V - LES CAUSES DU DECLIN, DE LA REGRESSION CULTURELLE
La division (le morcellement) du monde musulman provoquée par des crises et des dissensions internes fut à l’origine de leur impuissance face aux croisades et enfin au déclin de la civilisation islamique.
1 - La guerre culturelle : Les guerres et les conquêtes coloniales vont marquer le début d’un long processus d’acculturation qui va atteindre son paroxysme avec les technologies modernes de communication.
a) La période coloniale : Le colonialisme employa plusieurs moyens pour asseoir sa domination et imposer sa culture. Il commença à bouleverser de fond en comble les structures sociales, politiques, économiques et mentales des masses musulmanes ; il déclencha de vastes entreprises de pillage, de désislamisation et d’exploitation des biens et des personnes. Parallèlement aux vagues successives de missions chrétiennes d’évangélisation, l’oeuvre de désislamisation a touché tous les domaines de la vie sociale. Tous les aspects de la culture islamique étaient pris pour cibles. Certains édifices et monuments furent détruits et remplacés par des stèles, des statues et des monuments liés à l’histoire et à la culture judéo- chrétiennes.
Les bibliothèques furent saccagées, les livres brûlés, et les mosquées transformées en églises, en synagogues et en cathédrales.
L’enseignement du Coran et de la langue arabe était proscrit, les écoles privées interdites.
Les écoles publiques, réservées aux enfants des colons, n’étaient pas accessibles aux musulmans, à l’exception d’une faible minorité d’entre eux composée d’enfants de notables alliés, de collaborateurs, de fonctionnaires ou d’officiers, qui va former l’élite occidentale du pays .Cette élite qui, hier a défendu la cause coloniale est la même qui défend et qui soutient aujourd’hui la culture occidentale. La grande majorité des populations musulmanes était acculée à l’ignorance et à l’illétrisme du fait qu’elle ne pouvait ni accéder aux écoles publiques, ni suivre un enseignement privé.
L’enseignement de l’arabe autorisé dans les rares medersas (écoles) était fondé sur la laïcité ; c’est-à-dire vidé de sa substance islamique. Tous les programmes d’enseignement étaient orientés de manière à dépersonnaliser et acculturer les indigènes musulmans. On faisait ingurgiter aux enfants des récitations du genre : « nos ancêtres sont les Gaulois. » Le livre islamique était quasiment introuvable tandis que foisonnaient des livres d’histoire et de littérature coloniales ; certains aspects de la culture islamique y étaient complètement occultés, d’autres déformés ; cette dernière y était présentée comme une civilisation barbare et l’Islam comme une religion rétrograde, facteur de retard et de sous-développement ; le prophète Mohammed (psl) y est traité d’imposteur. La colonisation est traitée de providence, porteuse de mission civilisatrice.
Ce climat d’ignorance fut longtemps entretenu par la propagation de mythes, légendes et chants folkloriques ayant plongé les masses dans la psychose de la peur, le fatalisme et l’immobilisme. L’associationnisme et le culte des saints y trouvèrent un terrain de prédilection. La colonisation s’appuie sur des confréries religieuses pour cultiver l’idolâtrie et le mysticisme léthargique. Certaines confréries faisaient l’éloge de l’occupation coloniale tandis que d’autres attribuaient ce phénomène au destin et à la volonté de Dieu auquel il fallait se résigner afin d’éviter Sa colère. La culture coloniale a favorisé et entretenu les dissensions et les luttes tribales au sein des musulmans.
L’administration coloniale entreprit des opérations de recensement et de découpage territorial basées sur des méthodes de repérage et d’identification ségrégationnistes, à savoir : tribu, fraction, sous-fraction, ce qui a engendré des conflits interethniques à l’origine d’affrontements sanglants.
Les structures agricoles n’ont pas échappé non plus à une transformation radicale du système cultural. Le colonialisme a introduit de nouvelles cultures qui n’ont rien à voir avec l’économie ni avec la mentalité des populations islamiques. Il s’agit de la culture du pavot, du tabac, du vignoble, pour la production du vin etc. Toutes ces cultures furent développées aux dépens d’une agriculture traditionnelle appropriée aux besoins alimentaires des populations musulmanes.
