3.12 Le Front Islamique du Salut

Publication en ligne : dimanche 17 juillet 2005, par Maître Simozrag

Le FIS est un parti politique algérien qui vit le jour en 1989 dans le cadre du multipartisme établi à la suite des émeutes d’octobre 1988. Il a obtenu son agrément et fut légalement reconnu le 16 septembre 1989. Ses principaux fondateurs sont Abassi Madani et Ali Benhadj qui sont toujours à la tête du parti en tant que président et vice-président. Le FIS est la jonction du mouvement islamique algérien et du mouvement nationaliste qui ont œuvré pour libérer l’Algérie du joug colonial et édifier un Etat démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.

En bref, le FIS entendait mettre l’Etat et les richesses du pays entre les mains du peuple, c’est-à-dire restituer au peuple sa souveraineté, sa liberté et son indépendance. Il voulait mettre fin à la dictature, à la corruption, au pillage, au désordre grâce à un retour aux sources de l’Islam, à ses valeurs morales et à sa justice.

C’est pour cette raison qu’il a été adopté et plébiscité par l’écrasante majorité des Algériens. Le peuple avait soif de voir émerger une force politique avec une vision et une idéologie appropriées et surtout capable d’affronter la dictature militaire ; le peuple s’est reconnu dans ce parti qui menait le combat pour des valeurs et des objectifs conformes à ses aspirations profondes.

Malheureusement, malgré sa légalité et sa légitimité, le FIS s’est vu confronté à une guerre totale.

Avant d’examiner l’aspect dramatique de son éphémère existence, il convient de donner un aperçu de ses statuts et de son programme. Les statuts du FIS se fondent sur les articles 2, 39 et 40 de la constitution du 23 février 1989 ainsi que sur la loi du 5 juillet 1989 relative au multipartisme.

Ses méthodes s’inspirent des préceptes de la religion, notamment du Coran, de la Sunna du prophète (psl), de la conduite des Califes éclairés ainsi que du consensus. Il est précisé dans l’article 4 de ses statuts que le FIS se conduit avec douceur et modération suivant la voie du juste milieu (wassatia). Il rejette l’extrémisme et « s’engage à respecter l’ordre public, à soutenir les droits d’autrui et à défendre les libertés admises par la Loi islamique ». La réalisation du projet de société islamique comprenant entre autres « le retour de l’islam à la place qui lui revient en Algérie » est l’un des objectifs poursuivis par le FIS. On peut citer un autre objectif consistant en « la libération de l’homme de toute soumission autre qu’à Dieu, la protection de ses besoins vitaux, sa délivrance de toute oppression des dirigeants et la défense de tous ses droits par lesquels Dieu l’a honoré et que toutes les nations se sont engagées à respecter ».

Le programme du FIS se distingue par son attachement aux principes, aux modèles et aux traditions de la charî’a et de la civilisation islamiques. On peut déduire de la lecture dudit document que l’Etat islamique est seul capable de sauver le peuple algérien, de le sortir de la crise qui le secoue et de lui rendre sa liberté et sa dignité. L’opération de sauvetage englobe les axes essentiels suivants : l’axe social et éducatif, l’axe politique et l’axe économique.

3.12.1 L’axe social et éducatif

L’une des caractéristiques de l’Etat islamique est d’œuvrer à l’unité de la Umma ( communauté) islamique selon la parole de Dieu : « Votre Umma est unique et Je suis votre Seigneur : adorez-Moi ! » L’Etat islamique est une alternative totale et globale à tous les problèmes : idéologiques, politiques, économiques, sociaux, géographiques et naturels- spécifiques à chaque époque-avec tous ses prolongements humains et civilisationnels....

Les problèmes éducatifs : l’éducation constitue l’épine dorsale de tous les problèmes évoqués. Les aspects pédagogiques de la question de l’éducation se détériorent. Les élèves des écoles, des collèges et des lycées, les étudiants connaissent une baisse de niveau et un retard patent par rapport à d’autres pays, pour plusieurs raisons : exiguïté du logement et incapacité des tuteurs, des parents et des responsables à les aider, déficience et inadéquation des programmes d’enseignement, insuffisance de personnel qualifié, notamment les professeurs, etc. L’Etat islamique s’engage à résoudre tous ces problèmes.

