3.12 Le Front Islamique du Salut : 2ème partie

Publication en ligne : dimanche 17 juillet 2005, par Maître Simozrag

Voir 1ère partie 3.12 Le Front Islamique du Salut

Le schéma général de l’économie islamique se compose de trois axes principaux, fixant son contenu doctrinal qui se distingue des autres doctrines économiques. Ces trois axes sont les suivants :

3.12.6 Le principe de la propriété mixte

L’islam autorise des formes diversifiées de la propriété : la propriété privée, la propriété collective et la propriété d’Etat. Chaque type de propriété s’applique à un domaine spécifique ; il ne considère aucune d’elles de manière exceptionnelle ou comme étant la solution provisoire à un problème conjoncturel. En effet, la société islamique n’est ni capitaliste ni socialiste.

3.12.7 Le principe de la liberté économique dans le cadre de la loi islamique (Sharî’a)

L’islam permet à tous les individus la liberté économique conformément à la Sharî’a, et sous le contrôle de l’Etat.

3.12.8 le principe de la justice sociale

L’islam a offert toutes les garanties à la réalisation de la justice sociale. C’est un principe essentiel dont la définition est rigoureuse et explicite. Il n’a pas permis à la société des hommes de l’expliciter. Ce principe ne saurait être réductible aux conflits et aux clivages idéologiques. Sa définition provient d’une vision du monde d’essence divine.

La conception globale de la justice sociale inclut deux principes : Celui de la solidarité générale et celui de l’équilibre général. En islam, la doctrine économique présente deux caractéristiques essentielles : le réalisme et l’éthique. En effet, l’économie islamique est empreinte de réalisme quant à ses objectifs, dans la mesure où l’islam aspire à une organisation légale compatible avec les conditions concrètes et changeantes de l’individu, sans pour autant contredire les fondements de la loi islamique ( Sharî’a). L’islam s’efforce constamment d’éviter d’opprimer l’être humain tout en poursuivant l’objectif d’application de la Sharî’a. Cette opération ne s’effectue pas abstraitement, de manière à éviter d’outrepasser les capacités concrètes de chacun. La stratégie économique est fondée sur une vue réaliste de l’homme ; elle est réaliste dans sa démarche car elle est basée sur le souci constant d’assurer la réalisation matérielle de ses objectifs, sans jamais contredire la Sharî’a. Les moyens mis en œuvre ne se limitent pas à des conseils d’orientation générale ou aux sentiments, mais consistent à réaliser effectivement les objectifs dans le respect des procédures légales. Fin du programme.

Pendant que le parti était pleinement engagé dans la réalisation de son programme, une minorité de laïcs se dressa sur son chemin et lui déclara la guerre. Cette minorité va former avec un groupe de généraux et les rentiers du système totalitaire ce qu’on appellera plus tard le camp des éradicateurs. Toute la puissance de l’Etat s’est mise en branle contre cette frange de la population qui a rallié le parti islamique.

Ainsi, l’administration, la justice, la police, la gendarmerie, l’armée, tous s’étaient acharnés contre le FIS utilisant tous les moyens dont ils disposaient pour le discréditer et le combattre.

En effet, le succès du FIS aux élections a permis de mettre à nu le vrai visage du régime, sa cruauté, sa vassalité, son impopularité, la démocratie factice avec laquelle il voulait tromper le peuple. Le parti a réalisé un succès retentissant pendant les élections locales. C’était les premières élections libres depuis l’indépendance de l’Algérie. Le peuple algérien a pour la première fois trouvé l’occasion de choisir ses représentants. Le FIS avait remporté 853 communes sur 1539 et 32 wilayas (provinces) sur 48. Les municipalités gagnées par le FIS étaient les plus importantes et les plus peuplées comme Alger, Oran, Constantine, Annaba, Sétif, Tlemcen. Elles regroupaient les trois quarts du peuple algérien. Cette victoire a également permis d’annoncer l’existence d’une alternative à la dictature militaire. Ce qui va irriter les adversaires du changement et les amener en conséquence à employer tous les moyens tendant à empêcher sa progression, à lui barrer la route du pouvoir.

