L’Empire ottoman fut une puissance étrange qui a régné sur une grande partie de la planète, Europe, Afrique, Asie durant plus de six siècles. Il ne cesse de susciter la curiosité et l’admiration des observateurs. Il a bénéficié d’une situation géographique centrale qui lui a permis de contrôler des voies et des espaces maritimes énormes, de se développer et de s’inscrire dans la durée. Le succès de l’Empire ottoman n’est pas uniquement d’ordre militaire, il est aussi politique et social. Ils furent les rassembleurs du monde musulman.
Les Ottomans sont issus d’une tribu dite Ghazi ; ils tirent leur nom d’un de leurs premiers chefs Othman. Sous le règne du Sultan Mourad 1er, ils lancèrent des attaques contre les Balkans. Mourad fut assassiné sur le champ de bataille, son successeur Bayzid 1er poursuivit le mouvement et conquit la Serbie, Kosovo, la Bosnie, la Bulgarie et une partie de la Grèce. Seule la Hongrie opposa une résistance. La zone des Balkans devenait terre d’Islam. Bayzid assiégea ensuite Constantinople. Il rencontra une farouche résistance organisée par une flotte française sous le commandement du maréchal Boucicant.
La confrontation avec les Mongols va empêcher les Ottomans de poursuivre leur expansion vers le Proche-Orient. D’autant plus que les princes dépossédés d’Anatolie avaient sollicité l’intervention de Tamerlan. La bataille d’Ankara en 1402 tourna à l’avantage des Mongols qui emmenèrent le Sultan Bayzid 1er en captivité où il mourut peu de temps après. Cette défaite eut des retombées négatives sur la dynastie ottomane. Il en résulte deux problèmes : le problème de la succession et la reprise des anciennes principautés turques par les Mongols.
Trois des quatre fils de Bayzid furent éliminés par leur frère Mohamed 1er. Il est une tradition chez les Ottomans qu’en l’absence d’un principe successoral bien défini, les problèmes de succession soient réglés dans le sang. Il met sur pied un plan de défense et de conquête que son fils Mourad II va appliquer à la lettre.
La conquête est érigée en principe d’Etat ; mais à l’égard des territoires musulmans, c’est de défense ou de protectorat qu’il s’agit et non de conquête.
Son successeur Mourad II va se consacrer à l’organisation de l’armée. Il construit une flotte importante. Il rétablit l’autorité ottomane sur l’ensemble de l’Anatolie. Puis, il se tourna vers l’Europe où des combats acharnés sont menés aux frontières de la Hongrie.
Le siège de Constantinople non réussi par lui, sera préparé par son successeur Mohamed II. La puissance d’artillerie fut utilisée au maximum contre Constantinople [1]. Après un mois de pilonnage régulier, la ville fut prise d’assaut le 29 mai 1453 et passa aux mains des musulmans. Elle sera baptisée Istanbul. Cette victoire fut suivie par d’autres victoires, telles que la prise de Belgrade, la conquête de la Hongrie, le siège de Vienne. On ne peut parler de la dynastie ottomane sans mettre l’accent sur le symbole de cette dynastie, le personnage qui marque son histoire : Souleymane le magnifique.
La plus belle période de l’Empire est celle du Sultan Souleymane le magnifique, soliman 1er, surnommé par les Turcs : Souleymane le législateur.
Il est le 10è et le plus illustre des Sultans ottomans. Très tôt, selon l’usage de la dynastie, le jeune prince commença à occuper des postes administratifs et militaires en Crimée, en Asie mineure, puis, durant l’absence de son père, le Sultan Selim 1er, fut éloigné par ses compagnons d’Orient dans la capitale Istanbul et à Edine.
Souleymane monta sur le trône en 1520 succédant à son père à l’âge de 26 ans. Il se trouva à la tête d’un Empire comprenant le Sud-Est de l’Europe, l’ancien Empire mamelouk constitué de l’Egypte, de la Syrie, de la Palestine et du Hijaz conférant le patronage de la Mecque et Médine. Le jeune Sultan prit part à de nombreuses opérations militaires. Il fait réprimer la révolte engagée par le gouverneur de la Syrie et de la Palestine à l’annonce de la disparition de Selim 1er. Puis il remporte à l’ouest deux succès militaires successifs : en 1521, il s’empare de la puissante forteresse de Belgrade, alors sous la domination hongroise, sécurisant ainsi la présence ottomane sur les Balkans et ouvrant la voie à de nouvelles avancées en Europe centrale ; en 1522, il lance une grande expédition navale et terrestre, engageant plus de 200 navires et quelques deux cent mille hommes, contre l’île de Rhodes, où les chevaliers de Saint- Jean s’étaient établis après avoir été chassés de Jérusalem, et dont il s’empare après un siège de cinq mois.