Les médias : le colonialisme utilisait les médias notamment la radio, la presse, et plus tard la télévision comme moyens de propagande efficace d’une part pour vanter les mérites de la culture coloniale et d’autre part, pour vilipender, ridiculiser la culture indigène (en l’occurrence l’Islam). Sur ce point, le cinéma a joué un rôle considérable en matière d’acculturation et de propagande anti-islamique. Ce fut un moyen efficace de dépravation et de lavage de cerveaux. Nous allons voir comment avec les nouvelles technologies de communication, va s’accélérer le phénomène d’acculturation.
b) La période post et néo-coloniale : Dès le début des années 60, la guerre froide va entreprendre de changer les anciennes données de l’occupation coloniale. Dès lors, les pays du sud, en particulier les pays musulmans, sont devenus le théâtre d’affrontements entre deux cultures ayant en fait les mêmes objectifs anti-islamiques malgré leur divergence idéologique. A la culture judéo-chrétienne libérale vient s’ajouter la culture socialo-communiste, fondée sur des doctrines marxistes athées. Cette dernière ne va pas sans causer, elle aussi, des dégâts considérables sur le plan économique, social et culturel.
Une profusion de littérature communiste envahit le monde musulman. Les livres de Marx, Lénine, Mao Tsé Toung, Kim Il Sung remplissent les bibliothèques et les places publiques. Ces idéologies de l’Est et de l’Ouest ont introduit au sein de la communauté des idées, des concepts et des pratiques diamétralement opposés à la culture islamique. Il en est ainsi des concepts : laïcité, socialisme, communisme, libéralisme, islamisme, intégrisme, fondamentalisme ayant produit un effet négatif sur la mentalité d’un grand nombre de musulmans. On peutparler d’un double viol culturel. L’action de prosélytisme et d’endormissement fut menée sur plusieurs fronts et avec de nombreux moyens : missions catholiques, cinéma, presse, radio etc. Les idéologies matérialistes qui ont la laïcité (l’irréligion) comme dénominateur commun, n’ont pas tardé à résoudre leurs conflits pour se dresser contre l’Islam.
c) Acculturation : Ce faisant, bon nombre de musulmans se convertirent malheureusement à ces doctrines et du coup, ils deviennent non seulement les suppôts et les Avocats de la culture néo-coloniale, mais aussi les ennemis déclarés et les pourfendeurs de leur propre culture. Il suffit de citer quelques passages d’intellectuels pour évaluer l’ampleur de l’acculturation subie :
Rachid Mimouni : « Les occidentaux sous-estiment les dangers d’extension de l’islamisme. Une Algérie intégriste aurait joué un rôle important dans le basculement de l’Afrique du Nord et des pays du Sahel, dont les populations sont majoritairement musulmanes. C’est d’abord la petite Tunisie qui aurait été prise dans un étau aux mâchoires algériennes et libyennes. Au tour de l’Egypte de se trouver cernée. On aurait pu ainsi voir reprendre forme par morceaux le puzzle de l’empire musulman. ‘‘Une coopération entre le Pakistan, l’Irak, et l’Algérie permettrait de mettre rapidement au point une arme nucléaire. Face à un immense front stable de pays islamiques, la menace du bâton du gendarme américain perdrait beaucoup de son effet dissuasif’’. ‘‘En cas de conflit déclaré les pays de l’Europe du sud seraient les premiers à être infiltrés par les réseaux terroristes, étant donné leur proximité géographique et l’implantation sur leur territoire d’une forte communauté d’immigrés. Les prises d’otages ne manqueraient pas de se multiplier’’ » [1] Reda Malek, ancien chef du gouvernement algérien : « Seule l’impuissance de l’homme le contraint à se soumettre à Allah. Chaque découverte scientifique faite par l’homme l’élève d’un degré et abaisse Dieu d’un degré jusqu’à ce que l’homme parvienne à pénétrer tous les secrets de la science et créer la vie. A ce moment là, il se débarrassera définitivement de la soumission à Allah et il devient dieu lui-même. » [2] Lamari : « Les intégristes sont une vermine. On doit les éradiquer même si l’on doit tuer des millions ».Time 20-07-95.