Un ancien officier écrit : « Au lendemain des élections locales de 1990, nous avions été nombreux à sentir que l’heure était grave. D’autant plus que, dans les mois qui ont suivi, nos supérieurs nous ont souvent mis en garde contre les dangers de l’islamisme. Le général Mohammed Bouchareb, directeur du commissariat politique au sein du MDN, se rendait régulièrement à l’Académie pour y donner des conférences sur le thème : ‘‘ Il ne faut surtout pas laisser le pays tomber entre les mains des islamistes !’’ Il nous répétait : ‘‘l’Algérie compte sur vous, vous êtes les piliers de la patrie, vous devez écrire vos noms sur les pages de l’histoire !’’ ‘‘La société est gangrenée, il faut donc procéder à des amputations. » Tel était le message véhiculé, dès 1991, dans les casernes. Après l’arrestation des principaux dirigeants du FIS, les choses ne pouvaient qu’empirer. » [1]

Le quotidien El Hayat du 14 février 1995 qui disposerait d’un enregistrement a rapporté que le ministre de l’intérieur Larbi Belkheir avait reçu le lendemain des élections quatre généraux de la junte qui, lors d’une réunion, ont déclaré ensemble : « nous n’accepterons jamais un gouvernement islamique même si le pays sera noyé dans le sang. »

Les réactions ont consisté en des attaques tous azimuts qui vont se concrétiser sur le terrain par des exactions non seulement à l’encontre des nouveaux élus FIS, mais affectant en plus les communes et partant, les citoyens qu’ils s’apprêtaient à administrer.

3.12.9 tirs groupés contre les communes du FIS

Un véritable embargo a été décrété contre les communes du FIS. On a entrepris de paralyser leurs activités en renforçant la tutelle administrative, en gelant tous les crédits d’équipement, en réduisant à la portion congrue leurs budgets de fonctionnement. Les subventions d’équipement relatives à la construction de voirie, de logements, d’écoles, d’électrification, d’adduction d’eau potable, ont été retirées aux municipalités FIS et attribuées à d’autres municipalités gérées par d’autres partis notamment le FLN. On a enlevé aux dites communes toutes les prérogatives qui leur sont reconnues par la constitution et le code communal pour ne leur laisser que l’état civil. Elles ne devaient s’occuper ni d’écoles, ni de logements, ni de voirie, ni de travaux d’équipement. On a fait tout ce qui pouvait entraver la bonne marche de ces collectivités afin de les mettre dans l’impossibilité de satisfaire les besoins de leurs populations et surtout salir l’image des élus face à leurs électeurs.

Dans le même temps, une campagne de provocations et de répression fut déclenchée contre les élus du FIS. Sous diverses inculpations, notamment injure, menace, trouble à l’ordre public, des centaines d’élus de ce parti ont été interpellés et poursuivis pénalement, d’autres, y compris des maires, furent emprisonnés.

La direction du FIS a vivement protesté contre la répression injustifiée des élus du peuple, mais les autorités n’ont pris aucune mesure pour remédier à cette situation. Dans ce climat assez tendu, il a été procédé à un nouveau découpage électoral, qui n’était guère de nature à calmer les esprits, du fait de son caractère partial et extrêmement préjudiciable au FIS. Les agissements abusifs et arbitraires du pouvoir, son silence face aux nombreuses protestations du FIS, vont amener ce dernier à déclencher une grève générale.

L’appel à la grève eut un écho favorable auprès de la population. La grève a commencé le 26 mai 1991, c’était une grève pacifique, émaillée de marches silencieuses où il n’y avait ni barricades, ni violence, ni trouble à l’ordre public. Les médias n’ont pas cessé de diffuser les communiqués du FIS rappelant aux grévistes les consignes de discipline et de respect de l’ordre public. Parmi les consignes récurrentes de la grève, figurent, je cite : ‘‘la marche et le silence’’ ; ‘‘la patience et la prière’’ ; ‘‘brandir le Coran et s’habiller en blanc’’ en signe de paix ; ‘‘ne pas répondre aux provocations des forces de l’ordre quelle que soit leur nature ’’.