Dans le même temps, la flotte ottomane sillonne la méditerranée trouvant dans les corsaires tel le célèbre Khayreddine Barberousse des remarquables alliés pour s’assurer la prise des pays de l’Afrique du Nord. Seul le Maroc échappa au contrôle de l’Empire ottoman.
D’autres éléments de la flotte ottomane interviennent en Mer rouge, permettant au Sultan de s’emparer du Yémen, d’Aden et de Mossaoua, et dans le Golfe persique, dont il s’assure l’accès par la prise de Bassora (1546).
Souleymane réunit ainsi sous son autorité des territoires situés sur trois continents très disparates par les conditions naturelles, les ethnies, les religions, les traditions politiques, mais unifiés au sein d’un Etat remarquablement organisé, respectueux de la loi et de l’ordre.
L’autorité du Sultan s’appuie sur une élite politico-militaire, recrutée parmi les jeunes enfants grecs, albanais ou slaves enrôlés dans le cadre du ramassage (devchirme) puis soigneusement éduqués pour faire partie de la garde impériale, ceux qu’on appelle les janissaires. Eduqués dans l’Islam sunnite, puis encasernés, ces enfants deviennent les meilleurs soldats de l’Empire, attachés à la personne du Sultan. Ils sont un peu la garde de cette grande armée, une garde nourrie de la foi islamique, dépourvue d’attaches familiales : car les janissaires ne peuvent se marier. Avec ses équipements, ses fonderies de canons, son organisation remarquable, l’armée ottomane était techniquement en avance sur son siècle.
8.1 Peut-on assimiler à un colonialisme le système de domination ottoman ?
L’occupation ottomane ne peut être comparée à un système colonial pour la simple raison qu’il n’y avait ni transfert de richesses vers la Métropole ni implantation de colonies dans les territoires conquis.
Loin de se comporter comme des colons ou des administrateurs coloniaux, les principales préoccupations des Ottomans se limitent à l’ordre et à la levée des impôts. Les Turcs n’ont guère touché aux structures politiques, culturelles et confessionnelles préexistantes. Ils étaient très respectueux des croyances et des traditions des autres peuples.
Les hautes fonctions étaient accessibles pour tout le monde sans condition d’origine ni de religion. En Algérie par exemple, le titre de Dey, équivalent à celui de chef de gouvernement, était attribué à des Algériens. Les juifs et les chrétiens n’ont jamais été inquiétés pour leur religion sous l’Empire ottoman. La seule obligation étant l’allégeance à l’Etat et non à la religion musulmane. Il existe de nombreux témoignages d’Européens selon lesquels les populations européennes étaient, sous l’Empire ottoman, mieux gérés que ne l’avaient été Byzance ou les Etats latins. « Jamais, en tout cas, l’on ne vit alors des persécutions systématiques. Tout au contraire, l’empire, Istanbul en tête, offrit un refuge aux juifs de l’Europe des pogroms [...] Face à l’Europe des persécutés, l’empire ottoman, en ses beaux jours de la première moitié du XVIè siècle, apparaît bien comme un asile de paix religieuse. Ni les “nations”, ni les entités provinciales ne seront déracinées : à preuve, la vitalité qu’elles manifesteront jusqu’à nous [2] » .
L’empire reconnaît aux non-musulmans le statut de nation (millet), c’est-à-dire de communauté protégée, placée sous la juridiction de ses autorités propres.
Cette situation a fait régner un peu partout l’ordre et favorisé l’épanouissement de l’économie grâce au développement du marché du travail, l’artisanat et le commerce.
Au niveau du pouvoir, les règles de l’Islam étaient strictement observées, grâce à une étroite collaboration entre l’Etat et les Oulémas. Ceux-ci étaient rigoureusement organisés et hiérarchisés sous l’autorité suprême du Mufti d’Istanbul, qui porte ce titre de Cheikh el-Islam. Le Sultan se veut investi d’une mission sacrée consistant à faire régner la justice et l’ordre de la loi.
