar. En effet, les savants occupaient auprès du Calife des situations et des postes élevés. Il les recevait en audience particulière, aimait à les consulter et débattre avec eux des sujets littéraires, philosophiques, théologiques, etc. Ainsi, l’entourage du Calife était constitué d’érudits entre autres des jurisconsultes, des analystes, des traditionnistes, des théologiens, des lexicographes, des poêtes, des métriciens, des généalogistes. Lors de la création de la Maison de la sagesse, le Calife avait confié sa direction à Mohamed ibn Moussa Al-Khawarizmi. C’est lui qui inventa l’algèbre. Le mot « Algorithme » est tiré du nom de l’auteur. Son traité d’algèbre est intitulé Al-Gabr wal Muqâbala (calcul par restitution). Al-Mamoun, dont la mère était d’origine persane, menait une politique opposée à celle de son frère Al Amine né d’une mère arabe Zoubeida. Le règne d’Al Amine s’est caractérisé par une influence de l’élément arabe. Al Mamoun s’appuya au contraire sur les persans parmi lesquels il choisit la plupart de ses conseillers, ses ministres et ses gouverneurs. Il introduisit des modifications importantes au sein de l’Etat, il tente de transférer le pouvoir aux Alaouites. A cet égard, il écrit un testament politique désignant Ali Arreda comme successeur, ce qui a provoqué une levée de boucliers de la part des Abbassides qui destituèrent Arreda et désignèrent à sa place son oncle Ibrahim ibn Al Mahdi. Lorsque le Calife eu vent de ces mécontentements, il revint sur sa décision. « j’aime tellement le pardon, disait-il, que je crains ne pas en avoir de récompense divine » ; ce qui prouve que l’homme était très indulgent.
2.1.6.1 Le mouvement des Zott
Les Zott, d’après ibn Khaldoun, sont des Tziganes et des métisses qui ont saisi l’opportunité des guerres pour s’emparer des régions marécageuses alentour de Basra où ils semèrent le désordre. Renforcés par des esclaves fugitifs, ils y pratiquaient le banditisme, interceptaient le commerce, frappaient, pillaient et massacraient les marchands qui venaient à Bagdad de Basra, de l’Inde et de la Chine.
C’était une population nombreuse composée de Tziganes et de métisses qui a fui la misère de l’Inde pour venir s’installer dans la région. Ils utilisaient les barques pour exécuter leurs sales besognes. Les troupes d’Al-Mamoun ne pouvaient en venir à bout et c’est au temps d’Al-Mou’tacim qu’ils furent neutralisés.