Editorial de Maître SIMOZRAG in Al Maidane N° 039 de juillet 2004

Journée mondiale de l’enfance

Publication en ligne : mardi 7 septembre 2004, par Fousseni Kindo

La journée mondiale de l’enfance est née en décembre 1954 à l’initiative de l’assemblée générale des Nations Unies. Celle-ci recommanda à tous les pays d’instituer une journée mondiale de l’enfance pour célébrer la fraternité et la compréhension entre enfants du monde et pour œuvrer à l’amélioration de leur bien-être.

Compte tenu de la situation alarmante de l’enfance mondiale, il y a lieu de s’interroger si cette journée doit être vécue comme une journée de fête ou une journée de deuil. De toute évidence, l’enfance mondiale ne connaît aucun bien-être qui mérite d’être célébré. Quand on regarde de près la situation de cette enfance, on est stupéfait de constater une enfance pour la plupart désemparée, misérable, malade, livrée à elle-même, sans scolarité, une enfance minée par l’alcool et la drogue, n’ayant pour seul abri que la rue. D’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la malnutrition touche plus de 150 millions d’enfants dans le monde, plus de la moitié des enfants de la planète n’ont toujours pas accès à l’eau, la moitié des morts et des blessés des guerres civiles sont des enfants, la présence d’enfants soldats a été signalée dans 33 conflits armés, lesquels ont fait plusieurs millions de victimes, blessant et mutilant à vie plus de six millions d’enfants, les mines antipersonnel font chaque année des dizaines de milliers de victimes et autant d’handicapés à vie parmi les enfants, on compte près de onze millions d’enfants réfugiés, 8,2 millions d’enfants âgés de moins de 15 ans sont orphelins à cause du SIDA (OMS 1998), environ 4 millions d’enfants vivent avec le VIH, le nombre d’enfants handicapés varie de 120 à 150 millions, 113 millions d’enfants d’âge scolaire ne fréquentent pas l’école, parmi eux cent millions d’enfants environ sont originaires de pays musulmans, plus de quarante millions d’enfants souffrent de défaut de soins et de mauvais traitements, d’après l’UNICEF, cent dix millions d’enfants environ vivent ou travaillent dans la rue, parmi eux plusieurs millions s’adonnent à l’alcool et à la drogue, trente millions d’enfants sont exploités par les trafiquants, la pauvreté abjecte touche 650 millions d’enfants, des centaines de milliers d’enfants embrigadés des sectes sont soumis à des abus sexuels, des centaines d’enfants palestiniens des territoires occupés sont arrêtés chaque année, emprisonnés et torturés par les autorités militaires israéliennes.

Telles sont les conséquences désastreuses de l’injustice des temps modernes. Encore faut-il rappeler que ce bilan ne concerne que la tranche de l’enfance, le bilan global étant de loin plus chaotique. Nul ne peut nier l’innocence de ces enfants qui semblent n’être venus au monde que pour souffrir ! Qui est donc responsable de leurs souffrances ? La responsabilité incombe incontestablement aux prédateurs, ceux qui ont pillé et pillent encore les richesses de la planète ainsi qu’à leurs complices parmi les gouvernants et les nantis. Cette situation est d’autant plus inexplicable qu’elle touche en grande partie des enfants originaires de pays musulmans. Alors que le monde musulman dispose des plus grandes richesses mondiales et l’Islam est une religion particulièrement fondée sur la solidarité et l’entraide sociale. Il est certain que seul le produit de l’impôt religieux ( la zakât) pourrait résoudre une bonne partie des problèmes en question.

Nous ne devons pas oublier la menace que fait peser cette misère sur la paix et la sécurité, elle place l’humanité face à un avenir incertain. Le terrorisme n’est qu’une réaction, entre autres, aux injustices qui ont engendré cette misère, elle-même génératrice d’insécurité. Si bien que le mal vivre va être, s’il ne l’est pas déjà, équitablement partagé. Résultat : toute la vie est gâtée, soit par la pauvreté et la misère, soit par la peur et l’insécurité.

Nous subissons ainsi les conséquences de nos propres méfaits et Dieu a aggravé notre malheur parce que nous nous sommes éloignés de Sa Voie. A ce propos, le Coran dit : « Ceux qui suivront Ma direction n’auront rien à craindre et ne seront point affligés. » s2, v38 « Quiconque suit Mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux. Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mènera certainement une vie misérable, puis Nous le ramènerons aveugle le Jour de la Résurrection...Nous punissons ainsi quiconque dépasse les bornes et ne croit pas aux révélations de son Seigneur. Et certes, le châtiment de l’au-delà est plus sévère et plus durable » s20, v123-127 Et Il a dit encore : « Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux. » s24, v63

Plus inquiétant est le fait qu’aucune solution ne semble poindre à l’horizon. La situation risque même d’empirer avec les implications de la lutte antiterroriste qui sert souvent de prétexte pour justifier la répression et les restrictions des libertés.

A cause de la lutte antiterroriste, les oeuvres humanitaires ont sensiblement diminué. Depuis les attentats du 11 septembre, certains organismes de bienfaisance ont vu leurs activités interdites et leurs fonds gelés. Pourtant ces structures agissent dans un but purement humanitaire. Elles ont pour mission de venir en aide aux pauvres, aux handicapés, aux malades aux enfants de la rue et ce en construisant des écoles, des dispensaires, des centres d’accueil et de formation pour jeunes, etc. Elles mènent un véritable combat contre l’analphabétisme, la misère, la pauvreté et les maladies.

On veut interdire ces activités aux ONG islamiques pour ne laisser que celles menées par les missions chrétiennes. Mais ces dernières, à elles seules, sont incapables de faire face à une misère galopante. De telles pratiques injustes ne font qu’accroître la pauvreté et la misère et partant, les facteurs d’insécurité. Ces pratiques tendent malheureusement à enfermer le monde dans un cercle vicieux où, sur fond de misère, la violence et la répression alterneront tout uniment.

Ahmed Simozrag

P.-S.

Al maidane est un mensuel islamique d’informations générales et de formation édité par le Centre africain de diffusion islamique et scientifique.


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