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La Femme en Islam : Première Partie

Publication en ligne : mardi 11 mai 2004, par Maître Simozrag

Résumé d’une conférence donnée le 16 Mars 1996 à l’Université de Ouagadougou

SOMMAIRE

- La Femme en Islam : Première Partie
- La Femme en Islam : Deuxième Partie

D’aucuns pensent que l’Islam place la femme dans une position inférieure à celle de l’homme. Ainsi la femme musulmane est réputée n’avoir ni personnalité ni activité ni indépendance ni liberté. On veut accréditer l’idée que la femme musulmane serait l’esclave de son mari, de son père ou de son frère. Ce ne sont là que des rumeurs sans aucun fondement. Si des abus existent par-ci et par-là, cela n’a rien à voir avec l’Islam ; il s’agit plutôt de pratiques ancestrales contraires à l’Islam. En réalité, l’Islam a rendu la condition de la femme bien meilleure qu’elle ne l’était avant lui.

A l’instar de l’homme, l’Islam a accordé à la femme des droits et des devoirs qui correspondent à sa nature humaine. De même qu’il a réparti les tâches entre les deux sexes, de même il a réparti les droits. Cette répartition des tâches n’est ni fortuite ni discrétionnaire ni discriminatoire, elle est fonction des différences physiques et psychologiques qui existent entre les deux sexes. Chacun des deux sexes a des capacités et des compétences propres, conformément à sa prédisposition naturelle. La nature a défini la responsabilité et le rôle de chacun des deux en fonction de ses capacités. Dans certains domaines, la responsabilité de la femme ne peut pas être assumée par l’homme, et celle de l’homme ne peut pas être exercée par la femme, sauf cas exceptionnel. Compte tenu des vocations naturelles, l’Islam a procédé à l’attribution des droits respectifs. Il n’a pas favorisé l’homme, loin s’en faut, ni lésé la femme, il n’a fait que respecter leur nature humaine. Il n’y a pas de meilleure égalité que celle décidée par le Créateur. Toute tentative de modification ne peut que détériorer la situation de la femme et conduire au désordre.

Lorsque l’Islam définit le statut de la femme, il le fait dans cette perspective, en vue de lui assurer une vie heureuse dans ce bas monde et dans l’autre. Il ne veut pas que la femme soit un instrument de perversion au service de l’homme ou du Diable. Malheureusement, la femme se trouve être victime de coutumes archaïques basées sur des préjugés hostiles faisant d’elle un être inférieur, incapable, indigne, etc.

Quand on jette un regard sur l’histoire, on s’aperçoit à l’évidence que c’est l’Islam, et non pas l’Occident, qui a libéré la femme et rétabli ses droits. Cependant, certaines coutumes contraires à l’Islam continuent à prévaloir dans des milieux musulmans au préjudice de la femme. Ce qui a conduit certains esprits légers méconnaissant l’Islam à faire endosser à ce dernier la responsabilité de tous les malheurs de la femme. Je ne sais pas au nom de quel principe on veut priver la femme de travailler ou de sortir. En tout cas, l’Islam ne fait aucune interdiction à la femme d’apprendre, de travailler et de lutter pour le bonheur d’ici-bas et de l’au-delà.

Interdire à la femme l’accès au savoir est non seulement un péché mais aussi un crime contre la femme et contre l’humanité. L’Islam fait de l’acquisition du savoir une obligation aussi bien pour l’homme que pour la femme. Point n’est besoin de rappeler que le premier verset du Coran révélé au prophète lui intimait l’ordre de lire. Cela signifie que la lecture -la recherche du savoir- est plus importante que la prière et le jeûne. Comment peut-on priver la femme d’un devoir aussi sacré ? Il y a un proverbe qui dit : ‘‘éduquer un homme c’est éduquer un individu, mais éduquer une femme c’est éduquer une famille’’, je dirais : éduquer une femme, c’est éduquer une société. La femme étant l’école fondamentale des générations montantes ; le fait de la maintenir dans l’ignorance équivaudrait à la destruction de cette école fondamentale et par conséquent celle de toute la société. Il n’est pas possible de bâtir une civilisation sans la participation de la femme.