3.12.2 L’axe politique

L’oppression, la tyrannie et la violation des libertés individuelles et collectives sont les traits caractéristiques des régimes arabes. Pour mettre fin à ces pratiques inhumaines, la politique du gouvernement islamique consiste en ceci :
- l’islam, religion et civilisation à vocation universelle est la base de la personnalité algérienne qui s’est constamment efforcée de combattre toutes les tentatives d’assimilation, de métissage et d’atteinte à l’identité ;
- la Shûrâ (consultation) constitue le principe central dans les prises de décisions relatives à la gestion des affaires publiques. Elle est la traduction vivante du concept de la démocratie ;
- dans le cadre de l’Etat islamique, le peuple algérien gère ses affaires en toute transparence : ceci n’a pas d’exemple dans les autres régimes politiques ;
- l’Etat islamique est un Etat de droit et de justice divine : il se situe, de ce fait, au-dessus de tout intérêt particulier. C’est l’unique garantie de justice et d’égalité entre les différentes couches de la société ;
- la liberté d’expression et la liberté d’opinion représentent des éléments de dynamisation, d’expansion, de richesse de l’esprit, d’innovation et de créativité pour le citoyen, en conformité avec les principes de la loi musulmane (Sharî’a) ;
- les libertés publiques et individuelles sont assurées dans le respect des lois du pays, lorsque l’individu trouve sa place en tant que lieutenant (Calife) de Dieu sur terre, mission dont il est investi par la grâce de Dieu.

3.12.3 L’axe économique [1]

Il faut situer l’économie islamique dans le cadre du modèle islamique général qui organise tous les aspects de la vie en société. Cela signifie que l’économie islamique est un aspect de la société islamique globale, construite selon deux axes :
- le credo islamique
- les concepts islamiques explicatifs des choses à la lumière de la foi Lorsque la société islamique aura accompli sa forme générale, nous pourrons alors en tirer tous les enseignements relatifs à la vie économique. Nous pouvons espérer qu’elle atteindra ses objectifs au plan économique et assurera à la société les conditions du bonheur et de la prospérité. C’est alors que nous pourrons cueillir tous les fruits. C’est la raison pour laquelle nous devons œuvrer à l’avènement de l’Etat islamique. Il nous faut également -par la volonté de Dieu- être patients dans une première étape, et consentir à tous les sacrifices pour réaliser l’Etat islamique sur la terre.

3.12.4 Les orientations générales de l’Etat islamique dans le domaine économique

3.12.4.1 Dans le domaine de l’agriculture

- mettre un terme à l’expropriation abusive des terres
- mettre en valeur les terres au moyen des technologies les plus avancées
- redistribuer les terres aux plus méritants, conformément aux préceptes de la Sharî’a
- développer l’élevage pour réussir à se passer des importations ruineuses
- encourager les petites et les moyennes industries et unités de production agroalimentaires, avec un souci d’économie
- construire des entrepôts pour stocker les produits agricoles en prévision des crises
- créer des centres de recherche agronomique
- relever le niveau et les moyens des instituts agricoles pour accéder aux connaissances avancées
- élaborer un plan agro-industriel en vue de développer le machinisme agricole et de permettre à l’agriculture d’accéder au niveau technologique des pays les plus avancés.

3.12.4.2 Dans le domaine de l’industrie

Les axes principaux sur lesquels repose le programme de l’Etat islamique sont les suivants :
- encourager les petites et moyennes industries qui ne dépendent pas des matières premières de l’étranger, afin de créer des emplois
- diversifier les entreprises industrielles afin de réaliser l’autosuffisance, tout en préservant le secteur public et en le protégeant contre toute concurrence néfaste
- développer la technologie par l’amélioration de l’enseignement
- valoriser les ressources naturelles du pays
- créer des usines pilotes pour la recherche scientifique et technologique (science théorique, architecture, génie spatial)
- se conformer aux principes de la Shûra (consultation) pour le fonctionnement des unités industrielles
- réhabiliter le travailleur dans sa dignité et dans ses droits et lui assurer une vie digne
- revoir la politique douanière dans la perspective du Grand Maghreb et de la création d’un marché commun arabe et islamique, afin d’échapper au diktat des pays riches et de consolider l’unité africaine
- créer des organismes publics chargés de protéger toutes les initiatives visant à développer le secteur industriel
- délimiter l’intervention de l’Etat dans la propriété industrielle et protéger le secteur privé qui ne doit pas se transformer en monopole et empiéter sur le secteur public
- fixer les normes garantissant la qualité des produits et les droits du consommateur

