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La Foi, facteur de développement

Publication en ligne : vendredi 27 août 2004, par Maître Simozrag

1- D’après le petit Robert, la foi est le fait de croire en Dieu, en un dogme par une adhésion profonde de l’esprit et du cœur qui emporte la certitude.L’expression : adhésion profonde de l’esprit et du cœur signifie que la foi est loin d’être une simple pensée passagère ou une adhésion superficielle. C’est une adhésion profonde impliquant la certitude. En Islam, la foi a un sens plus large et plus précis : c’est la croyance en un Dieu unique, Allah, en Ses messagers, en Ses Livres, en Ses anges, au jour du jugement dernier, en la prédestinée du bien et du mal. Cette définition s’inspire du Coran et de la Sunna (tradition) du prophète Muhammad (Bénédiction et Salut sur lui). On peut lire ce qui suit dans la deuxième Surate du Coran, verset 285 :

« Le Prophète a cru à ce qui est descendu sur lui de la part de son Seigneur. Lui et les croyants, tous ont cru en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres et en Ses Messagers. Nous ne faisons pas de différence entre Ses messagers. » Le Prophète a dit : « La foi consiste à croire en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour dernier et à croire au décret prédestinant le bien comme le mal. » hadith recensé par Muslim

Il convient de faire les remarques suivantes :

Primo : la notion de Dieu n’est pas vague et imprécise comme c’est le cas dans certaines religions. En Islam, il s’agit d’Allah, Maître et Créateur des mondes visibles et invisibles, matériels et spirituels, animal, végétal, humain, angélique, et autres créatures que nous ne connaissons pas.

Secundo : la foi n’est pas une simple déclaration avec la langue, elle doit se traduire par des actes sincères.

Nombreux sont les hypocrites qui se prétendent croyants par la langue et non par le cœur :

«  Parmi les gens, il y a ceux qui disent : ‘‘Nous croyons en Allah et au Jour dernier !’’ tandis qu’en vérité, ils n’y croient pas. Ils cherchent à tromper Allah et les croyants ; mais ils ne trompent qu’eux-mêmes et ils ne s’en rendent pas compte. » Coran 2.8,9

Tertio : la foi n’est pas non plus le simple fait d’accomplir des actes extérieurs pour la publicité ou pour un intérêt matériel quelconque. En effet, il y a beaucoup de charlatans qui font montre de bonté et de gentillesse mais uniquement pour atteindre un but. Ils accomplissent des actes extérieurs pour se faire une bonne réputation, mais dans le fond, ils n’ont ni la foi ni le désir de faire le bien.

La foi est cette conviction profonde qui oriente la pensée et la conduite du croyant : « Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. Ceux qui accomplissent la Salât et qui dépensent (dans le sentier d’Allah de ce que Nous leur avons attribué. » 8.2,3

Un autre verset définit ceux qui ont la foi comme étant des gens humbles dans leur Salât, qui se détournent des futilités, qui s’acquittent de la Zakât, qui préservent leurs sexes (chastes) et qui veillent à la sauvegarde des dépôts confiés à eux et respectent leurs engagements. » 23.2,8

La foi, outre la croyance en Dieu, en Ses anges, en Ses livres et en Ses messagers, consiste à croire également aux vérités de la religion telles que la tradition du Prophète, la résurrection et le jugement, le châtiment et la récompense, la prédestinée du bien et du mal.

La foi est le chemin d’accès à l’énigme de l’existence, au mystère de la vie et de la mort ; elle est une réponse aux questions embarrassantes de l’homme sur son origine, sa destinée, sa raison d’être et sa mission sur terre. Cette foi authentique existe depuis la nuit des temps, elle a été professée par tous les prophètes d’Adam jusqu’à Muhammad (Bénédictions et salut sur eux tous).