En effet, ceux des musulmans qui maltraitent la femme ou qui dénient ses droits au nom de la coutume ou de la religion, ne sont pas en fait différents des occidentaux qui désirent exploiter la femme au nom de la liberté et de l’égalité. Les uns l’oppriment et l’empêchent de jouer pleinement son rôle constructif, amputant ainsi la société de plus de la moitié de sa force vive, les autres réclament sa liberté non pour son intérêt ou l’intérêt de la société, mais seulement pour l’intérêt de quelques malfaiteurs qui veulent se donner l’occasion de l’exploiter économiquement et/ou de jouir de son corps.

La preuve en est que les défenseurs des droits de la femme n’ont jamais réservé à celle-ci un traitement égal à celui de l’homme ni un quota de travail égal à celui attribué à l’homme surtout dans le sommet de l’Etat ou dans les secteurs importants. Pour justifier l’exclusion de la femme de la scène politique, on fait valoir que le domaine politique ressemble à une arène où les gens luttent et se battent ; « scènes que les femmes n’aiment pas, parce qu’elles préféreraient là où règnent la paix et la tranquillité ». Dans les pays européens, il n’y a pas de parlement où le nombre de députés femmes soit égal à celui des hommes. De même qu’à la tête des ministères, il est rare de trouver une femme ministre. Alors que dans les pays musulmans, il existe actuellement trois postes de chefs de gouvernement occupés par des femmes, à savoir : le Bangladesh, la Turquie et le Pakistan.

On parle de la liberté de la femme tout en voulant la maintenir dans un état de subordination totale. Pour la plupart d’entre eux, les seules motivations consistent à avoir sous leur coupe de belles femmes comme secrétaires ou employées subalternes pour le décor, la publicité et le plaisir charnel. Ou avoir une main-d’oeuvre féminine à bas prix. Si le mouvement de la libération de la femme, après plusieurs décennies de lutte, a permis son émancipation sur le plan économique, il reste encore beaucoup à faire pour que la femme puisse recouvrer ses droits dans d’autres domaines.

Même sur le plan économique, la libération de la femme n’a pas empêché les industriels d’exploiter à bon marché la main-d’oeuvre féminine, ce qui a amené les patrons, au cours de la première moitié de ce siècle, à licencier massivement les hommes afin de les remplacer par des femmes, dans les usines et les magasins de commerce à cause du bas salaire qu’on leur accorde. De nos jours, avec la montée du chômage, la situation de la femme occidentale se détériore de plus en plus dans la mesure où elle subit de plein fouet les contrecoups de la crise économique comme les licenciements ou le travail à temps partiel. Si bien que l’on parle de pauvreté à visage féminin ou ‘‘féminisation de la pauvreté’’.

L’Occident a imposé à la femme un travail beaucoup plus pénible que le travail domestique : « l’Europe lui a enlevé une chaîne pour lier ses mains et ses pieds avec une autre ». Aujourd’hui, on peut dire que cette liberté factice n’a aucun avantage pour la femme. Celle-ci n’a obtenu ni la justice ni le bonheur qu’elle recherche. Généralement, après des décennies d’exploitation, la femme se trouve livrée à elle-même, abandonnée en fin de carrière, sans foyer et sans soutien familial. Dans le meilleur des cas, elle a une pension de retraite qui lui permet de vivoter. Sa prétendue liberté se transforme le plus souvent en chagrin et en misère ; car en fait ce qui intéresse la femme, à la différence de l’homme, c’est moins l’argent et le confort matériel, que l’affection, la famille, la chaleur sociale à défaut de bonheur conjugal. Cela d’une manière générale.

Il ne faut pas comprendre par là que la femme est faite uniquement pour le foyer, pour faire des enfants ou pour satisfaire les besoins de l’homme. Cette idée est complètement fausse. On peut dire qu’elle est irremplaçable dans ce domaine ; nul ne peut prendre la place de la femme en tant que mère, mais cela ne doit pas l’empêcher d’exercer des activités ailleurs et n’importe lesquelles pourvu qu’elles ne soient pas déshonorantes et que la femme n’y soit pas contrainte ou exploitée. L’Islam fait obligation à la femme de lutter pour le bien et contre le mal, de s’instruire, d’acquérir le savoir partout ou cela est possible.

