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5- Les Omeyyades d’Espagne (756-1031)

Publication en ligne : samedi 23 octobre 2004, par Maître Simozrag

Il faut rappeler que les musulmans avaient conquis l’Andalousie en 711 à l’époque du Calife Al-Walid ibn Abdul Malik et sous le commandement du gouverneur de l’Afrique du Nord Moussa ibn Nouçair et son général Tarik ibn Ziade. Après l’installation de l’Islam en Afrique, Moussa envoya en l’an 709 un message au Calife, lui demandant l’autorisation de conquérir l’Andalousie. Après avoir obtenu l’accord du Calife, Moussa organisa une armée composée de neuf mille hommes qu’il plaça sous le commandement d’un célèbre chef berbère nommé Tarik ibn Ziade. Il mit sur pied une flotte composée de cent navires de guerre accostés en Tunisie.

La première bataille eut lieu au détroit de Jabal Tarik ou détroit de Gibraltar d’où Tarik sortit vainqueur. La bataille décisive se déroula pendant le mois de Ramadan de l’an 714. Au cours de cette bataille, Tarik ordonna de brûler les bateaux sur lesquels ses troupes avaient traversé. Il prononça son célèbre discours qui resta gravé à jamais dans les annales de l’histoire. Il dit aux soldats : « la Mer est derrière vous et l’adversaire est devant vous, vous n’avez donc le choix qu’entre le mort ou la victoire ». Les pertes étaient énormes dans les rangs des musulmans, mais l’armée des Wisigoth était presque toute anéantie ; un grand nombre de soldats, s’était jeté dans la rivière à la suite de leur roi Rodrigue.

Puis Tarik commença à conquérir toute l’Andalousie du sud vers le nord et il entra à Tolède, le royaume de l’Andalousie, sans rencontrer de résistance.

Moussa se rendit à Cordoue et fit construire une mosquée qui sera la première dans toute l’Europe, baptisée : Masjid Arrayate (la mosquée des drapeaux).

L’Andalousie se détacha peu à peu de l’Afrique du Nord pour se placer sous l’autorité directe du pouvoir central de Damas. Mais après la chute des Banu Umayya et l’instauration du Califat abbasside, l’Andalousie va se séparer du pouvoir abbasside et former un Etat indépendant sous l’autorité de Adurrahmane ibn Hicham ibn Abdul Malik surnommé Addakhil. Ce dernier, qui avait échappé au massacre des Omeyyades par les Abbassides, accompagné d’un groupe de partisans, défit en 756 le gouverneur Youssouf al-Fihri et se fit proclamer Emir d’al-Andalus dans la grande Mosquée de Cordoue.

Connu sous le nom de Abdurrahmane 1er (756-788), il réussit à rétablir l’unité de l’Espagne qui avait été le théâtre d’affrontements entre différents groupes ethniques : Arabes et Berbères, Arabes Yéménites et Qaisites, Espagnols convertis et Espagnols chrétiens.

Il établit à Cordoue le siège de son Emirat. En plus des séditions internes, il fit face à deux ennemis extérieurs : les Francs sous Charlemagne et l’Empire abbasside qui n’ont jamais été satisfaits du statut de l’Andalousie comme Etat indépendant. Les Omeyyades d’Andalousie furent la cible de plusieurs attaques menées par des troupes abbassides venant de l’Afrique du Nord. Mais maintes fois Abdurrahmane 1er en sortit vainqueur.

De même, il remporta la victoire contre les soldats de Charlemagne qui ont traversé les Pyrénées pour lui lancer des attaques surprises.

A leur retour d’Espagne, les troupes de Charlemagne tombèrent dans une embuscade tendue par les Berbères aux Pyrénées où ils subirent d’énormes pertes.

Il fit de Cordoue le foyer d’une civilisation qui accompagnait les centres scientifiques de Bagdad dans l’éveil intellectuel de l’Europe et de l’Asie.