Il s’agit de vérités immuables en rapport avec le Créateur, la création et les créatures ; sur la réalité de la vie présente et la vie future ; sur l’identité de l’homme, son rôle, sa croyance ou son incroyance et les conséquences qui en découlent. Ces vérités ont été enseignées par tous les prophètes, à savoir Adam à ses enfants, Noé à son peuple, Houd, Salah, Ibrahim, Ismaël, Ishaq, ainsi que Moïse, David, Esaïe, Jean Baptiste, Jésus et enfin Muhammad. Leurs enseignements ont malheureusement subi des altérations qui furent à l’origine de déviations graves. On a inventé des croyances et des dogmes incompatibles avec ces vérités. Le polythéisme et l’idolâtrie font partie de ces déviations et de ces fausses croyances. L’Islam, qui est le dernier message de Dieu à l’humanité, s’est attaché à corriger ces erreurs et rétablir les vérités de la religion. Il a purifié le concept du Tawhid (confession de l’unicité de Dieu), de la divinité, de la prophétie, du vrai culte, bref il a débarrassé la religion des fausses croyances.

2-Comment et dans quelle mesure la foi peut-elle contribuer au développement ?

Avant de répondre à cette question, entendons-nous d’abord sur la notion de développement. Notre conception du développement intègre des données en rapport avec les enseignements de la religion, ce qui la distingue de l’acception laïque admise en Occident. Le développement recherché est un développement fondé sur des valeurs morales et humanitaires, répondant aux conditions de sécurité et de bien-être des populations.

Nous ne voulons pas d’un développement matérialiste, immoral de nature à favoriser la prolifération des fléaux destructeurs tels que la drogue, l’alcool, la prostitution, la criminalité comme c’est le cas de certains pays d’Occident. On ne peut appeler développement une telle situation dépourvue de valeurs spirituelles qui a transformé l’homme en animal et la vie en jungle. Ce développement a fait plus de mal que de bien à l’humanité. La perversion des mœurs, les guerres, les maladies, l’injustice, la famine, la pollution, la destruction de la nature sont les conséquences directes de ce prétendu développement.

Selon nous, le développement doit entraîner autant de prospérité et de bien-être que de justice et de sécurité pour les citoyens d’un pays ou d’une nation. Il s’agit d’un état d’esprit et de progrès résultant d’un processus d’évolutions progressives des conditions sociales, matérielles, intellectuelles, politiques et économiques d’un peuple . Cet état d’esprit suppose qu’il existe une volonté d’évoluer, de progresser, de changer en mieux ; l’aboutissement de ce processus doit se caractériser par les éléments suivants :

1° l’accroissement des richesses et leur juste répartition de manière à enrayer la pauvreté.

Bien entendu, la richesse en question s’acquiert non par la domination des peuples et le pillage de leurs ressources mais par le travail et la production.

2° l’existence de relations de confiance, de solidarité et d’entraide au sein de la société et entre gouvernants et gouvernés sur la base des valeurs religieuses.

3° la réalisation des conditions de sécurité et de bien-être pour toutes les catégories de la population de manière à garantir à chaque individu les moyens de se nourrir, de se loger, de s’éduquer et de se soigner.

4° la mise en place d’un système de gouvernance où le peuple exerce réellement le pouvoir par l’intermédiaire de ses représentants régulièrement élus ; un système où règne la justice ainsi que le respect des droits et des libertés des citoyens.

J’ajoute que le développement est le résultat d’un sursaut, d’une révolution contre l’apathie, l’ignorance, la pauvreté, la misère, en un mot contre le sous-développement. C’est le fruit d’efforts multiples, individuels et collectifs dans tous les domaines de la vie.

Nous allons essayer de démontrer que les critères du développement correspondent parfaitement aux exigences de la foi tandis que les causes et les effets du sous-développement sont diamétralement opposées à celle-ci.

Si le sous-développement est caractérisé par des symptômes tels que l’analphabétisme, les maladies, la pauvreté, la mal gouvernance, force est de reconnaître que ces fléaux ne doivent pas exister dans une société de croyants régie par les principes et les valeurs d’une religion comme l’Islam, sauf si les musulmans n’y croient pas. Car sans la foi, ces principes et ces valeurs demeurent sans effet. Le Coran affirme : « Les Bédouins ont dit :‘‘Nous avons la foi’’ . Dis : ‘‘Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : Nous, nous sommes islamisés, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs’’. » Coran 49.14 La foi étant le socle de la religion. C’est pourquoi, au lieu de parler de l’Islam dans cette conférence, nous avons préféré parler de la foi. On peut être musulman et bafouer les règles de l’Islam quand on n’a pas la foi. C’est le cas des multitudes de riches musulmans qui ne payent pas la zakat aux pauvres en dépit de son caractère obligatoire. Le sous-développement s’explique par un ensemble de fléaux en corrélation qui en sont à la fois les causes et les effets. D’aucuns attribuent ces fléaux à des facteurs externes. En réalité, quelles qu’en soient les causes externes, les peuples musulmans endossent une part importante de responsabilité dans ce domaine.