Malika Boussof : « Je regrette le départ des pieds noirs qui nous ont laissé ces barbares ; ‘‘affirme’’ faire le boulot qu’ils n’ont pas fait ». [3]
Méziane Chérif Ministre de l’intérieur ne s’empêche pas de désigner l’opposition islamiste de « vermine et d’insectes » face à son interlocuteur Robert Fisk. [4] Rachid Boujedra : « ‘‘Ces êtres mortifières, une minorité fasciste, un parti politique ordurier et nauséabond, un conglomérat de rats enragés et pestiférés’’, ou encore ‘‘les chiens atteints de la peste’’. ‘‘Israël a ses camps pour parquer les Palestiniens. Mais les algériens n’ont-ils pas le droit de stopper le cancer ?’’ [5] . ‘‘L’intégrisme islamiste n’est-il pas un véritable SIDA social qui ronge l’organisme algérien ? s’interroge par exemple Rochdine à la fin décembre 1991 ». [6] Alger républicain du 23 janvier 1992 prescrit l’éradication de l’islamisme en ces termes : « La république moderne ne peut vivre avec dans ses veines le SIDA intégriste totalitaire. »
Kateb Yassine traite les préposés d’appels à la prière ‘‘adânes’’ ‘‘de chiens du Douar.’’ Les islamistes qui sortent des mosquées sont qualifiés de ‘‘clochards’’, ‘‘analphabètes’’, ‘‘schizophrènes’’, ‘‘race de poilus’’, ‘‘émanation de Satan’’, ‘‘les monstres’’, ‘‘les sauvages’’, ‘‘la graine de terroristes’’, ‘‘les loups’’, ‘‘les fauves’’, ‘‘les chiens enragés’’, ‘‘la vermine’’, ‘‘les sauterelles’’, ‘‘des insectes affreux’’, ‘‘les pollueurs’’. [7]
Le mimétisme du déculturé devant les modèles étrangers n’est pas seulement dû à la fascination du vaincu pour le vainqueur et le désir de le singer que mentionnait Ibn Khaldoun, il résulte aussi du fait que, dans un environnement dans lequel il ne le connaît pas, sa survie culturelle en dépend’’.
Boujedra, exemple type de l’écrivain Algérien éradicateur, interrogé sur radio France info au sujet de son livre ‘Lettres Algériennes’ avoua : « ‘‘J’exprime dans ce livre tout mon amour, toute ma tendresse pour la France’’. Quand la journaliste lui demandera : pourquoi aimez-vous la France ? Il répondra : ‘‘Parce que j’ai besoin d’elle’’. »
Dans son livre ‘La nuit tombe sur Alger la Blanche’ Ninat Hayat, journaliste algérienne écrit : « une nuit qui tombe alors que les nouveaux barbares se réveillent pour ne laisser dormir personne, en usant de moyens terribles : les hauts parleurs de muezzin. Oui, ces scandaleux appels à la prière, ces Allah ouakbar tonitruants ; qualifiés de racolage mystique, insupportables agressions, brutales intrusions, qui troublent le sommeil profond des honnêtes gens. ‘Vociférations’ qui rendent une femme à moitié folle et la pousse à crier sur le balcon : ‘‘Ta gueule, sale con ! je veux dormir !’’ »
Ne parlons pas de Salman Rochdi, Taslima Nasreen, et beaucoup d’autres, ne parlons pas non plus de ces intellectuels du monde musulman (Taha Hossine, Sellema Moussa, Zaki Naguib Mahfoud) qui ont produit une littérature abondante sur les bienfaits de la civilisation occidentale, fustigeant la culture islamique dans tous ses aspects. Dans cet ordre d’idées, mentionnons les nombreux chefs d’Etats qui, depuis Kamal Ataturk jusqu’à notre époque actuelle en passant par Bourguiba ou l’ex-Shah d’Iran, n’ont pas hésité au nom de la modernité et du développement de s’attaquer ouvertement aux principes, rites et symboles de l’Islam, les uns interdisant le port du voile et imposant la laïcité comme mode de vie, les autres tentant de supprimer le jeûne du mois de ramadan, le sacrifice de la fête de l’Aïd ou d’interdire le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam, d’autres osant modifier les lois en matière pénale ou de succession, réglementer la prière etc.