Pendant la grève, Abassi Madani et Ali Benhadj ont déclaré : En tant que direction du parti, « nous nous sommes mis d’accord pour mettre en œuvre tout ce qui est en notre pouvoir afin d’éviter toute escalade de violence de quelque sorte que ce soit, et de faire en sorte que les rassemblements et les manifestations ne conduisent à aucune violence » [2] . Mais du côté du pouvoir, les choses n’allaient pas se dérouler dans le calme. Les policiers tabassaient les manifestants, les insultaient, les tiraient par les pieds pour les embarquer dans leurs véhicules, mais les manifestants ne réagissaient pas, ils avaient pour consignes de ne pas répondre aux provocations des forces de l’ordre. Ils étaient pourtant des centaines de milliers à marcher dans les rues de la capitale. Au sortir des mosquées, des dizaines de milliers de fidèles faisaient la sourde oreille aux provocations des agents de sécurité. Toujours de marbre, aucune réaction. D’après des sources fiables, un grand nombre de policiers, de gendarmes et de militaires n’attendaient que cette occasion pour retourner leurs armes contre le pouvoir. Pour preuve : Des milliers de déserteurs. Le FIS avait tous les atouts pour prendre le pouvoir sans effusion de sang. Des proches du Cheikh Abassi expérimentés dans ce domaine lui conseillèrent vainement de saisir cette opportunité qui ne se renouvelle plus, se tenant eux-mêmes prêts à occuper des lieux stratégiques. Abassi a rejeté l’offre. D’aucuns y voient une erreur fatale, car si le FIS avait réagi, il y aurait sans doute quelques dizaines ou centaines de morts mais il n’y aurait pas, selon eux, cette décennie de larmes et de sang, ces 200 000 morts, ces dégâts estimés à 30 milliards de dollars, ces millions de veuves, d’orphelins, des handicapés, un pays détruit, en guerre avec lui-même et un peuple brisé, endeuillé, martyrisé.

Il convient de rappeler que le FIS était depuis toujours engagé pour la paix et la légalité et contre la violence. Les nombreuses déclarations prouvent si besoin en est le caractère pacifique du parti et son respect pour la légalité. Cheikhs Mohammed Saïd et Abderrazak Radjem, responsables de la cellule de crise du FIS affirmaient : « Nous nous engageons à rester fidèles à la ligne politique originelle du FIS et à sa voie pacifique pour la concrétisation de son programme islamique dans la légalité, et cela tant que les portes y menant restent ouvertes, mais si le pouvoir agit contrairement, alors il assumera seul la pleine responsabilité des conséquences qui en découleront. » [3]

La grève a duré dix jours avant d’être violemment interrompue par une intervention sanglante de la Gendarmerie nationale durant la nuit du 3 au 4 juin 1991.

Pourtant, un accord a été conclu entre les dirigeants du FIS et le gouvernement Hamrouche le 3 juin 1991. Aux termes de cet accord, le gouvernement s’est engagé à modifier la loi électorale. De son côté, le FIS s’est engagé à interrompre la grève. Mais contre toute attente et à la grande surprise de tout le monde, quelques heures après, la gendarmerie a pris d’assaut la place des martyrs et la place du 1er mai tuant à coup d’artillerie et de grenades des dizaines de grévistes qui priaient ou dormaient et blessant des centaines. C’était un véritable carnage.

Du coup, une répression sanglante va s’abattre sur l’ensemble des cadres et des militants du parti dans tout le pays. Ce fut d’abord l’arrestation des dirigeants le 30 juin 1991, suivie de la saisie d’archives et de la destruction du siège. Ensuite la vague d’arrestations et d’incarcération s’étendait aux élus, aux cadres et aux militants à travers tout le territoire national. Le 2 juillet 1991, les dirigeants du FIS ont été traduits devant le tribunal militaire de Blida et inculpés d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Le FIS, malgré les exactions cruelles du pouvoir et l’emprisonnement de sa direction, va participer aux élections législatives. Celles-ci devaient se dérouler dans des circonstances difficiles, sous la direction exclusive du gouvernement. Le FIS à ce moment-là n’avait aucune attache avec l’administration. La plupart de ses cadres étaient soit dans les prisons, soit dans les camps de concentration.

Le 26 décembre 1991 a eu lieu le premier tour des élections législatives. Le FIS obtient 188 sièges sur 430, le FFS 25 sièges et le FLN 15 sièges, les candidats indépendants remportent 3 sièges. Le lendemain, soit le 27 décembre 1991, les résultats des élections ont été officiellement proclamés à la télévision par le ministre de l’intérieur et publiés un peu plus tard au journal officiel n° 01/92 du 4 janvier 1992.

Le chef du gouvernement Sid Ahmed Ghozali a officiellement reconnu le caractère « propre et honnête » des élections.