Il y a quatorze siècles déjà, lorsque Azzarqa bint Adyi l-hamadhanya s’était engagée dans le combat contre Muawya, exhortant les troupes avec un discours enflammé où elle dit : « Ô gens... la vérité a retrouvé ce qu’elle a perdu ! Patience face aux écueils, ô monde d’émigrants et d’Ansârs ! Tout comme si les rangs étaient unis, la parole de vérité s’est manifestée et le vrai a vaincu son faux ; car ne peuvent être égaux celui qui a tort et celui qui a raison. Le croyant est-il comme le pervers ? Ils ne sont pas égaux ! Lutte, lutte ! Et patience, patience ! Oui, les femmes ont pour colorant le henné et les hommes ont pour colorant le sang. Les meilleures issues sont celles de la patience. Allez-y au combat sans repli, ce jour-ci aura certes une issue ! »

Quand elle comparut devant Muawya pour être jugée, elle reconnut audacieusement que ce discours était le sien. Le Calife l’acquitta pour son courage et la gratifia.

La prise de Cordoue par Tarik ibn Zyad n’aurait pas été possible sans le glorieux exploit de Aicha al-Makhzumyya qui permit aux troupes d’envahir la ville après avoir escaladé la muraille de la forteresse et ouvert le portail de l’intérieur. Dans ce contexte, il convient de faire mention d’une grande figure de la résistance algérienne contre le colonialisme français. Il s’agit de Fatma Ensoumer laquelle prît la tête d’une armée qui opposa une farouche résistance à l’envahisseur en 1857. L’histoire a retenu d’innombrables épopées créées par des femmes musulmanes.

Le fait que l’Islam exhorte la femme à s’instruire, c’est certainement pour faire d’elle un ingénieur, un médecin, une savante, ou un pilote. Parmi les milliers de savantes musulmanes, on peut citer à titre d’illustration :

Hafsa fille de Sirin laquelle apprit le Coran et en fut une grande exégète et jurisconsulte dès l’âge de 12 ans. Elle s’est consacrée à l’enseignement du Coran tout en observant continuellement le jeûne. Elle mourut vers 1343/720 H à l’âge de soixante-dix ans.

Aïcha fille d’Ibrahim ibn Seddiq (1284-1364/661-741 H) étudia chez Abi l’Fadl b. ‘Assakir et d’autres exégètes. Elle enseigna aux femmes le Coran et le Hadith. D’après ibn Kathir : ‘‘Elle devint myope à cause de ses veillées dans la lecture du Coran, elle préféra l’adoration de Dieu à la fréquentation des gens’’.

Fatima El Naïssabourya était une illustre savante du IXe siècle (décédée vers 853/23O H). Elle était réputée pour son savoir extraordinaire ; elle professa à la Mecque où elle forma de nombreux exégètes dont D’noun El Misri qui a dit : ‘‘De ma vie, je n’ai jamais connu une personne aussi compétente que celle que j’ai rencontrée à la Mecque, du nom de Fatima El Naïssabourya. Elle commenta le Coran d’une manière éblouissante ; fut une des pieuses parmi les élues de Dieu (qu’Il soit exalté). Elle fut mon professeur’’.

Rouqaya fille de Yahia b.Abd Essalem (née en 1349/726 H) qui se spécialisa dans les sciences du Hadith et en fut l’une des grands exégètes de Médine ;

Assya fille de Jar Allah (née à la Mecque en 1419/796 H), savante, conférencière et directrice de thèse. L’Imam Es Sayouti s’inspira de ses oeuvres.

Khadija fille d’El Qaïm El Baghdadia, savante et jurisconsulte (décédée en 1422/699H à Bagdad).