En effet, ce phénomène de rejet des valeurs morales, ce qu’on qualifie d’intégrisme ou de puritanisme aujourd’hui n’est pas propre à notre époque.
Le Coran nous informe que les sociétés corrompues n’ont pas cessé de combattre au fil des siècles les prophètes et les vertueux. Ainsi en est-il du prophète Loth, quand il invita son peuple à la droiture et leur déconseilla l’homosexualité, ils s’élevèrent violemment contre lui et décidèrent de l’expulser de leur cité. « Et pour toute réponse, son peuple ne fit que dire : ‘‘expulsez-les de votre cité ; ce sont des gens qui veulent se garder purs.’’ » Coran 7-82.
2 - La situation actuelle du monde musulman :
Il est indéniable que la communauté musulmane se trouve actuellement au plus bas niveau d’une crise civilisationnelle jamais connue dans l’histoire de l’Islam. Cette situation chaotique est essentiellement due à sa passivité face à un processus de déculturation à outrance.
Le monde musulman présente tous les symptômes du sous-développement alors qu’il dispose des plus grandes richesses mondiales et l’Islam réunit tous les critères et les atouts du progrès et du développement. Les taux d’analphabétisme dans le monde musulman sont les plus élevés dans le monde, dépassant 80% dans certains pays islamiques.
Le monde musulman n’accorde aucune importance à la recherche scientifique. Certains Etats musulmans financent les recherches scientifiques menées par l’occident. Le plus grand nombre d’intellectuels expatriés (fuite de cerveaux) est d’origine musulmane. Il n’existe aucun centre de documentation susceptible de fournir des données statistiques sur le monde musulman. L’occident détient les moyens stratégiques et socio-économiques sur le monde musulman, données que celui-ci ignore. Au niveau de la presse, de l’information, le monde islamique est sous la dépendance totale des agences de presse occidentales.
Il n’existe aucune ONG islamique susceptible d’intervenir humanitairement quelque part dans le monde.
El Mandjra, spécialiste des études du futur écrit : « La culture dans le sens large du terme est maintenant le point le plus stratégique dans les rapports entre les Etats. Les problèmes que pose la communication culturelle seront les sources possibles des conflits de l’avenir bien plus que les questions politiques et économiques. Vingt deux pays ont une population inférieure à cinq millions d’habitants alors que la moyenne des Etats membres de l’ONU est supérieure à 30 millions, d’où la balkanisation du monde islamique. Plus de 300 millions de musulmans résident dans des pays qui n’appartiennent ni à l’ISESCO, ni à l’OCI. Le monde musulman représente plus du 1/5 de la population de la planète.
Sur le plan mondial, le monde musulman est le plus pauvre, le moins alphabétisé, le plus dépendant sur le plan alimentaire ; celui dont le taux d’espérance de vie est le plus bas, qui investit le moins dans les recherches scientifiques, publie le moins de livres par tête d’habitant, lit le moins, celui dont la créativité est l’une des plus faibles, dont l’innovation est presque inexistante, où la participation de la population est plus réduite, où l’abus des libertés publiques et des droits de l’homme est des plus flagrants, où la femme dispose de moins de liberté, où la corruption est la plus répandue, qui subit le plus de pertes humaines à cause des conflits. Il est le plus divisé, celui qui souffre le plus des inégalités des rapports nord-sud et qui fait face à la plus grande campagne organisée par les médias occidentaux contre ses valeurs culturelles et spirituelles.
C’est aussi celui qui achète le plus d’armes par tête d’habitant et en même temps celui dont les dépôts à l’étranger sont supérieurs à sa dette internationale ; et l’auteur de s’interroger : ‘‘Comment peut-on se considérer comme musulman sur terre si l’on n’est même pas capable de suivre la première directive de Dieu telle qu’elle ressort du premier verset du Coran : ‘Lis au nom de ton Seigneur’ ’’ ».