D’une part, ils ont contribué à la création des conditions de ce fléau tant par leur passivité que par la complicité de leurs élites dans l’entreprise de domination et de pillages des richesses durant la période coloniale et néo-coloniale ; d’autre part, ils n’entendent y opposer aucun refus, n’ayant rien fait pour secouer ce joug. Nul ne peut nier que l’envahisseur s’est toujours appuyé sur des complices parmi les élites locales pour spolier et soumettre les peuples du tiers monde. Malek Bennabi parle de la propension de certains peuples à accepter la colonisation, d’où le concept de ‘‘colonisabilité’’. Jusqu’à nos jours, aucun sursaut révolutionnaire n’a été opéré dans le sens d’un vrai changement. L’idée de renaissance ne semble guère effleurer les esprits.

L’accès aux indépendances n’a pas consacré une totale rupture avec le système colonial, c’était à certains égards une continuité qui s’est traduite par un mimétisme au détriment des particularités sociales et culturelles, ce qui a favorisé la mainmise des ex-puissances coloniales sur les affaires et les richesses des anciennes colonies. Plus grave est le fait que ce mimétisme n’a porté que sur les aspects négatifs de la civilisation Occidentale. Les aspects positifs tels que l’esprit de créativité, d’organisation , de travail et d’entreprise, les technologies, les inventions, l’Etat de droit, les services sociaux, le respect des droits et des libertés ; ces valeurs, ces techniques, ces idées n’ont malheureusement pas été imitées. A l’exception des libertés négatives qui ont favorisé la dépravation des mœurs, on s’est évertué à maintenir les peuples dans un état d’hibernation en les privant des droits et des libertés essentiels. Conséquences : paralysie des énergies créatrices et fuite des cerveaux. Des foules nombreuses de savants et d’intellectuels prirent le chemin de l’exil, vers des pays qui ont su tirer profit de leur érudition . Tandis que les masses populaires furent contraintes à se résigner aux misères de la pauvreté et de l’ignorance alors qu’ils possèdent les ingrédients de la civilisation. Qui plus est, l’Islam constitue, au-delà de sa vocation civilisationnelle, un appel permanent au combat contre l’ignorance, la pauvreté, la tyrannie, bref contre les maux du sous-développement. S’il est exact que le retard de certaines communautés pouvait être imputable à des cultures ou à des dogmes archaïques incompatibles avec la modernité, il n’en est pas de même pour les musulmans dont le retard est purement et simplement dû à leur éloignement de leur religion.

Un simple coup d’œil sur l’Islam et son histoire permet de constater qu’il est aux antipodes du sous-développement. Cependant, pour atteindre ces objectifs, l’Islam doit être enraciné dans les mœurs et adopté comme modèle de société, c’est-à-dire pris dans son ensemble en tant que système complet de vie, régissant les rapports sociaux et les institutions, et non un Islam superficiel, réduit au culte ; néanmoins, un tel Islam ne peut fonctionner sans la foi, qui lui sert en quelque sorte de locomotive. « Dieu ne change pas la situation d’un peuple avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. »

3- le rôle de la foi :

Il faut rappeler qu’il existe au fond de l’être humain une force mystérieuse qui l’incite au bien et qui le détourne du mal. L’obéissance à cette force procure un sentiment de quiétude et de sérénité agréable ; et sa désobéissance fait naître un sentiment d’angoisse et d’inquiétude, troublant la paix intérieure de l’âme. Cette force s’appelle la conscience.

a) La foi agit fortement sur la conscience :

La foi ravive et alimente la conscience. Sans la foi, la conscience s’éteint chez certains, elle devient inopérante, voire inexistante ; tandis que chez d’autres, l’absence de la foi génère un déséquilibre psychique susceptible de pousser au meurtre et au suicide.