Il fonda des universités et des bibliothèques qui attirèrent les gens de tous bords. Ainsi Gerbert d’Aurillac qui fut le premier Pape français sous le nom de Sylvestre II passa trois ans à Tolède, étudiant les mathématiques, l’astronomie, la chimie et d’autres disciplines sous la direction des docteurs musulmans. Plusieurs prélats et savants anglais, allemands, français et italiens avaient étudié dans les universités de l’Espagne musulmane. Abdurrahmane Addakhil parvint à pacifier le pays et à gagner la confiance des populations. Il rétablit la justice en supprimant l’oppression et l’arbitraire ; il tranchait lui-même les différends entre les gens ; il venait au secours des faibles. Il construisit des écoles, des routes, des ponts, des canaux d’irrigation qui permirent la mise en valeur d’énormes surfaces agricoles. Il accomplit d’innombrables œuvres de bienfaisance. Il envoyait les prédicateurs à travers tous les pays afin d’ordonner le bien et de porter le message de l’Islam. Après sa mort en 794, son fils Hicham 1er ibn Abdurrahmane ibn Al-Hakam lui succéda.

5.1 Hicham 1er ibn Abdurrahmane ibn Al-Hakam (788-796)

Il se trouva, grâce aux efforts de son grand-père, à la tête d’un pays prospère et paisible qui rayonnait de progrès et de connaissances. Il eut tout de même à juguler la révolte de ses frères Abdallah et Souleymane évincés du trône. Hicham 1er était un homme pieux dont le règne se distingua par les expéditions estivales (sawaïf sur asturien : Pyrénées)

5.2 Al Hakem 1er lui succéda (796-822)

Contrairement à son père, il dut faire face à des révoltes incessantes et surtout à une querelle dynastique de la part de ses deux oncles Abdallah et Souleymane qui furent exécutés après avoir tenté un coup d’Etat déjoué.

5.3 Abdurrahmane fils d’Al-Hakem 1er fils de Hicham (822-852).

Il prit possession d’un territoire pacifié, d’un pays prospère, d’une administration organisée et d’une activité économique en plein essor.

Il n’empêche que des événements douloureux vinrent de temps à autre perturber la tranquillité du pays. Parmi ces événements, figurent les attaques martyres de Cordoue. C’était des attaques meurtrières décidées par des chrétiens mus par la haine contre l’Islam et les musulmans qui les avaient surpassés en matière de progrès, de civilisation, de tolérance et de justice. Les musulmans avaient remporté une victoire éclatante.

5.3.1 Les assauts des Normands

Les Normands étaient des milices chrétiennes venues de la Scandinavie et qui établirent leurs bases en Normandie. Ces milices lançaient des attaques terribles contres les musulmans ; elles seront battues et neutralisées sous le règne de Abdurrahmane III.

5.4 Abdurrahmane III (912-961)

Abdurrahmane III était un homme de courage, de qualité et d’intelligence, organisateur, ambitieux et tolérant. La longévité de son règne va lui permettre de restaurer l’autorité et le prestige de la maison omeyyade, de reconquérir les territoires tombés en dissidence, mettre fin à l’existence des principautés insoumises à Cordoue et anéantir la rébellion à l’intérieur. Il mit fin à la révolte d’ibn Hafsoun, un faux converti qui avait soulevé l’Andalousie.

Au Maghreb, il entreprit de contrecarrer l’expansion fatimide, soutenant les tribus dissidentes ainsi que tous les petits Etats qui étaient en conflit avec la dynastie chiite, ralliant à son autorité une grande partie du nord du Maroc et de vastes territoires du Maghreb.

Il occupa deux places maritimes stratégiques du détroit de Gibraltar : Ceuta et Tanger.

Il se proclama Calife en 929 et Prince des croyants pour subjuguer les Fatimides, avec le surnom de “An-Nacer Li dinillah” (défenseur de la religion d’Allah).

Face aux Fatimides, le Calife de Cordoue incarnait aussi le souvenir de l’orthodoxie sunnite à un moment où le Califat abbasside était en pleine décadence.

A son époque, la civilisation islamique atteignit son âge d’or. L’Andalousie était devenue la Qibla des savants qui venaient de tous bords puiser le savoir et les connaissances dans ses universités et ses instituts.

Il restitua aux Omeyyades leur gloire, et édifia un Etat islamique prospère où régnaient la paix, la sécurité et la justice.

A sa mort, en 961, la puissance arabe en Espagne se trouva alors à son apogée. D’un royaume secoué par les guerres et les rivalités de clans, il avait su faire un Etat pacifié, stable et très riche.

5.5 Al-Hakim II (961-976)

Ce dernier a succédé à Abdurrahmane III. Son règne fut l’un des plus pacifiques et des plus féconds de la dynastie omeyyade en Espagne. Il agrandit la Mosquée de Cordoue et la dota d’une magnifique parure qui fut l’une des merveilles de l’art hispano-mauresque. Il avait une grande passion pour les sciences islamiques, les lettres et les arts. Il fut surnommé : Al-Mustancir billah (celui qui cherche l’aide victorieuse d’Allah).

