Aussi, faut-il reconnaître que le péché originel a des aspects positifs que l’on ne doit pas occulter. C’est le péché originel qui a donné un sens à la vie et l’a rendue merveilleusement spectaculaire et compétitive.
Sans le péché originel, il n’y aurait pas cette mosaïque de croyances et de cultures, ce contraste d’idées, de couleurs, de formes, il n’y aurait pas ce combat permanent entre le bien et le mal, entre l’homme et Satan, il n’y aurait pas ces Livres sacrés, ces beaux messages du Ciel, il n’y aurait pas ces nobles prophètes, bref il n’y aurait pas Jésus pour combattre le péché parce que nous aurions été tous des saints, égaux dans la foi, vivant dans un même Paradis, vêtus d’un même habit, dépourvus des plaisirs de l’art, de la peinture, du travail, de l’invention, de l’aventure, du rêve, de l’espoir ; il n’y aurait pas ce défi à l’intelligence humaine quant à la connaissance du Créateur et du but de la vie. Sans le péché originel, la vie n’aurait été qu’un non-événement, sans aucun charme attractif.
De fait, ce n’est pas la gravité du péché qui a amené Dieu à chasser Adam et Eve du Paradis, c’est plutôt la prédestination conforme à Sa volonté. La terre a bien été préparée à l’avance pour accueillir Adam et Eve.
Néanmoins, d’aucuns s’ingénient à dramatiser le péché originel pour justifier l’idée du salut par le sang de Jésus. Alors que Jésus n’a pas été crucifié ; c’est quelqu’un d’autre, probablement Judas Iscariot, qui a été crucifié à sa place. C’est l’ultime vérité annoncée par le Coran, Jésus n’a pas été arrêté et il n’a pas été crucifié. Il a été élevé au ciel au vu de certains apôtres ; Une autre personne ressemblant à Jésus fut arrêtée et crucifiée. Au moment de l’arrestation de cette personne, les disciples prirent la fuite : « Alors tous l’abandonnèrent et prirent la fuite » Marc 14.50 ; Mt 26.56
Si cette personne était vraiment Jésus, les disciples n’auraient pas pris la fuite. En outre, leur fuite a plongé l’événement dans la confusion et l’incertitude.
D’après Fakhruddine Arrazi, « De nombreux chroniqueurs ont affirmé que lorsque les Juifs décidèrent de le tuer (Jésus), Allah l’a élevé au ciel. Craignant les troubles au sein du peuple, les dignitaires juifs ont appréhendé un homme qu’ils ont tué et crucifié. Puis ils ont semé la confusion en faisant courir le bruit que c’était Jésus[…] On ne peut pas dire que les chrétiens s’inspirent des récits rapportés par leurs prédécesseurs qui ont vu Jésus tué, parce que nous disons que la transmission des traditions chrétiennes remonte à une minorité de gens dont l’accord sur le mensonge n’est pas exclu. » C’est l’une des versions selon cet exégète qui poursuit : « la deuxième version serait que le Très Haut a jeté la ressemblance de Jésus sur une autre personne. » L’auteur donne quatre versions concernant la personne arrêtée et crucifiée à la place de Jésus (cf les clés des choses cachées)
Ibnu Taymiyya écrit : "On dit que ces livres ont été écrits par Marc, Luc, Jean et Matthieu. Or aucun de ces quatre personnages n’a vu la crucifixion de Jésus, ni aucun des Apôtres, ni aucun des élèves de ceux-ci. Seul un petit groupe de personnes a assisté à ce qu’ils ont cru être la crucifixion de Jésus. Certains ulémas mutazilites, ainsi que Ibn Hazm et d’autres, sont d’avis que ce groupe savait que le crucifié n’était pas Jésus, mais ont délibérément menti en répandant la nouvelle que c’est lui qui a été crucifié. Cependant, la plupart des ulémas sont d’avis que même ceux qui ont assisté à la crucifixion ont été dans l’illusion. Les tenants du premier avis commentent le verset coranique "Wa mâ qatalûhu wa mâ salabûhu wa lâkin shubbiha lahum" (Ils ne l’ont ni tué ni crucifié mais ce n’était qu’un faux semblant !) (s4 v157) ainsi : "shubbiha lin-nâss-illadhîna akhbarahum ulâ’ïka bi salbih" ["Les hommes auxquels ce groupe de gens affirmèrent que Jésus avait été crucifié furent induits en erreur"]. Alors que la plupart des ulémas le commentent ainsi : "Shubbiha lil-ladhîna yaqûlûna salabûh" ["Furent dans l’illusion ceux-là mêmes qui dirent : "Ils l’ont crucifié""]" (Al-jawâb us-sahîh 1/275). "L’épisode de la crucifixion est chose à propos de quoi il y eut illusion. La preuve a été établie [sur la base de l’affirmation coranique] que le crucifié fut quelqu’un d’autre que le Messie et que les gens furent dans l’illusion et crurent qu’il s’agissait du Messie. Aucun des Apôtres n’a vu le Messie crucifié. Par contre certaines des gens qui étaient présents ont relaté aux Apôtres qu’ils l’ont vu avoir été crucifié. Certains ulémas disent que ces gens-là ont menti. Mais la plupart des ulémas disent que ces gens furent eux-mêmes dans l’illusion" (Al-jawâb us-sahîh. 2/12).
Quant à la question controversée concernant la foi et les œuvres, en principe le Coran et la Bible sont d’accord sur ce point, hormis la différence résultant du dogme basé sur la crucifixion de Jésus. les partisans de ce dogme prétendent qu’on ne peut être justifié que par la croyance à la mort de Jésus sur la croix ; les bonnes œuvres, selon eux, n’ont quasiment aucune valeur.
Peu s’en faut que les bonnes actions soient confondues avec les mauvaises.
En effet, comme l’affirment de nombreux ulémas musulmans dont Ibnu Taymiyya, si cette doctrine pouvait être fondée et justifiable avant l’islam, en revanche elle n’a plus de raison d’être après connaissance de la vérité révélée par le Coran. A partir du moment où Dieu nous informe que Jésus n’a pas été tué et n’a pas été crucifié, il est absurde de continuer à croire au rachat des péchés par le sang du Christ. Car, Dieu Seul détient la vérité sur cet événement au sujet duquel Il a bien voulu nous informer. En tant que croyants, nous ne pouvons ni démentir ni contrarier une révélation divine. Ceci étant dit, pour les musulmans, la foi a son importance, et les œuvres ont la leur, mais la miséricorde de Dieu demeure la meilleure garantie du salut. La foi et les œuvres sont deux notions qui se répètent souvent dans le Coran, exemple :
« Quiconque, homme ou femme, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous le ferons vivre une belle vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs œuvres » s16 v97
« Et quant à celui qui croit et fait bonne œuvre, il aura, en retour, la plus belle récompense » s18 v88
« Ceux qui viennent à Lui, étant croyants et qui ont accompli des bonnes œuvres, voilà donc ceux qui auront les plus hauts rangs » s20 v76
« Et quiconque, homme ou femme, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, alors ceux-là entreront au Paradis où ils recevront de tout à profusion » s40 v40v
Il en est de même pour la Bible qui dit :
« Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ?…Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile ? Abraham notre père ne fut-il justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres, la foi fut rendue parfaite » Jc 2.14-22
Ahmed Simozrag