« N’est-ce pas au rappel d’Allah que les cœurs se tranquillisent. » Coran 13.26

La foi en Dieu et au Jour dernier influe sur la conscience du croyant de sorte qu’elle cultive en lui le sens de responsabilité et du devoir. De même qu’elle développe chez le croyant le sens de l’omniprésence de Dieu et de son contrôle permanent sur sa pensée et sur ses actes.

Ce sentiment le pousse non seulement à faire le bien et à éviter le mal, mais aussi à rechercher la perfection dans toute chose. La crainte du châtiment et l’attente d’une récompense sont des stimulants de croissance et de performance aussi importants que les primes d’encouragement et les promotions. Le Coran nous prévient que tous nos propos et nos actes sont observés et enregistrés : « Tu ne te trouveras dans aucune situation, tu ne réciteras aucun passage du Coran, vous n’accomplissez aucun acte sans que Nous soyons témoin au moment où vous l’entreprendrez. Il n’échappe à ton Seigneur ni le poids d’un atome sur terre ou dans le ciel, ni un poids plus petit ou plus grand qui ne soit déjà inscrit dans un Livre évident. » 10.61

A propos du prophète David, Allah dit : «  Nous avons amolli le fer à son intention : fabrique des cottes de mailles ; mesure attentivement les mailles ! » « Agissez bien ! Je vois parfaitement ce que vous faites. » 34.11 « Il est avec vous où que vous soyez. » 57.4 « Nous attachons son destin au cou de chaque homme. Et le jour de la résurrection, Nous lui présenterons un livre qu’il trouvera ouvert : Lis ton livre ! Il suffit aujourd’hui pour rendre compte de toi-même. » 17.13,14

b) Impact de la foi sur le comportement :

La croyance en Dieu et au Jour dernier pousse l’individu à se contrôler lui-même, à maîtriser ses instincts, à ne pas céder aux tentations, bref à éviter le péché. Salarié ou indépendant ; ouvrier ou patron, quelle que soit la nature de l’activité concernée : commerce, produit ou service, l’honnêteté du travailleur favorise l’accroissement de la productivité, l’amélioration de la qualité du produit ; ce faisant, elle permet de gagner la confiance du client et de prolonger en conséquence la vie de l’entreprise. En revanche, le mauvais comportement de l’ouvrier, un manque de sérieux ou de sincérité de sa part, peut influer négativement sur la crédibilité de l’entreprise, sur la qualité de son produit ou de son service et entraîner de ce fait sa déconfiture. La faillite des entreprises est due en grande partie à des fautes humaines, soit de mauvaise gestion, soit de malversations financières. Or, le succès de l’entreprise privée et publique est l’une des conditions du développement.

c) l’accomplissement du devoir :

La foi renforce la propension de l’individu à s’acquitter régulièrement de ses devoirs envers lui-même, envers sa famille, envers Dieu et envers ses semblables. Il doit prendre soin de sa personne afin de préserver sa vie et sa santé. Il ne doit pas les détruire par l’usage de l’alcool et de la drogue. Il doit s’instruire pour améliorer son niveau intellectuel et pouvoir ainsi participer au progrès. Il doit veiller à l’éducation de ses enfants, à leur formation de manière à les rendre utiles à la famille et à la société. Il doit se comporter de manière à plaire à Dieu par le travail et l’effort, la bonté et la bienfaisance, compte tenu de la parole du Prophète qui dit : « le plus proche de Dieu est le plus utile à Ses créatures . »

Il doit s’interdire d’agresser, de voler, de porter atteinte aux droits des autres. L’entrepreneur, le paysan, le maçon, l’ouvrier, le commerçant, l’employé de bureau, chacun accomplit son devoir de manière sincère et conformément aux coutumes, à la loi, ou le cas échéant au contrat.

d) l’accomplissement des bonnes oeuvres :

Les doctrines de l’ascèse et du renoncement sont étrangères à la religion musulmane qui incite le croyant à travailler et accomplir des bonnes œuvres de manière à contribuer au progrès et au développement pour son bien-être et celui de l’humanité. Les compagnons du Prophète avaient la réputation d’être des moines la nuit et des cavaliers le jour.