A la mort d’Al Hakam II, la dynastie va subir de sérieux revers. Le nouveau souverain étant trop jeune (12 ans), le pouvoir va passer entre les mains d’Ibn Abi Amir, un “maire du Palais” lequel, grâce à son génie, son ambition, son courage et surtout le soutien de la reine Sobh va s’imposer comme le véritable détenteur du pouvoir. Il mit à bas ses adversaires, s’affirmant comme le champion dans les grandes victoires des guerres de conquête. Il s’empara de Barcelone, Léon et Saint-Jacques-de-Compostelle (997).

A l’intérieur, il mata l’aristocratie arabe et réorganisa l’armée en recrutant des contingents berbères. A sa mort, un de ses fils lui succéda, pendant que le Calife Hicham règnait en titre. Dans ce contexte d’instabilité, une crise politique va secouer le pays et entraîner la chute du califat omeyyade d’Occident. L’Andalousie va sombrer dans une guerre civile qui, au bout de vingt ans, va déboucher sur la disparition du califat en 1031. L’Empire va se démembrer en une foule d’Etats minuscules, entre les mains de roitelets connus sous le nom de Riyas At tawaïfs (chefs ou Rois de factions).

Ces roitelets vont exceller dans la construction des palais, la chanson, la musique, en un mot le libertinage. Ils doivent leur longévité à la protection de Youssef ibn Tachfine chef des Almoravides (Al Mourabitoun) qui parvint à unifier plusieurs parties du Maghreb et de l’Andalousie sous un commandement unique. Les Almoravides sont des guerriers religieux originaires du Sahara occidental. Epris de justice et de paix, mus par une foi islamique inébranlable, en peu de temps, ils s’emparèrent de la moitié du Maghreb. Ils remportèrent la victoire sur le roi de Castille en 1086, conquirent Valence et défendirent l’Andalousie dont les Emirs étaient en lutte avec les troupes chrétiennes au début de la reconquête. En rattachant les territoires de l’Andalousie au Maroc, Youssef ibn Tachfine avait scellé l’union politique, permit la libre circulation des hommes et des idées entre les deux rives du détroit. En 1070, Marrakech devint la capitale politique. Pendant ce temps, le fondateur de Marrakech, Abou Bakr fonça dans l’Afrique noire via le Sénégal. Cette période s’est caractérisée par la stabilité, la prospérité et le développement de la production culturelle et artistique.

C’est grâce à Youssef ibn Tachfine, assurent les historiens, que la chute de l’Andalousie a été retardée de près de trois siècles. Sans lui, nous n’aurions pas assisté à l’éclosion d’esprits tels que Ibn Rochd, Ibn Tofaïl, Ibn Baja, Ibn Arabi, Ibn Khaldoun ou Ibn Khatif. Les Almoravides ont régné de 1055 à 1147, mettant un terme à la phase de crise des derniers Idrissides.


2 Messages de forum

  • salam alaikoum j’ai trouver ce commentaire par rapport a Cette histoire, de l’incendie volontaire des navires, avec lesquels les musulmans étaient venus, par Tariq Ibn Ziyad. Dans le but d’inciter encore plus les soldats musulmans au combat, et après l’incendie, il aurait dit aux Moudjahidines : « La mer est désormais derrière vous, et l’ennemi devant vous ! Nulle autre délivrance que par les sabres. » Ce récit est inventé, il n’a pas de chaîne authentique dans les sources islamiques, nous avons une science qui est le Jarh Wa Ta’dil (science de la critique et de l’éloge) qui demande que soit rassemblées sur le rapporteur d’un récit plusieurs conditions pour lui donner le statut de confiance, et ce récit n’a jamais été rapporté dans des ouvrages islamiques de manière authentique. Il se trouve seulement dans les ouvrages européens.

    Si c’était le cas, si vraiment Tariq Ibn Ziyad a mis le feu aux navires, il y aura eu sur le champ une réponse de Moussa Ibn Noussayr, pour connaître les raisons de cette décision. Car il est vraiment étrange qu’un commandant mette le feu à ses navires. Il doit avant toute décision établir un dialogue de consultation, recueillir des conseils, etc. Avant toute entreprise de ce genre, il y aurait eu des commentaires du Calife, et des savants, sur la permission légale ou non d’une telle action.