3 - Les technologies modernes de la communication :
Dans le domaine des communications, les technologies modernes telles l’informatique, la télématique, la télécommunication, le satellite ont opéré un changement spectaculaire. Il est devenu possible de tenir des conférences ou des réunions et d’établir le dialogue entre divers intervenants se trouvant aux quatre coins de la planète sans qu’aucun ne quitte son propre pays. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, rien ne peut empêcher le son et l’image de circuler, de pénétrer dans n’importe quel foyer ; la notion de frontière n’a plus de sens, les systèmes de législation et de réglementation sont complètement inefficaces, dépassés. Les satellites, les câbles à fibre optique, les ondes hertziennes, les réseaux Internet sont des moyens de transmission défiant les obstacles étatiques, rétrécissant l’espace et le temps. Des petits modems permettent aux journalistes où qu’ils se trouvent de se brancher sur un téléphone et de communiquer avec n’importe qu’elle agence de presse par l’intermédiaire d’un satellite. Tous les points du monde sont à égale distance. Aucun n’est trop éloigné, la communication se fait en quelques secondes, le temps que prend une liaison montante et descendante avec un satellite .
Quiconque possède un ordinateur personnel peut entrer en contact avec d’autres utilisateurs et en particulier les grands réseaux d’informations, envoyer ou recevoir des messages ; contacter n’importe quelle société de commerce ou de service, commander ou vendre n’importe quel produit . En très peu de temps, plus de 80 millions de personnes communiquent entre elles par ordinateur grâce au réseau Internet baptisé ‘‘courrier électronique’’. Cela remplace le télex et le fax. Les paraboles poussent comme des champignons sur les toits des maisons des villes et des villages.
Dans la seule Algérie, on évalue à près de 20 millions sur un total de 25 millions la population arrosée par les satellites. Depuis l’installation de la parabole, de nombreux produits étrangers ignorés ou contingentés connaissent un grand succès commercial. Dans le monde musulman, la télévision satellitaire fait des ravages sur la mentalité et le comportement d’une grande partie de la jeunesse.
Les islamistes pensent que c’est un moyen de perversion des moeurs. Les films pornographiques, les spots publicitaires indécents, les scènes érotiques de nombreux longs métrages heurtent, voire brisent les moeurs et les valeurs de la société islamique. La télévision satellitaire, affirment-ils, est une entreprise de déstabilisation sociale et d’aliénation culturelle qui remet en cause 14 siècles de vie communautaire. Ces derniers ont baptisé ‘‘para-diabolique’’ l’antenne parabolique qu’ils considèrent comme une calamité culturelle dont il faut enrayer les effets dévastateurs.
Les études démontrent que dans certains pays musulmans, notamment au Maghreb, on passe jusqu’à 4 heures de temps par jour à regarder les chaînes françaises. Le satellite le plus sollicité est Telecom 1C porteur des principales chaînes TF1, France 2, Arté, M6, Canal + et Canal J. La télévision locale, elle aussi a contribué à la diffusion de la culture occidentale par la projection de films français et anglo-saxons doublés.
La presse dans certains pays musulmans présente quotidiennement les programmes des chaînes de télévision ; d’autres médias, en l’occurrence la presse tels le monde, Hérald tribune, la radio notamment Europe 1, Monté Carlo, RFI, Midi1, qui, outre le monopole de l’information qu’ils détiennent, diffusent des émissions culturelles dont l’impact n’est pas à négliger. Le magnétoscope occupe également une place de choix dans la diffusion d’une culture perverse. Les cassettes vidéo sur les films porno, les comédies ou les films policiers existent en abondance dans les pays musulmans.
4 - Quelle attitude faut-il adopter et quelle solution faut-il envisager ?
D’aucuns proposent de relever le niveau intellectuel, l’amélioration des programmes de la télévision locale pour la rendre compétitive. Cela suppose selon eux davantage de démocratisation pour permettre la liberté d’expression et la suppression du monopole et de la langue de bois. D’autres préconisent des solutions devant permettre l’émergence ‘‘d’une télévision plurielle’’, quitte à laisser les capitaux privés s’investir dans ce créneau. L’émulation de plusieurs chaînes pourrait entraîner une amélioration qualitative des émissions et une multiplication des programmes. ‘‘cette situation requiert également la démocratisation de la vie politique’’. Interdire l’antenne parabolique, s’interrogent certains, ce serait une décision impopulaire, disent-ils, susceptible de frustrer les gens de maints programmes enrichissants. ‘‘Cela reviendrait, sous prétexte de bannir les effets pernicieux de la parabole, de jeter le bébé avec l’eau du bain’’.