3.12.4.3 Dans le domaine du commerce

Les activités commerciales représentent les artères de l’industrie ; ses principaux axes sont les suivants :
- réformer le système commercial par l’abolition du monopole et de l’usure (ribâ), par la suppression des intermédiaires et de toutes les formes de fraude
- réorganiser les circuits de distribution et décentraliser les entreprises
- encourager la concurrence
- donner la priorité au marché intérieur pour la distribution des produits nationaux
- juguler la hausse des prix et l’inflation conformément à la règle « ni préjudice, ni usurpation »
- organiser les opérations commerciales, les contrats commerciaux et les organisations des sociétés, selon les principes de la Sharî’a islamique
- réhabiliter l’actionnariat et encourager les sociétés privées
- la politique du commerce extérieur doit répondre aux impératifs d’indépendance, de protection de l’économie, du privilège du marché intérieur
- mettre un terme au monopole du commerce sauf dans certains domaines où l’Etat doit intervenir pour sauvegarder l’intérêt national
- promouvoir la liberté du commerce
- la balance du commerce extérieur doit se soumettre aux objectifs du plan de développement civilisationnel à long terme
- l’Etat doit veiller - en subventionnant notamment certains produits locaux- à la protection de la production locale et à sa qualité
- la qualité du produit d’exportation et la modération des prix sont des atouts pour gagner la confiance des importateurs
- reconsidérer les relations avec le FMI et les différentes organisations internationales financières et commerciales responsables de la crise mondiale actuelle
- réexaminer la question de la dette

3.12.4.4 Dans le domaine des finances

- veiller à la conformité aux lois islamiques en matière de choix monétaires
- revoir le pouvoir d’achat de la monnaie nationale à l’intérieur et sa parité à l’extérieur pour stimuler l’effort productif et protéger l’économie
- revoir la politique fiscale et douanière
- consolider la zakât et les waqfs comme des ressources légales de l’Etat tant qu’il respecte la Sharî’a
- créer une caisse de solidarité sociale et de crédit conforme à la Sharî’a
- encourager les Algériens et les musulmans fortunés, y compris les émigrés, à investir en Algérie et dynamiser ainsi l’économie nationale et la rendre capable de réaliser l’autosuffisance, car c’est là une forme de « djihad financier ». L’Etat s’engage, en tout état de cause, à protéger les biens des personnes
- réorganiser le système bancaire pour mieux assurer les ressources de l’Etat et mieux protéger les biens des citoyens et de tous les déposants et faciliter leur participation à l’enrichissement du pays par le biais de l’investissement et mettre fin à l’usurpation des richesses
- créer des banques islamiques et des caisses de crédit où toute forme d’usure sera bannie et où l’intérêt de chacun sera garanti
- respecter l’échelle des priorités financières selon les situations sauf pour la zakât dont la gestion est déterminée par le Législateur suprême et par Lui seul. L’autre aspect de l’économie islamique est la dimension morale et éthique, car l’islam n’a pas pour objectif l’amélioration des seules conditions matérielles et naturelles de la société islamique, en dehors de l’homme en tant que tel. Il voit en ces objectifs la traduction de valeurs essentiellement morales et éthiques. Ainsi, sur le plan méthodologique, l’islam s’intéresse au facteur humain. Il place l’homme au centre de ses préoccupations économiques, de manière consciente et volontaire, avec la bénédiction de Dieu Tout-Puissant.