    L’absence d’écrits sur les réactions ou des commentaires sur un tel événement prouve que ce dernier n’a jamais eu lieu. Les Européens ont propagé ce récit pour une raison très claire. Les historiens et analystes européens n’arrivent toujours pas à comprendre, et à expliquer comment les Moudjahidines de l’islam, au nombre de 12 000, à pieds sans chevaux, ont pu avoir le dessus sur plus de 100 000 cavaliers Wisigoths chrétiens, en plein cœur de leur terre, terre qu’ils connaissaient pour y vivre !

    Comment ce petit nombre de gens a pu triompher sur un aussi grand nombre d’hommes ? Alors ils ont inventé l’histoire des navires incendiés, disant que les musulmans n’avaient dès lors plus le choix. Il leur fallait combattre jusqu’à la mort, puisqu’ils ne pouvaient plus fuir par l’arrière… Mais que si les navires avaient été disponibles, ils y seraient remontés, et auraient repris le chemin du retour… D’autres récits tout aussi faux ont été propagés par ces orgueilleux européens, comme l’histoire qui dit qu’il y avait des traîtres, à la solde des musulmans, dans les rangs de l’armée de Rodéric, qui ont semé la zizanie dans les rangs, et causé la fuite de la majeure partie de l’armée… Des récits qui font plus rire qu’ils ne donnent à réfléchir.

    Ces personnes qui n’ont pu admettre la victoire des musulmans dans une situation pareille n’ont pas médité sur la règle divine gravé pour toujours, le verset 249 de la sourate 2, Al-Baqarah : « Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Allah est avec les endurants » Celui qui regarde les pages de l’histoire islamique trouve que c’est chose normal chez les musulmans de vaincre, avec un petit nombre d’hommes, une armée supérieure.

    qu’en pensez vous ,je n’en suit pas l’auteur ? salam alaikoum

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    • 5- Les Omeyyades d’Espagne (756-1031) 28 janvier 2009 09:38, par simozrag

      wa alaikum assalam, Il n’y a aucun doute sur l’authenticité du discours de Tarik ibn Ziad à l’endroit de ses troupes. Ce récit est rapporté par un grand nombre d’historiens musulmans. le Jarh Wa Ta’dil s’est appliqué aux hadiths du Prophète (Paix et salut sur lui). Cette entreprise a duré des siècles. L’histoire de la vie du Prophète (la Sira) qui est plus importante que n’importe quelle autre histoire n’a pas été l’objet d’un examen de Jarh Wa ta’dil, comment voulez-vous qu’on puisse l’appliquer à d’autres récits moins importants ? Quant à la question de l’incendie des bateaux, il se peut que ce ne soit pas vrai. Je ne peux vous contrarier sur ce point. Mais le discours est vrai, en voici un extrait en arabe : خطبة طارقِ بْنِ زيادٍ رحمه اللّه تعالى قام طارق بن زياد خطيباً في أصحابه، فحَمِدَ اللّه وأثنى عليه بما هو أهله ثم حثّ المسلمين على الجهاد ورَغَّبهم ثم قال : أيها الناس، أين المَفَرُّ؟ البحرُ من ورائكم، والعدوُّ أمامَكم وليس لكم واللَّهِ إلا الصدقُ والصَبْرُ. واعلموا أنكم في هذه الجزيرة أَضْيَعُ من الأيتام في مَأْدُبَةِ اللِّئام، وقد اسْتَقْبَلَكم عدوّكم بِجَيْشِهِ وأَسْلِحَتِهِ، وأَقْواتُه موفورةٌ ، وأنتم لا وَزَرَ لكم إلا سيوفُكم ولا أقواتَ إلا ما تَسْتَخْلِصُونَه من أيدِي عدوِّكم، وإِن امْتَدِّتْ بكم الأيامُ على افتقارِكم ولم تُنْجِزوا لكم أمراً ذهبتْ رِيحُكم، وتَعَوّضَتِ القلوبُ من رُعْبِها منكم الجَرَاءَةَ عليكم، فادفعوا عن أنفسكم خُذْلانَ هذه العاقبة من أمركم بِمُنَاجَزَةِ هذا الطاغية.

      1- نفح الطيب للمَقَّري : 1/240. 2 - جمهرة خُطب العرب : 1/314

      « L’ennemi est devant vous, et la mer est derrière vous, vous n’avez d’autre alternative que de vaincre ou mourir. Me suivrez-vous ? »

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