Khadija fille de Ahmed El Houmaïdi, connue sous le nom de El Fassia (décédée à Fès en 1946/1323 H) ; elle professa l’exégèse et forma plusieurs savants dont Abdel Hafid El Fassi ;

Zineb El Ghazali (née en Egypte en 1917) qui fut une sommité de jurisprudence (fiqh), d’exégèse et de lettres ; elle créa en Egypte à la fin des années trente l’association ‘‘Les dames musulmanes’’ qui fut à l’avant-garde du combat contre la pauvreté, l’ignorance et les fléaux sociaux. Ses écrits et ses positions contre la dictature du régime, lui ont valu plusieurs années de prison et d’atroces tortures. On a exalté ses mérites dans un poème qui dit : « 
- Où est la poésie qui puisse chanter tes prouesses,
- Tu as donné une leçon au Pharaon contemporain,
- Parmi les femmes, existent celles qui sont plus fortes que les hommes,
- Tu as tracé dans l’histoire la meilleure direction,
- Personne ne pourra l’effacer, même ceux qui ont déformé les oeuvres des braves,
- J’ai juré, ô ma soeur ! Que tu es une aube,
- Au milieu de l’obscurité, un éclairage qui brille de tous ses éclats,
- J’ai juré, ô ma soeur ! Que tu es un orgueil, à qui s’inclinent les fronts, et ne s’élèvent pas,
- Ô Zineb ! Pour l’Islam tu es l’espoir,
- Ravive les âmes corporelles, et brille l’espérance »  [1] C’est uniquement à titre d’exemple que j’ai cité ces quelques noms ; outre les vénérables filles et épouses du prophète (psl) ainsi que des grands Imams et savants musulmans, il en est bien d’autres non moins célèbres dont le savoir, la bravoure, la noblesse et la piété firent l’admiration de tout le monde. C’est bien l’Islam qui leur a fourni le cadre, les idées et les moyens de s’épanouir et de briller.

C’est pourquoi il est faux de croire que l’Islam veuille enfermer la femme dans le foyer comme on le prétend. Comment se fait-il que d’un côté, il lui fait obligation de participer au combat, de devenir une savante, et de l’autre il chercherait à la confiner dans un rôle domestique. C’est absurde.

Nul doute qu’il y a une division de travail selon les aptitudes et les vocations, mais cette division existe aussi bien chez les hommes que chez les femmes. De même que parmi les hommes, il y a des cultivateurs, des conducteurs d’engins, des forgerons, des médecins, des écrivains, de même chez les femmes il est des professeurs, des politiques, des sages-femmes, des hôtesses, des médecins, des ouvrières et des femmes au foyer. Il est normal que l’homme ne doit pas se substituer à la femme dans la profession de sage-femme, comme par ailleurs la femme ne doit pas exercer le métier de docker ou de forgeron, mais si elle accepte de faire ce travail, à mon avis personne, sauf l’époux, ne peut le lui interdire, comme elle peut interdire à son époux le métier de sage-femme ou un travail à risque : « Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations et conformément à l’usage. » Coran 2.228

« Je ne ferai jamais perdre à aucun d’entre vous, homme ou femme, le bénéfice de ses actions. Vous dépendez les uns des autres. » Coran 3.195

Autrement dit, il n’y a pas de règle en Islam faisant interdiction à la femme de travailler. Au contraire, le Coran reconnaît pleinement ce droit et avec force : « Aux hommes la part qu’ils ont acquise, et aux femmes la part qu’elles ont acquise. » 4.32

La fonction de ‘‘Mouhtassib’’ consistait à réprimer les mauvaises moeurs, la fraude et les abus commerciaux. Le Calife Omar ibn al-Khattâb fut le premier Mouhtassib en Islam après le Messager de Dieu. Dans son Califat, il nomma à ce poste une femme qui s’appelait Ach-Chifâ’, pour contrôler et réprimer la fraude, les abus, les atteintes à l’ordre public et aux bonnes moeurs à Médine. C’était une fonction équivalente à celle de ministre, puisqu’elle dépendait directement du Calife. Avant d’examiner en détail les droits de la femme en Islam, il convient de savoir la condition de la femme non-musulmane. Jusqu’à une date récente, voire aujourd’hui même dans certains pays d’Europe, la situation de la femme laisse beaucoup à désirer. Non seulement, elle n’a pas recouvré ses pleins droits, mais plus grave encore elle est toujours regardée comme un être incapable et partant indigne de certaines fonctions.