3.12.4.5 Le rôle de l’Etat dans l’économie islamique

3.12.4.5.1 La sécurité sociale

L’islam fait obligation à l’Etat d’assurer les moyens de subsistance aux membres de la société musulmane. Cela signifie que l’Etat doit offrir à chacun un emploi digne, des opportunités d’une noble participation à des activités économiques fécondes, afin qu’il puisse vivre sur la base de son travail et de son effort. Dans le cas où l’individu se trouve dans l’incapacité de travailler ou d’assurer lui-même des moyens suffisants de subsistance, et dans le cas où l’Etat traverse une phase exceptionnelle ne lui permettant pas d’offrir des emplois à tous, on entre dans une deuxième phase pendant laquelle l’Etat doit mettre en œuvre le principe de solidarité. Dès lors, la puissance publique doit mobiliser les moyens financiers nécessaires au financement de cette opération de solidarité.

Ce principe repose sur deux bases : la première est la solidarité générale (ou mutualité), la seconde se fonde sur les droits pour la collectivité de bénéficier des ressources de l’Etat. Le premier principe signifie que l’islam impose à tous les musulmans d’être solidaires les uns vis-à-vis des autres. Cette solidarité est une obligation religieuse pour le musulman, dans les limites de ses possibilités. Le rôle de l’Etat ici est de contraindre tous les sujets à se conformer à cette obligation légale. Le second principe est celui du droit de la collectivité d’user des fruits et des ressources publiques. L’Etat étant directement responsable d’assurer toutes les subsistances aux invalides, aux infirmes, aux indigents et aux nécessiteux.

3.12.4.5.2 L’équilibre social

L’Etat doit œuvrer à la réalisation de l’équilibre entre les membres de la société au niveau des moyens de subsistance, ce qui ne signifie nullement l’égalitarisme des revenus. La réalisation de cet équilibre implique la mise à la disposition de tous les membres de la société des ressources monétaires, ce qui ne signifie nullement que l’Islam impose la réalisation de cet équilibre immédiatement. L’équilibre social signifie en revanche que les moyens de subsistance doivent être assurés pour tous.

3.12.4.5.3 Le principe de l’intervention de l’Etat

l’Etat intervient dans la vie économique pour appliquer les sanctions légales- prévues par la Sharî’a (par exemple l’interdiction du prêt usuraire : Ribâ). Dans le domaine de la jurisprudence, l’Etat moderne doit appliquer la législation islamique, en l’adaptant aux conditions nouvelles, de manière à assurer les objectifs généraux de l’économie politique islamique et de la conception islamique de la justice.

3.12.5 A propos du régime politique dans l’islam :

L’Etat islamique dispose de vastes prérogatives dans les domaines de la propriété et de l’économie. En revanche, l’islam a imposé des règles strictes en vue d’assurer la droiture, la probité et l’intégrité des gouvernants. C’est la raison pour laquelle l’islam repose sur les principes de la consultation (Shûrâ) et de la justice (adl). Il a également imposé à l’Etat de combattre vigoureusement la corruption, l’oppression et la tyrannie de ceux qui exercent la puissance et qui ont en charge l’autorité.

Lire la suite : article 187


Notes

[1] pour de larges extraits du programme économique du FIS : cf.M.Al-Ahnaf, B.Botiveau et F. Frégosi, L’Algérie par ses islamistes, pp.179 à 187

2 Messages de forum

  • Le FIS a connu une certaine évolution depuis ses débuts... La dérive totale. Du groupe de salafistes plus ou moins intellectualisés, il s’est transformé en une hydre criminelle et liberticide ! Je ne cautionne pas le discours qui les fait passer pour des agneaux bons tribuns !! Ce sont des meurtriers.

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    • > 3.12 Le Front Islamique du Salut 1er avril 2007 01:05, par Maître Simozrag

      Le FIS a été piégé. Il fut infiltré par des agents qui l’ont conduit à la dérive. En réalité, le FIS est un parti pacifique ; il n’a à aucun moment songé à l’utilisation de la violence. La preuve, il emprunta les voies légales du changement et il gagna haut la main les élections. Cependant, la naïveté du FIS n’a pas résisté au machiavélisme du pouvoir ; la confrontation, d’ailleurs fomentée par le pouvoir, a conduit aux résultats que l’on sait.

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