S’il est vrai que les personnes âgées et les handicapés peuvent se consacrer à l’invocation et à l’ascèse, il en est autrement pour les jeunes et tous ceux qui ont la force physique de travailler et de se déplacer. Il n’est pas permis à ces derniers d’abandonner leurs responsabilités familiales et sociales pour se consacrer à la dévotion. Toute opération d’invention, de construction, de production, de transformation ou de réparation est une bonne œuvre au sens islamique du terme. Le Prophète a dit : « la foi est constituée d’un peu plus de soixante-dix sentiers. Le meilleur d’entre eux est de prononcer la formule : ‘‘ Il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah’’. Le plus modeste consiste à ôter d’un chemin ce qui peut nuire ou gêner, et la pudeur est un des sentiers de la foi. » hadith rapporté par Abou Hurayra, recensé par Bukhari et Muslim

La foi pousse à l’effort, à la production et au travail ; toute activité menée par un croyant, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle, pour lui-même ou pour les autres, est considérée comme un acte d’adoration au regard de la foi islamique.

Conscient de sa mission inventive et constructive, le croyant s’attache à donner le meilleur de soi-même en matière de réflexion ou de travail manuel, sachant que le travail conditionne le succès ici-bas et dans l’Au-delà. «  Et dis : ‘‘Oeuvrez, car Allah va voir votre œuvre, de même que Son messager et les croyants, et vous serez ramenés vers Celui qui connaît bien l’invisible et le visible. Alors Il vous informera de ce que vous faisiez. » 9.105

« Travaille pour ta vie présente comme si tu dois vivre éternellement et travaille pour ta vie future comme si tu dois mourir demain. »

« Si la fin du monde a lieu et que l’un de vous détient une bouture, s’il peut la planter avant qu’il se lève, qu’il la plante. » hadith

«  Tout musulman qui plante un arbre fruitier ou sème une graine se verra compter pour chaque homme, chaque animal et chaque oiseau qui vient à en manger, une aumône au jour de la résurrection. » hadith recensé par Muslim

Le Paradis n’étant pas destiné aux oisifs et aux paresseux mais aux actifs et aux lutteurs.

« Tel est le Paradis qu’on vous fait hériter pour ce que vous faisiez. » 43.72

« Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui fait le bien. » 18.30

« Que la récompense de ceux qui font le bien est excellente. » 39.74

« Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome le verra, et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome le verra. » 99.7,8

La foi pousse le croyant à parachever son travail. Il agit ainsi parce qu’il sait que Dieu l’observe et le récompense selon la bonne finition de son travail. Le Prophète a dit : «  Celui d’entre vous qui exécute un travail, Allah aime qu’il le perfectionne. »

Quand le croyant fabrique un produit, cultive un champ ou exécute une tâche dans l’usine, il ne le fait pas uniquement pour satisfaire son patron, il le fait pour bien mériter son salaire et pour plaire à Dieu. La foi islamique exhorte au peuplement et à l’exploitation de la Terre. « De le terre, Il vous a créés et Il vous l’a fait peupler et exploiter. » 11.61

Elle ne connaît pas de repos hebdomadaire comme c’est le cas de samedi et dimanche pour les Juifs et les Chrétiens. Tous les jours sont ouvrables. Certes, le vendredi est une fête hebdomadaire pour les musulmans, mais elle ne comporte qu’une pause d’une heure au maximum où l’activité est suspendue pour la prière en commun. Une fois la prière accomplie, les gens doivent reprendre leurs activités : «  Ô vous qui croyez ! Quand on appelle à la Salât du vendredi, accourez à l’invocation d’Allah et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous, si vous saviez. Puis quand la Salât est achevée, dispersez-vous sur terre, et recherchez la grâce d’Allah. » 63.9,10

La foi islamique s’oppose vigoureusement au désordre et à la destruction de la terre.

« Il en est parmi les hommes dont la parole concernant la vie de ce monde te plaît. Il prend Dieu à témoin du contenu de son cœur ; mais c’est un querelleur acharné. Dès qu’il te tourne le dos, il s’efforce de corrompre ce qui est sur la terre ; il détruit les récoltes et le bétail. Dieu n’aime pas la corruption. » 2.204-205

«  Toutes les fois qu’ils allument un feu pour la guerre, Allah l’éteint. Et ils s’efforcent de semer le désordre sur la terre, alors qu’Allah n’aime pas les semeurs de désordre. » 5.64