Remarquez que les satellites de communication ne se limitent pas aux pays dits développés. D’autres pays ont lancé leurs propres satellites tels que l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan, le Mexique etc. Il existe également dans l’espace des satellites arabes ‘‘Arabsat’’ lancés depuis 1985, l’un par la fusée française Ariane, l’autre par la navette spatiale américaine ‘‘Discovery’’. Les satellites Arabsat sont conçus par la compagnie française ‘‘aérospatiale’’ en collaboration avec ‘‘Ford Aerospace and Communication’’.
Ces satellites peuvent retransmettre des émissions islamiques à l’ensemble de la planète. Cependant l’indigence des programmes de télévision des pays musulmans réduit de manière drastique leur compétitivité. Les rares émissions valables du point de vue islamique sont celles des prières et des sermons notamment du vendredi dans certains pays musulmans. Ces rares émissions diffusant des images de femmes voilées ou de prières collectives ont suscité le mécontentement de certains pays occidentaux. Certains maires en France ont osé interdire la parabole à certains de leurs administrés pour empêcher l’accès de la culture islamique au sein des familles immigrées. C’est dire à quel point certaines cultures veulent fonctionner à sens unique. C’est un peu comme l’histoire du hijab que l’on entend supprimer sous prétexte qu’il représente un signe religieux de nature prosélytique. Alors qu’une croix autour du cou ou une kippa ne font pas partie, selon cette logique, des signes religieux. L’Europe se dit être menacée par la culture américaine, elle veut se protéger coûte que coûte contre l’invasion culturelle américaine et japonaise, mais en même temps, elle s’attache à imposer sa culture aux autres. Actuellement, les deux cultures occidentales -européenne et américaine- se disputent avec beaucoup d’acharnement le monde musulman où elles ne cessent de trouver des facilités pratiques et un terrain favorable.
Les solutions les plus efficaces consistent à contrecarrer ces inventions au moyen d’une propagation soutenue et intensive de la culture islamique. Il ne s’agit pas d’interdire la parabole, mais d’utiliser les nouveaux moyens de communication pour la diffusion de la culture islamique. Il faut sortir de cette passivité maladive pour s’adapter activement et positivement aux mutations de notre époque. Mais s’y adapter avec ses propres et authentiques moyens culturels. C’est une question qui requiert certes des capitaux importants, mais le monde musulman n’a pas de problèmes financiers étant donné qu’il recèle d’énormes richesses.
Cette solution implique que le monde musulman doit cesser d’être un réceptacle, un dépotoir où l’on déverse toutes sortes de déchets culturels. De même qu’il doit cesser de diffuser et de retransmettre la culture occidentale, c’est-à-dire la projection de films français et anglo-saxons. Il doit cesser de servir de caisse de résonance aux agences de presse et de publicité occidentales.
L’autre solution consiste à renforcer et promouvoir la culture islamique dans le cadre de l’enseignement et de l’éducation nationale. Il s’agit d’enseigner et de faire connaître à la jeunesse dans les écoles, les lycées et les universités les valeurs inhérentes à sa propre culture. Il est certain que de telles solutions exigent sur le plan politique des hommes engagés, sincères, jaloux de leur culture ; des hommes qui militent pour la cause islamique. Pour ce faire, certains hommes d’Etats musulmans doivent cesser d’être les adeptes de la culture occidentale pour s’intéresser à leur propre culture, s’investir de manière sérieuse et motivée dans leur propre culture.
Aussi, cette situation fait appel à l’union des pays musulmans. L’unité des musulmans, c’est-à-dire la création d’ensembles régionaux de manière à former un bloc, une puissance capable de faire face aux autres entités culturelles et socio-économiques.
Le besoin d’une direction unifiée, semblable au système fédéral caractérisé par l’unité et l’indépendance à la fois ou si vous voulez par la décentralisation dans l’union. Une telle organisation se fait de plus en plus sentir dans le monde musulman dont la division et les querelles intestines continuent à faire de lui la proie facile de l’occident.