Le Président de la république Chadli Benjedid déclara, à son tour, que le gouvernement Ghozali a bien rempli sa mission (quotidien Assalâm 25.12.1991), ajoutant : toutes les promesses du gouvernement ont été tenues et qu’il est prêt à cohabiter avec n’importe quel gouvernement et qu’il ne peut se dresser contre la volonté du peuple ( quotidien al-Massa 26.12.1991). Mais les éradicateurs vont ruer dans les brancards pour remettre en cause le processus électoral, menaçant de paralyser le pays par les grèves, les manifestations et les occupations des lieux publics. Les généraux vont mettre à exécution leur plan de destruction totale du parti et de sa base sociale. Le Figaro du 8 janvier 1992 avait fait état de ce plan macabre, qui « prévoyait clairement l’éradication d’une partie de la population civile par tous les moyens, y compris extrêmes. »

« Les officiers du commissariat politique passaient dans toutes les casernes d’Algérie pour nous endoctriner. ‘‘L’heure est grave, il faut sauver la république du projet obscurantiste qui la guette, il faut exterminer les traîtres’’, c’est ce qu’on nous répétait en substance à longueur de journée. Les mosquées, jusque-là tolérées dans les casernes, étaient désormais interdites. Faire ses prières était même devenu un acte criminel’’. » [4]

Le 11 janvier 1992, le président Chadli est contraint de démissionner ; les militaires ont pris le pouvoir et annoncé l’annulation du deuxième tour des élections qui devait se tenir cinq jours plus tard.

Cet événement dramatique fut accompagné et suivi par une série de mesures répressives qui vont mettre le pays à feu et à sang. Il s’ensuit la dissolution par le tribunal administratif d’Alger le 4 mars 1992 du FIS et de ses 853 assemblées communales et 32 assemblées départementales, l’état d’urgence, le couvre-feu, l’arrestation et l’envoi de dizaines de milliers de ses militants dans les camps de concentration dans l’extrême sud du pays [5], le quadrillage des villes, l’interdiction des prêches dans les mosquées, l’armée désormais occupe les rues, le doigt sur la gâchette et les tourelles des chars braquées sur les mosquées et les immeubles.

Toute les forces de l’Etat : police, armée, gendarmerie, sécurité militaire et plus tard milices étaient mobilisées contre les populations qui ont voté pour le FIS. Une mobilisation intense qui fait penser à l’invasion d’une puissance étrangère. On procédait à des arrestations massives, à des exécutions sommaires dans les prisons, dans les rues et même dans les domiciles devant et sous les yeux des parents, des enfants et des voisins. On commença à vider les prisons en libérant les prisonniers de droit commun pour les bourrer de prisonniers politiques du FIS, à recruter les milices parmi les délinquants et les anciens harkis par centaines de milliers pour les dresser contre les familles des militants et des sympathisants dudit parti.

Des escadrons de la mort furent mis en place avec pour mission de tuer, d’enlever et de faire disparaître tous ceux qui ont participé aux manifestations et/ou aux marches du FIS. Plusieurs corps de milices ont été créés et armés par le pouvoir pour éradiquer ce qu’ils appelaient ‘‘les islamistes’’ et ainsi, ils ont plongé le pays dans une guerre civile meurtrière. « ...Le général Fodhil Chérif et ses collègues nous ont expliqué qu’il ne fallait pas essayer de prendre les terroristes vivants. « Exterminez-les, exterminez-les, eux et ceux qui les soutiennent, nous ne sommes pas là pour combattre les terroristes uniquement, mais tous les islamistes », ont-ils répété. « Tous les islamistes » ? Fallait-il tuer trois millions d’Algériens ? Le message est pourtant clair : il fallait exterminer tous ceux qui avaient voté pour le FIS. » [6]

Les quotidiens The Gardian et Sawt Al Koweït du 25 février 1992 ont rapporté qu’en l’espace d’un seul mois, entre juin et juillet 1991, il y a eu 300 morts, et 8000 déportés.

On n’hésitait pas à démolir des maisons d’habitation soupçonnées d’héberger des opposants ou des recherchés. Pour ce faire, on utilisait des lance-roquettes, la dynamite, le bulldozer. Parfois l’opération de dynamitage se déroule sans évacuer les habitants enfants, femmes et vieillards. Des bébés carbonisés ont été trouvés à plusieurs reprises sous les décombres.