« Ne semez pas la corruption sur la terre après sa réforme, si vous êtes croyants, ce sera un bien pour vous. » 7.85 L’égoïsme est l’un des maux qui provoquent la destruction des valeurs humanitaires, en particulier l’amour de l’autre, l’esprit de partage et d’entraide, l’union et l’intégration du fait qu’il se traduit par l’attachement excessif à soi-même et à l’intérêt personnel. Le défaut de l’égoïste consiste dans l’absence de toute contribution de sa part au bien-être de l’autre, ramenant à soi et à son propre intérêt toute activité, toute participation et toute vision. Or, la foi est un remède contre le mal de l’égoïsme : « Le croyant n’atteindra pas la plénitude de la foi tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » hadith rapporté par Anas, recensé par Bukhari et Muslim

e) La foi façonne le bon citoyen :

La foi façonne le bon citoyen qui met l’intérêt général au-dessus de l’intérêt particulier, qui veille au respect de l’ordre, de la loi et des droits, qui contribue à l’effort du progrès et du développement de son pays, qui respecte ses engagements.

Le respect des engagements est l’une des vertus de la foi. Cela permet d’éviter des conflits et des litiges dont certains peuvent avoir des conséquences graves. S’il a des impôts ou des taxes à payer, il n’attend point l’avertissement ou la visite du percepteur. Il paye de son gré, poussé par le sentiment du devoir.

Le Calife Abu Bakr désigna Umar Ibn al-Khattab comme juge à Médine. Ce dernier a chômé toute l’année ; il ne reçut ni plainte, ni plaignant si bien qu’il se sentit inutile et démissionna. Lorsque le Calife l’interrogea sur les raisons de sa démission , il lui dit : « une société de croyants comme celle-ci n’a pas besoin de juge. « Chacun d’eux, connaissant son droit, n’en a pas réclamé plus, et connaissant son devoir, n’ a pas failli à son accomplissement. Chacun d’eux a aimé pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. Lorsque l’un d’eux s’absente, ils s’enquièrent de lui, s’ils tombent malade ils lui rendent visite, s’il est dans le besoin ils lui viennent en aide, s’il est éprouvé, ils le consolent. Leur religion est le conseil sincère et leurs mœurs : l’incitation au bien et l’interdiction du mal, pourquoi se disputent-ils ? »

La foi fait obligation au croyant de respecter les droits des autres. Toute agression, toute atteinte aux droits, aux libertés et aux biens d’autrui est considérée comme un péché grave, une injustice interdite et un acte répréhensible.

Il s’agit de péchés que Dieu ne saurait pardonner avant que la victime elle-même ne pardonne ou n’obtienne réparation des dommages subis. Qui dit bon citoyen dit bon dirigeant.

La foi est un facteur de bonne gouvernance. Elle exclut toute velléité et pratique de tyrannie et d’injustice, étant donné que l’oppression, la dictature, les violations des droits humains sont des injustices incompatibles avec les exigences de la foi. Abu Dhar rapporte ces propos que le Prophète tenait de Dieu : « ô Mes serviteurs, je me suis interdit l’injustice et J’ai interdit que vous la pratiquiez entre vous. Aussi, ne soyez pas injustes les uns envers les autres. » recensé par Muslim

Le respect des droits et des libertés dont la liberté de pensée, d’initiative et d’entreprise constitue un facteur de développement dans la mesure où elle permet de libérer les énergies créatrices.

f) La foi et la science :

Il est indéniable que l’Islam est la religion de la science. C’est la seule religion où l’ignorance peut se confondre avec l’impiété. Le premier verset du Coran débute par l’impératif du verbe lire, en faisant mention de concepts relatifs à la science tels que : plume, enseignement, savoir, ‘‘a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas’’ Dieu fait l’éloge des savants et leur accorde une place de choix à cause de leur science.