Dans une étude sur les droits de la femme en Islam, l’éminent savant Mortadhâ Motahhari, après avoir décrit comment les appels à la liberté et à l’égalité de la femme ne sont que des slogans trompeurs écrit : « Avec le développement de la machine et la croissance continuelle de la production, il est devenu nécessaire pour les capitalistes d’employer tous les moyens audiovisuels, intellectuels, émotionnels, artistiques et sexuels, afin de transformer l’homme en un consommateur sans volonté et de lui imposer le surplus de leur production. Là encore les capitalistes avaient besoin de se servir de la femme pour atteindre leur but, mais cette fois-ci ils n’eurent pas besoin des efforts physiques et de l’énergie productrice de la femme en tant qu’un simple travailleur aidant l’homme à la production, mais de la beauté de la femme, de son charme, de son attirance et de son pouvoir de séduction afin d’inciter les gens à la consommation, obligeant ou persuadant ainsi la femme de vendre son honneur et sa dignité et de devenir un simple objet de consommation. Evidemment tout ceci se faisait au nom de la liberté de la femme et de son égalité avec l’homme » [2] . Si la femme doit rendre hommage à une civilisation ou à une religion, c’est à l’Islam qu’elle doit le faire parce que c’est lui qui l’a libérée du joug de l’oppression et de l’ignorance. A ce sujet, les historiens ont rendu de nombreux témoignages parmi lesquels je cite pour l’exemple ceci : « Si on voulait savoir le degré d’influence du Coran sur la situation de la femme, il nous faudrait observer cette situation à l’époque de la renaissance de la civilisation arabe. Les historiens rapportent que les femmes avaient une estime que leurs soeurs en Europe n’avaient acquise que récemment. Cette Europe à laquelle les Arabes d’Andalousie ont enseigné les nobles caractères et les vertueuses traditions... Il est vrai que c’est l’Islam et non la chrétienté qui a relevé la femme du plus bas fond dans lequel elle se trouvait. Si tu voyais le comportement des seigneurs féodaux de la chrétienté au moyen-âge, tu t’aperçois qu’ils n’avaient pour les femmes aucun respect. Si tu consultes les livres d’histoire, tu sauras que les hommes de l’époque féodale se comportaient de manière brutale envers les femmes et ce avant que les Arabes n’apprennent aux chrétiens le bon traitement des femmes... En tout état de cause, il résulte de ce qui précède que la dégradation de la femme s’est produite contrairement au Coran et non à cause du Coran. Et là, je tiens à réaffirmer que l’Islam, qui a élevé très haut le rang de la femme, n’est pas responsable de sa dégradation et nous ne sommes pas les premiers à exprimer hautement cette opinion ; d’autres nous ont devancé sur ce point. »  [3]

A la même époque, cependant, on constate que la femme dans le Khalifat Ommeyyade d’Espagne jouit de considération et de liberté. Elle participe pleinement à la vie sociale et culturelle d’alors... Il est d’ailleurs piquant de remarquer, en passant, que ce sont les poètes musulmans qui, par l’Espagne, ont enseigné aux chrétiens d’Europe le respect de la femme. » [4]

La Bible l’accuse d’être à l’origine de la déchéance humaine, la rendant responsable du péché originel (Gn 3.6-8) ; le Coran l’innocente en imputant la faute à l’homme : « Adam désobéit à son Seigneur et il s’égara » (Coran 20.121).

Cette fausse croyance a contribué dans une large mesure et pendant des millénaires à la dévalorisation de la femme et à la négation de ses droits. A telle enseigne qu’à une certaine époque de l’histoire, on n’a pas hésité tantôt à s’interroger sur son humanité, voire sur son droit à l’existence tantôt à la considérer comme un être impur ou sans âme. De tout temps, la femme fut méprisée et maltraitée par l’homme qui se croit supérieur en force et en intelligence. Le fait de considérer la femme comme une marchandise qui se vend dans les foires et les marchés est un phénomène qui a toujours existé et qui existe malheureusement jusqu’à nos jours. Actuellement, il existe un marché en Inde où les femmes sont vendues aux enchères, sans compter les multiples réseaux clandestins de la traite des femmes.