Le retour aux sources et aux valeurs de l’Islam est le seul moyen de s’en sortir. L’Islam est un système fédérateur, qui réunit les conditions d’une telle organisation en ce sens qu’il offre les moyens matériels et conceptuels nécessaires à la réalisation de ce projet comme, d’ailleurs, du progrès. L’espace islamique est plus favorable au développement que tout autre espace du fait qu’il porte les germes et les vestiges d’une civilisation prodigieuse, qui a fait ses preuves.
Etant donné que le développement doit être endogène ; il serait vain de l’envisager en dehors de l’Islam. Il n’est pas possible de bâtir une civilisation ou de réaliser un progrès autrement que par ses propres matérieux, à partir de son propre patrimoine, de sa propre réflexion et avec ses propres efforts.
On ne peut jamais pleurer avec d’autres yeux que les siens, ni gratter(ou creuser) avec des ongles autres que les siens. De même qu’on ne peut construire en cet endroit-ci un ouvrage ou un édifice dont la base, les fondations seraient ailleurs. Tout ce qui vient de l’étranger appartient à l’étranger. Tel un arbre déplanté qui ne résistera pas longtemps sous d’autres climats. Dans ce registre, il importe de souligner que les procédés techniques, les formules de certains produits, les modèles et les prototypes, les méthodes créatives, bref, tous les secrets d’invention et de fabriques sont des secrets jalousement gardés non transférables et non négociables, autrement dit : incessibles et intransmissibles, surtout à un étranger, et encore moins à un rival potentiel. Il est illusoire et insensé d’espérer obtenir d’un tiers le secret de ses inventions, les voies et moyens de son progrès. Cela relève du domaine du rêve et de l’utopie. S’il diffuse un produit ou une idée, c’est dans le seul but d’inciter à la consommation et de maintenir le consommateur sous sa dépendance. L’évolution, le changement doit naître de l’intérieur. Le Coran ne cesse de le proclamer avec force :
« Dieu ne change rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. » 13.11
« Il en est ainsi, parce que Dieu ne change pas un bienfait dont Il a gratifié un peuple avant que ce peuple change ce qui est en lui. » 8.53
Ce dernier verset fait allusion à la décadence, au déclin d’une civilisation dont les causes sont à rechercher dans le comportement et l’état d’esprit propres à une nation ou à un peuple.
Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faille rejeter tout ce qui est d’origine occidentale, y compris les technologies et les sciences. Les sciences n’appartiennent à personne, elles constituent un patrimoine commun de l’humanité. Ce qu’il convient de faire, c’est de savoir se les approprier, les découvrir, les exploiter et les développer à son compte et avec ses propres instruments techniques, linguistiques et intellectuels. C’est le premier pas en direction du progrès. Cette démarche implique forcément la création de centres d’études, d’ateliers et de laboratoires de recherches, d’expérimentation, et ainsi de fil en aiguille, on s’acheminera vers l’invention puis la production. Une production technique et intellectuelle, saine et indépendante, constructive et non destructive, différente de celle qu’on importe laquelle constitue un facteur de dépendance du fait qu’elle demeure, quand bien même elle change de mains, la propriété inaliénable de l’inventeur et du constructeur. En réalité le vrai propriétaire est le créateur, le façonneur d’un produit, celui qui en détient l’esprit, c’est-à-dire le modèle original, et non pas le corps. Le premier a un pouvoir absolu sur le produit qu’il a inventé ; il peut le modifier, le réformer, écourter ou prolonger sa vie ; tandis que le second n’a qu’un droit d’usage momentané conformément aux instructions et au bon vouloir du producteur.
Ce qui est valable pour les technologies, l’est aussi, dans une certaine mesure, pour le mode de vie et de pensée, les concepts et les systèmes. Il est plus que jamais urgent que le monde musulman libère les initiatives, les potentialités et les compétences intellectuelles et ce, en ouvrant grandement les portes de la réflexion et les voies de l’Ijtihad dans tous les domaines. Cela lui permet au moins d’apprendre à penser avec sa propre tête, de voir avec ses propres yeux, de fabriquer avec ses propres mains, de parler avec sa propre langue, de voler de ses propres ailes au lieu de compter sur les autres et d’espérer tout faire avec les facultés, les sens et les moyens des autres.
Maître Ahmed Simozrag