Il fait savoir qu’Il les élève de plusieurs degrés et évoque leur témoignage à cÔté de son propre témoignage et de celui des anges sur son unicité et sur le fait qu’Il maintient l’équilibre. (Coran 3.17) « Dis : Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? » (Coran 39.9)

Quant au Prophète, il n’a pas cessé d’exalter, tout au long de sa mission, les mérites des savants, exhortant les musulmans à la quête du savoir qu’il érigea du reste en obligation. Les savants sont considérés comme les héritiers des prophètes ; leur encre a plus de valeur que le sang des martyrs. La recherche du savoir est une forme de Jihad ou de combat pour la cause de Dieu. « Quiconque part à la recherche de la science, agit pour la cause de Dieu jusqu’à ce qu’il retourne chez lui. » Hadith rapporté par Anas, recensé par Tirmidhi « Dieu facilitera l’accès au Paradis à celui qui emprunte une voie avec le désir d’acquérir la science. Certes les anges recouvrent de leurs ailes (protectrices) l’étudiant en quête de science par égard pour ce qu’il fait. Les habitants des cieux et de la terre et jusqu’aux poissons dans la mer demandent pardon pour le savant. La supériorité du savant sur le dévot est celle de la lune par rapport aux autres astres. Les savants sont bien les héritiers des prophètes. Et les prophètes n’ont légué ni dirham ni dinâr. Ils n’ont légué que la science. Celui qui s’empare de cet héritage s’empare d’un bien considérable. » hadith rapporté par Abû al-Darda’, recensé par Abu Daoud et Tirmidhi

Après la victoire des musulmans à la bataille de Badr, il y avait des gens lettrés parmi les captifs mecquois. Le Prophète (que la bénédiction et le salut de Dieu soient sur lui) proposa à chacun d’eux d’enseigner à dix musulmans la lecture et l’écriture en échange de sa liberté. C’est ainsi que bon nombre de compagnons avaient appris à lire et à écrire.

L’Imam Ali ( que le salut de Dieu soit sur lui) accordait lui aussi une importance considérable à l’éducation et à la science. Lors de son Khilafa, il a proclamé et reconnu les droits du peuple à l’éducation et à l’instruction que l’Etat devait prendre en charge. Il dit : «  En vérité, la beauté, ce ne sont pas des vêtements dans lesquels on se pavane qui nous la donneront ; la vraie beauté, c’est celle de la raison et de la bonne éducation. »

«  L’orphelin n’est pas celui dont le père est mort : le vrai orphelin, c’est celui qui n’a ni science ni éducation ! » L’histoire témoigne de l’apport considérable des musulmans à la civilisation Occidentale. Ce sont les musulmans qui ont fait évoluer la science et qui l’ont propagée dans le monde grâce à leurs livres, à leurs bibliothèques et à leurs instituts.

Le Calife al-Maamoun fonda à Baghdad en 215/837 Beitul Hikma qui est un centre scientifique et universitaire mondial, doté de laboratoires, d’observatoires, de centres d’études et de documentation. Après avoir lancé une opération de collecte de livres et de manuscrits à travers le monde, le Calife employa des savants de renommée pour traduire et enseigner. Il accorda des bourses d’études à une multitude d’étudiants de différentes confessions et de différentes origines. Dans ce registre, la foi islamique est pour le moins incomparable. Non seulement elle s’accommode parfaitement de la science, mais elle fait de la science une partie intégrante de la religion.

g) la foi et la valeur du temps :

Le croyant doit avoir conscience de la valeur du temps et l’employer à bon escient, sachant que Dieu l’interrogera sur sa vie, à quoi il l’a consacrée ? Et sur sa jeunesse, comment il l’a passée ? Le Prophète(s) a dit : «  Il existe deux faveurs dont beaucoup de personnes sont privées : la santé et le temps libre.(le loisir) » Le temps est un bienfait dont seuls les gens doués d’intelligence savent en profiter. Eu égard à la préciosité du temps, les savants musulmans ont recommandé la rapidité dans le manger, la marche, l’écriture ainsi que la brièveté dans les causeries et les entretiens pour éviter de perdre du temps. L’Imâm Hassan al-Banna : «  Celui qui a connu la valeur du temps, a compris la vie car le temps est la vie. » L’Imâm al-Ghazali exhortait ses disciples à prendre soin du temps, en disant : « Ô fils d’Adam, tu n’es qu’une poignée de jours, chaque jour qui passe est une partie de toi-même qui s’en va. » Le Calife Umar Ibn Abdul-Aziz a dit : « Le jour et la nuit agissent sur toi, agis sur eux. » Le croyant s’attache à l’utilisation optimale du temps et des moyens dans le but de faire le maximum de bien, avant que la mort ne vienne le faucher. Après la mort, les œuvres cessent «  à l’exception de trois d’entre elles : une aumône permanente , une science dont on continue à tirer profit, un enfant pieux qui fait des prières pour lui (son géniteur). » Abû Darda’ qui était d’un âge très avancé avait planté un noyer ; des gens lui firent remarquer que le noyer tarde à donner des fruits et que, vu son âge, il risque de ne pas en manger ! Il leur répond : « ça ne fait rien, dès lors que j’aurais la récompense et d’autres auront les fruits. »

h) La foi et l’hygiène :