Il est certes fastidieux de répéter ce que d’autres ont dit sur la triste condition de la femme dans les temps anciens, mais pour les besoins de la comparaison et à titre de rappel, on peut citer quelques exemples : Au moment où la femme musulmane participait au combat aux côtés de l’homme, au moment où elle délivrait des fatwas (avis juridique), au moment où elle se trouvait à la tête de mouvements insurrectionnels comme ce fut la cas de Aïcha (veuve du prophète psl), au moment où elle participait à des élections à tous les niveaux, au moment où la femme musulmane se livrait à des activités de négoce à l’échelle internationale, la femme occidentale était plongée dans les ténèbres, sans aucun statut, privée de ses droits les plus élémentaires, même pas le droit de disposer de ses biens et de sa personne. La parole lui était interdite ainsi que certains aliments comme la viande, elle n’avait pas le droit de lire la Bible ni d’en réciter le moindre verset ni d’assister aux offices religieux. Tandis que les Romains considéraient la femme comme esclave appartenant à un maître, sans aucune personnalité, les grecs la traitaient comme une marchandise qui pouvait être achetée et vendue.

En Inde la vie d’une femme prenait fin avec la mort de son mari ; elle devait être brûlée en même temps que le cadavre de son mari. Chez les Arabes, la naissance d’une fille était considérée comme une honte, un déshonneur ; les pères enterraient leurs filles vivantes à leur naissance afin de laver l’affront. Dans la plupart des pays développés, la femme n’a pu recouvrer une partie de ses droits notamment le droit de vote et le droit de disposer librement de ses biens qu’au cours de la deuxième moitié de ce siècle.

Quand on réfléchit sur cette question, on s’aperçoit que la femme musulmane a, dans une certaine mesure, plus de droits que l’homme. Si par exemple la femme est incapable de travailler ou si elle n’a aucune qualification lui permettant de trouver un emploi, elle n’a pas à s’inquiéter étant donné que sa prise en charge est assurée, soit par son époux, soit par son père, soit par l’Etat. Dans tous les cas, le salaire de la femme est garanti. Par contre, un homme dans la même situation ou en chômage, personne ne lui garantit une prise en charge suffisante. L’Islam reconnaît à la femme la liberté de croyance, d’opinion et d’expression.

Le principe de non-contrainte en religion s’applique aussi bien à l’homme qu’à la femme. L’époux musulman ne peut pas contraindre son épouse, juive ou chrétienne, à embrasser sa religion. Elle est libre de choisir la religion qui lui plaît. Si elle choisit l’Islam cela implique qu’elle adhère de plein gré à ses règles de conduite morales et sociales. Contrairement aux lois générales qui entraînent nolens volens l’adhésion de tous, l’Islam n’entraîne que l’adhésion de ceux qui le veulent délibérément. Personne ne peut l’obliger à devenir musulmane, mais si elle le devient, c’est qu’elle accepte volontairement en vertu de ce libre choix d’assumer certaines obligations qui font d’elle une personne responsable devant Dieu et devant la communauté des musulmans. De même qu’un contrat n’engage et ne s’applique qu’aux parties contractantes, de même que l’Islam, tel un pacte, ne s’applique qu’à ceux qui y adhèrent. Les directives de l’Islam contenues dans le Coran et les hadiths ne s’adressent pas aux non-musulmans ; elles ne visent que les musulmans, ceux qui y ont librement souscrit. Le Coran utilise le terme ‘‘croyant’’ pour marquer cette libre adhésion. Il insiste sur la liberté de croyance qui se traduit par la liberté d’adhésion (18.29 ; 88.21 ;2.256). Mais celle ou celui qui y adhère par conviction doit s’y conformer :

« Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une affaire d’avoir encore le choix sur cette affaire. » 33.36

« Lorsque les croyants sont appelés devant Dieu et Son prophète pour que celui-ci juge leurs différends, ils ne prononcent qu’une seule parole : ils disent : ‘‘ Nous avons entendu et nous avons obéi’’. Et voilà ceux qui réussissent. » 24.51