8.2 les grandes manœuvres de déstabilisation
Au XIXème siècle, l’Empire ottoman devient l’objet de convoitise des puissances européennes motivée par des ambitions territoriales ainsi que par des sentiments de jalousie et de crainte à l’égard de l’islam. Dès le début du XIXème, les Européens mettent sur pied un plan de déstabilisation et de guerre totale contre l’Empire ottoman. En plus des attaques armées lancées contre la capitale de l’empire et ses possessions, on a suscité la révolte des Arabes, des Arméniens et des nationalistes turcs contre l’Etat musulman.
Ainsi, on assiste à l’invasion de l’Egypte et de la Syrie par Napoléon (1798-1801), la Grèce obtient son indépendance sous la pression des puissances européennes, le Tsar Nicolas déclenche la guerre de Crimée et projette de porter la guerre à Istanbul ; l’empire perd les pays des Balkans, puis le Moyen-Orient et les pays du Maghreb, l’un après l’autre. Accablé de dettes envers l’Occident, il n’a plus d’argent pour faire face à ses obligations même les plus urgentes. Les Britanniques ont fait soulever l’Emir de la Mecque, Chérif Hussein contre les Ottomans. Le célèbre Lawrence d’Arabie, un espion britannique, spécialiste de la subversion prônait une renaissance arabe qui se substitue, dit-il, à la corruption ottomane.
Les Français et les Britanniques se partagent les pays du Proche-Orient en vertu d’un traité de partage conclu par le Français François Georges-Picot et l’Anglais Mark Sykes, d’où le nom du traité Sykes-Picot.
La Palestine sera internationalisée (condominium Franco-britannique de fait). Ce traité sera remis en cause par les Britanniques au moins pour la Palestine. A cet effet, le mouvement sioniste est mis à contribution par les Anglais, ce qui conduira à la déclaration Balfour du 02 novembre 1917 relative à la création en Palestine d’un foyer national juif.
Quant aux Arméniens, ils furent l’objet de manipulation de la part des ennemis de l’Islam.
D’une part, on a poussé les Arméniens ottomans au soulèvement à l’intérieur de l’empire, et d’autre part, on a créé à l’extérieur des comités de soutien à la lutte pour la libération des terres d’Anatolie et des Arméniens ottomans. Ces derniers ont mené plusieurs révoltes à l’intérieur de la Turquie, qui ont fait des milliers de morts parmi les Turcs ; ils ont tenté d’assassiner le Sultan Abdulhamid.
Au cours de la première guerre mondiale, les Arméniens ont servi d’espions (ou de cinquième colonne) à la solde des Russes. Certains ont déserté l’armée ottomane et passé aux côtés de l’armée russe. Les troupes arméniennes ont perpétré des massacres parmi les populations civiles turques ; cela s’est déroulé à Zeve, à Van, à Mu, à Erzurum, Kumquat, Kayseri, Yozgat, Merzifoni, Sasun, Babali ; signalons l’occupation et la mise à sac de la Banque ottomane par les Arméniens en 1896. Au moment où l’Etat ottoman était en guerre, les Arméniens le poignardaient dans le dos ; ils ont formé des commandos de sacrifice à Zeytun qui s’étaient attaqués aux gendarmes et aux fonctionnaires.
La répression de ces révoltes par les forces ottomanes a été utilisée comme propagande en ce sens que « les musulmans massacraient les chrétiens ». On a accusé les premiers de génocide, alors qu’en réalité, si génocide il y avait, la responsabilité est partagée entre les deux communautés.
En ce qui concerne les nationalistes, ils ont mis à profit les premiers signes de faiblesse de l’Etat ottoman pour sa déstabilisation ; aidés en cela par les Sionistes, les Arabes et les puissances européennes. La défaite de l’Allemagne pendant la première guerre mondiale ne va pas arranger les choses.
L’Empire ottoman qui a pris le parti de l’Allemagne pendant cette guerre va subir cette défaite en cédant la place aux nationalistes qui s’installent au pouvoir dès 1924.
Du coup, l’Etat islamique a cédé la place à l’Etat laïc de Mostafa Kémal Ataturk.