En zones rurales, des dizaines de villages soupçonnés d’abriter des islamistes ont été rasés au bulldozer, certains ont été bombardés au Napalm et à l’artillerie lourde. L’emploi du Napalm et du gaz moutarde dans les endroits fréquentés par les islamistes était devenu chose courante. Dans les centres urbains, plusieurs immeubles, villas et maisons d’habitation ont été soufflés à la dynamite ou pilonnés à l’artillerie lourde. On voulait éradiquer l’islam contestataire et comme la majorité du peuple algérien s’y attache, c’est donc cette majorité qu’il fallait exterminer.

La jeunesse était contrainte de fuir cette terreur et elle n’avait que deux solutions : le maquis ou l’exil. Ceux qui ont rejoint le maquis, ont été bombardés au napalm. Leurs familles ont été l’objet de terribles représailles, des familles entières ont été décimées par vengeance.

Cette répression dont la cruauté est la même que celle utilisée par l’ancien système colonial ne pouvait s’exercer sans torture dont les techniques et les méthodes inhumaines étaient empruntées au même système. Il suffit de consulter une des organisations algériennes ou internationales des droits de l’homme pour constater les nombreux témoignages sur la torture en Algérie. Parmi les méthodes de torture, on citera le chalumeau, la castration, l’extraction d’organes, le sectionnement du pénis, les brûlures à l’essence de parties génitales, l’arrachage d’ongles, les traitements dégradants comme les déclarations à la télévision : les suppliciés sont présentés devant une caméra de télévision et poussés à des aveux sous la menace, à des dénonciations, à faire des déclarations mensongères sur l’opposition islamiste, à s’attribuer des attentats commis par le pouvoir, à se repentir de façon humiliante.

Si la Communauté internationale avait pris des sanctions contre les auteurs du putsch de janvier 1992, la tragédie aurait pu être évitée. A défaut de rétablir le processus électoral, l’imposition de sanctions aurait permis d’atténuer ou de dissiper le sentiment d’injustice qui a poussé les victimes du coup d’Etat à prendre les armes pour se défendre. Elle aurait également permis de désamorcer la rage meurtrière qui s’est emparée des forces de l’ordre après le coup d’Etat. Ainsi, le désastre ne se serait jamais produit.

En conséquence, nul ne peut nier la responsabilité de la communauté internationale dans la tragédie du peuple algérien.

On peut tirer de ces événements un enseignement capital. D’une part, ce qui est arrivé au FIS n’est que l’illustration de cette haine viscérale contre ce qu’on appelle l’islam politique. C’est sans doute la raison pour laquelle la communauté internationale n’est pas intervenue pour empêcher le bain de sang. Il en résulte que tout mouvement de ce type doit se préparer à une confrontation sanglante sur le plan interne et à une hostilité déclarée sur le plan externe, sauf s’il accepte d’abandonner certains principes. Notons que cette tragédie s’est déroulée avant les attentats du 11 septembre, ce qui signifie que le leitmotiv de ces attentats utilisé pour expliquer ou justifier des graves atteintes aux libertés et aux droits de l’homme est irréel et non fondé. L’hostilité envers l’islam ne date pas du 11 septembre. D’autre part, le drame du FIS a permis de démontrer l’énorme fossé qui sépare ces régimes des peuples qu’ils gouvernent. Tous les slogans tendant à faire croire à l’existence d’une démocratie dans le monde arabe ne relèvent que de la propagande. Certes, il existe une démocratie de façade dans certains pays, mais jamais une vraie démocratie.

Passons maintenant à la question suivante concernant le bilan des réalisations après plus de deux siècles de da’wa, d’efforts, de lutte pour l’instauration de l’Etat et/ou de la société islamique.


Notes

[1] Habib Souaïdia : la sale guerre, édition La Découverte, page 47

[2] Le Soir d’Algérie du 30 mai 1991

[3] Quelle réconciliation pour l’Algérie,(discours du FIS), ouvrage collectif, éd.Hoggar 2005, page 179

[4] Habib Souaïdia, op.cité, page 73

[5] Il s’agit des camps de Reggane, In salah, Bordj Oumar Driss, El Homr, El Menaa, Ain M’Guel, Oued Namous, Tsabit et Tiberghamine

[6] Habib Souaïdia, op.cité, page 93

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