La femme a le droit de choisir son mari. Personne ne peut lui imposer une décision contre sa volonté. Un hadith du prophète dit : « On ne marie pas une femme sans son ordre, ni la jeune fille sans son consentement. »

En vertu de ce principe, le prophète a annulé plusieurs mariages célébrés par des pères sans le consentement de leurs filles ; d’où il suit que le mariage est nul sans le consentement de la femme. Il faut préciser également que le mariage est un contrat conclu par l’offre d’une partie suivie de l’acceptation de l’autre en présence de témoins. Dans ce contrat, les parties manifestent leur volonté de s’unir en vue de fonder un foyer et vivre ensemble. Elles ont donc toute latitude de stipuler les clauses et conditions devant régir leur vie commune sous réserve que ces stipulations ne soient pas contraires aux dispositions du Coran et de la Sunna.

Pendant le mariage, la femme a la pleine capacité juridique ; elle peut contracter, transiger, hypothéquer, transmettre à titre onéreux ou gratuit, intenter une action en justice sans aucune autorisation maritale. Le mariage n’a aucun effet sur sa capacité. Elle possède une personnalité juridique distincte de son mari.

A ce propos, il faut signaler que la femme française ne possédait pas cette capacité juridique avant la réforme de 1965. Ainsi, au moment de la rédaction du code Napoléon, dit M.Champion « la femme française jouait dans la société, comme dans la famille, un rôle très effacé : le mari était le véritable maître et seigneur du ménage... Le code civil n’a donc fait qu’entériner un état de fait en déclarant la femme incapable. Il investit le mari des plus larges pouvoirs, la femme disparaît derrière lui. Son mari devait lui donner une autorisation spéciale pour chaque acte qu’elle devait faire, faute de quoi elle n’apparaissait guère sur la scène juridique. »  [5] La capacité juridique n’a été reconnue à la femme française que depuis la loi du 13 Juillet 1965, alors que la femme musulmane avait cette capacité 14 siècles auparavant.

SUITE La Femme en Islam : Deuxième Partie


Notes

[1] Ahmed Fahmi Khattab cité par FDAL HAJA in « Les Femmes » éd.universel, Paris 1996, p.209

[2] Ayatollah Mortadha Motahhari : ‘‘Les droits de la femme en Islam’’, traduit de l’anglais par al-Bostani‬, Ansariyan publications, p.8

[3] Gustave LE BON : civilisation des Arabes, cité par Afif Abdelfattah Tabbarah dans son ouvrage : ‘‘Ruh eddine al-islami (l’esprit de la religion musulmane), éd. Dar al-ilm, Beyrout 1982, citation traduite de l’arabe par nous-même.

[4] Marcel A. BOISARD : Islam et Droits de l’homme, Librairie des libertés, Paris 1984, p.61

[5] J.Champion : les régimes matrimoniaux et les contrats de mariage, éd. Delmas et Cie 1972

2 Messages de forum

  • La Femme en Islam : Première Partie 27 avril 2010 23:48, par Original

    Assalam Aleikhum Maître,

    J’ai entendu dire que le prophète Mohammed(PBSL) a refusé que sa fille soit marriée à un polygamme parce qu’elle en souffrirait, avez vous la référence de l’Hadith en question , et les détails sur ce sujet ?

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    • La Femme en Islam : Première Partie 28 avril 2010 03:50, par Maître Simozrag

      Wa alaikum assalam wa rahmatullah,

      Il existe 2 versions d’un hadith où le Prophète (Paix et Salut sur lui) refusa à Ali ibn Abi Talib qui était l’époux de Fatima la fille du Prophète, le mariage avec la fille de Abu Jahl.

      Une première version dit : « le Prophète (Paix et Salut sur lui)) a dit : Par Allah, la fille du Messager d’Allah ne s’unit jamais avec la fille de l’ennemi d’Allah chez un seul homme ». La raison de son refus est que le père de la fille était l’ennemi d’Allah.

      Tandis que dans la deuxième version, le refus par le prophète était motivé par le fait qu’il ne voulait pas que sa fille Fatima en souffrait.

      Le hadith est rapporté par plusieurs dont Bukhari et Muslim (Voir Bukhari : Recueil authentique n° 3110 en arabe)

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