La propreté est une exigence de la foi. La prière exige la propreté du corps, des vêtements et du lieu. Le musulman doit se laver cinq fois par jour pour faire la prière. Au moins chaque vendredi et après chaque rapport sexuel, il doit se laver tout le corps, ce qu’on appelle les grandes ablutions. Il doit porter des vêtements beaux et propres pendant la prière, donc tous les jours. Il ne peut pas prier dans un état malpropre ni avec des vêtements malpropres ni dans un lieu malpropre. « Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient. » 2.222 « Allah est Beau et Il aime la beauté. »(Muslim) En Islam, l’impureté se confond avec le Démon . Ce dernier se nourrit de l’impureté et vit dans l’impureté.

i) Impact de la foi sur les relations sociales :

La foi a un impact positif sur les relations sociales. Elle contribue à faire régner l’harmonie et la confiance entre les gens. Ces relations se caractérisent par l’honnêteté, le respect du dépôt (al-amâna) et de la parole donnée, la sincérité dans les échanges financiers et commerciaux, l’absence de fraude et d’abus dans la production et la vente de marchandise. Du producteur jusqu’au détaillant en passant par le grossiste, les opérations de commerce se font dans le respect des conditions légales de prix, de qualité, de poids et de mesure.

La liberté d’inventer et d’entreprendre sont des principes de la foi islamique. Cette liberté s’étend au commerce, à la production, à la fabrication, à la transformation. La libre concurrence contribue à développer un esprit de compétition dans l’imagination et la créativité qui impulse le développement. La liberté d’initiative favorise la recherche et la réflexion en matière d’invention de produits nouveaux, de performance ou d’amélioration de la qualité des produits existants et ce dans le but de conquérir davantage de clientèle.

4-Conclusion :

La foi contribue dans une large mesure à la création des conditions objectives et subjectives du développement. De plus, comme nous avons mentionné plus haut, les fléaux et les tares caractérisant le sous-développement sont en pleine contradiction avec les principes et les recommandations de la foi islamique. Ainsi, peut-on trouver entre autres causes à l’origine du sous-développement l’oisiveté, l’ignorance, la dictature, l’absence des libertés, la fuite de cerveaux, le pillage et la dilapidation des richesses nationales, la mal gouvernance ? On peut constater qu’il s’agit de phénomènes étrangers et contraires à la foi islamique qui repose sur l’honnêteté et la crainte de Dieu . La foi recommande, on l’a vu, l’instruction et le savoir, l’endurance et la persévérance dans la lutte, l’effort et le travail pour le bien-être ici-bas et dans l’Au-delà ;

Elle incite et exhorte les hommes à l’invention, à la production, à l’exploitation des moyens naturels mis à leur disposition sur la terre et dans l’univers.

Elle ne connaît ni retraite, ni repos hebdomadaire, faisant de l’activité et de l’effort quotidiens des actes d’adoration ayant la même valeur que la prière et le jeûne.

Elle fait de la liberté un droit sacré inhérent à la dignité humaine.

Elle considère l’atteinte à cette liberté et l’atteinte aux droits humains comme un péché et une injustice non seulement à l’égard des victimes mais aussi à l’égard de Dieu, principal garant des droits de Ses créatures.

Ces droits découlent d’un don de Dieu à l’homme ; le croyant connaît mieux que quiconque la valeur d’un don de Dieu et le danger d’y porter atteinte.

Il apparaît clairement que les principes et les recommandations de la foi islamique sont de nature à impulser le développement, à créer les conditions favorables à la prospérité et au bien-être des peuples musulmans. En conséquence, le retard de ces peuples est imputable au fossé qui les sépare de leur religion, seule capable de leur rendre, grâce à ses enseignements et à ses valeurs sublimes, leur gloire et leur puissance d’antan.


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