3.6 Le mouvement wahabite
Fondé par Cheikh Mohammed ibn Abdul Wahab (1702-1792) en 1730, le mouvement wahabite est le pionnier de la rénovation de la pensée islamique et de l’assainissement du concept du tawhid (unicité de Dieu). Il n’a pas tardé à se répandre dans le monde arabe où il prit appui sur des relais tels que Choukani au Yemen, Senoussi en Lybie, al-Mahdi au Soudan, Mohammed Abdou en Egypte et plus tard Allal al-Fassi au Maroc et Cheikh Abdelhamid Ben Badis en Algérie. Ce mouvement a le mérite d’avoir préparé les esprits à rejeter sinon à combattre les fausses croyances véhiculées par certaines confréries mystiques. Le mouvement repose sur deux fondements essentiels :
a) le retour au tawhid et aux sources premières de l’Islam ; le Cheikh Mohammed ibn Abdul Wahab estime que la question du tawhid (proclamation de l’unicité divine) est la base de l’Islam et que la faiblesse des musulmans et leur disgrâce s’expliquent par le fait qu’ils ont dévié de leur religion.
b) l’ouverture de la porte de l’Ijtihad1 car la fermeture de l’Ijtihad a engendré la sclérose de la pensée islamique.
La particularité du mouvement wahabite réside dans le fait qu’il s’appuie sur l’autorité du royaume d’Arabie Saoudite. Le mouvement tire sa force du soutien de l’Etat saoudien.
Cheikh Mohammed ibn Abdul Wahab est un Saoudien, disciple du rite hanbalite. Il reçut de son père un enseignement de base en matière d’exégèse (tafsir), jurisprudence (fiqh) et hadith.
A l’époque, l’Arabie, qui prendra plus tard le qualificatif de saoudite, était composée de plusieurs provinces gouvernées par des émirs indépendants les uns des autres, tels des chefs de tribus tirant leur légitimité de leur bravoure dans les razzias et les guerres tribales. Le Cheikh Ibn Abdul Wahab se mit à prêcher et à détruire les mausolées.
Avant de conclure un pacte avec l’émir Mohammed Al Saoud, le Cheikh eut quelques problèmes avec certains émirs qui l’empêchèrent de prêcher. Il se rendit comme hôte chez Mohammed ibn Souaylem dans la province des Al Saoud. L’émir Mohammed ibn Saoud alla le voir, lui souhaita la bienvenue et lui proposa son soutien et sa protection. Le Cheikh était conscient que la vérité a besoin de la force du moins pour se défendre ; il accepta de faire alliance avec lui et ce fut l’union parfaite entre l’autorité de l’Etat et la religion.
Ce faisant, au volet religieux, le mouvement s’est vu adjoindre un volet politique comportant un programme et des objectifs politiques, entre autres l’extension de l’autorité des Al Saoud aux provinces du Hijaz, « la libération des peuples arabes de l’emprise ottomane ». Dès lors, le mouvement entra en guerre contre le pouvoir ottoman, lui reprochant de bafouer les principes de l’Islam, d’encourager le soufisme et ses pratiques contraires à la religion. En réaction à ces attaques, Mohammed Ali tenta vainement de lancer ses troupes à la conquête de l’Arabie.
3.6.1 Les activités du mouvement
3.6.1.1 l’aspect religieux
Sur le plan religieux, les activités du mouvement consistent à renforcer la notion de l’unicité divine (tawhid) et à combattre les manifestations de l’associationnisme (chirk), entre autres le culte des saints, d’où l’existence d’un conflit permanent entre le mouvement wahabite et d’autres tendances, notamment les Chiites et les confréries soufies.
Il est indéniable, en effet, que le mouvement a contribué à la purification de la religion en la débarrassant des superstitions et des fausses croyances, en définissant clairement les principes de la foi et du tawhid.
Les idées et les recommandations du mouvement peuvent se résumer comme suit :
le mouvement a appelé à l’ouverture de la porte de l’Ijtihad après plus de cinq siècles de fermeture.
Il a prôné la nécessité de revenir au Coran et à la Sunna (tradition) et de n’accepter en matière de foi que ce qui trouve une justification directe et claire dans ces deux sources.
Il a adopté la méthode des gens de la Sunna et de la Jamâa dans la compréhension et l’utilisation de la preuve légale.
Il a appelé à l’assainissement du concept du tawhid en demandant à la communauté de revenir à l’exemple des musulmans de la première heure.
D’après le mouvement, la notion de tawhid s’entend de la manière suivante :
a) le Tawhid des noms et des qualités, c’est-à-dire l’affirmation des noms et des qualités qui ont été indiqués par Allah Lui-même et confirmés par Son dernier messager sans comparaison ni commentaire ni interprétation.
b) S’assurer de la bonne compréhension du tawhid de l’adoration, en ce sens que l’adoration doit être vouée exclusivement à Allah : « Adorez Allah et fuyez le Taghout »2 s16 v36
Le phénomène du culte des saints a connu une régression grâce aux efforts du mouvement wahabite. Dans l’ensemble, malgré son manque d’ouverture, le caractère rigoriste de sa doctrine, on peut reconnaître au mouvement le mérite d’avoir défendu l’Islam et sauvegardé son authenticité au moment où il était la cible d’attaques tous azimuts.
3.6.1.2 l’aspect politique
La politique du mouvement consiste à maintenir des bonnes relations avec l’ensemble des pays de la planète dans le but de faciliter l’accomplissement du pèlerinage aux musulmans originaires des différents pays.