1. La Gestation de la Communauté de Médine

Publication en ligne : jeudi 21 octobre 2004, par Maître Simozrag

La gestation de la première communauté islamique a commencé avec les rencontres du prophète pendant les derniers temps de la période mecquoise.

La mission du prophète (s) commença à avoir peu d’impact sur la société mecquoise et les persécutions contre les musulmans s’intensifièrent. Mis à part la minorité qui s’est convertie à l’islam, la société mecquoise s’est révélée réfractaire, imperméable à l’appel du messager de Dieu. C’était une société de païens conservateurs qui attachaient peu d’intérêt au changement, plutôt elle se dresse contre toute idée nouvelle. Le prophète (s) se mit à rechercher un autre milieu plus favorable et plus réceptif au message.

Pour ce faire, la saison du pèlerinage était pour Mohammed (s) une occasion de rencontrer les visiteurs pour nouer des relations et leur porter le message.

ll disait à ses interlocuteurs que les Mecquois l’empêchaient de transmettre la parole de son Seigneur et qu’il cherchait à s’exiler ailleurs ; « protégez-moi, leur dit-il, et suivez-moi et bientôt vous serez maîtres des empires voisins des Perses et des Byzantins ».

Il rencontre un groupe de six Médinois, de la tribu de Khazradj. Il les invite à l’Islam et ils acceptèrent. Le voisinage des juifs a permis aux Médinois d’avoir des notions de la prophétie contrairement aux Mecquois qui n’en connaissaient que très peu de choses. Les six avaient dit au prophète : « notre peuple est trop déchiré par les querelles intestines, il se peut que Dieu l’en délivre par ton intermédiaire. Nous allons tous travailler dans ce sens et l’inviter à ce à quoi tu nous as invité, et que nous avons accepté ».

La population de Médine était composée de deux tribus arabes, Aws et Khazradj et de trois tribus juives : Banu Qoraiza, Banu Nadhir et Banu Qainuqaâ.

Ces tribus étaient déchirées par des luttes fratricides. Chacune des tribus arabes avait des alliés parmi les tribus juives. Ces guerres intestines avaient duré longtemps et épuisé tout le monde. Les juifs attendaient la venue d’un prophète. A chaque discussion, ces derniers menaçaient leurs ennemis arabes qu’ils suivraient ce prophète et qu’ils combattraient avec lui. A leur retour à Médine, les six pèlerins se mirent à prêcher la religion du nouveau prophète. Beaucoup de gens ont embrassé l’islam à la faveur de leur prêche. Toute la ville commença à parler du nouveau prophète.

L’année suivante, une délégation de douze nouveaux convertis se rendit au pèlerinage et rencontra le prophète au même endroit, c’est-à-dire Aqabah. C’est là que le prophète leur demanda de lui prêter serment de fidélité. Il s’agit du serment de Aqabah I. La formule de ce serment a été rapportée comme suit : Les membres de la délégation s’engagent à « écouter et obéir dans l’aise comme dans le malaise, dans le plaisir comme dans le déplaisir ! et c’est sur nous- mêmes que tu auras la préférence. Et nous ne contestons pas le commandement à quiconque le détient. Nous ne craindrons pour la cause de Dieu le blâme de nul détracteur. Il est entendu que nous n’associerons à Dieu quoi que ce soit, que nous ne volerons pas, que nous ne forniquerons pas, que nous ne tuerons jamais nos enfants, que nous ne propagerons point la calomnie parmi nous, et que nous ne te désobéirons pour aucune bonne action ».

Le prophète envoya avec le groupe médinois Mus’ab Ibn Umaïr pour enseigner la religion à Médine. Ce dernier eut quelques difficultés au début, mais il fit un travail remarquable en matière de da’wa. Quand il rentra à la Mecque l’année suivante, il annonça au prophète que la majorité des membres de clans arabes avait embrassé l’islam. D’ailleurs, il fut accompagné d’une foule de pèlerins médinois dont 71 hommes et 2 femmes musulmanes. Ils prirent rendez-vous avec le prophète pour une rencontre nocturne à Aqabah. Ils sortirent par petits groupes pour ne pas susciter les soupçons des païens.

Le prophète était accompagné de son oncle Abbâs qui n’avait pas encore embrassé l’islam. Celui-ci prit la parole le premier et dit : « vous savez bien que Mohammed est actuellement dans son pays et dans sa famille, qui le protège. Il veut quitter la Mecque pour vous rejoindre. Si vous croyez que vous allez accomplir vos promesses et le protéger, alors prenez vos responsabilités. Par contre, si vous devez le laisser et l’abandonner après qu’il aura quitté son peuple, il vaudra mieux ne pas l’inviter dès maintenant ».

Ensuite le prophète récita quelques versets du Coran et leur dit : « je vous engage à me protéger comme vous protégez vos femmes et vos enfants ».

Ils répondirent : « oui, certes ; nous jurons par Celui qui t’a envoyé muni de la vérité que nous te protégerons de la façon dont nous protégeons nos protégés ».

Puis le prophète leur demanda de désigner eux-mêmes leurs chefs. Parmi les élus qui lui ont été présentés, il nomma neuf chefs (naqib) pour les neuf clans des Khazrajites et trois pour ceux des Aousites. Il nomma aussi As’ad ibn Zurârah qui avait hébergé le missionnaire Mus’ab pendant son séjour à Médine, chef de l’ensemble.

L’émigration commença quelques jours après la conclusion de ce pacte dit Aqabah II. Mais elle n’était pas chose facile ; certains furent empêchés de voyager, d’autres furent enchaînés et emprisonnés, d’autres ont vu leurs biens confisqués.

Citons par exemple le cas de Hicham ibn al As à qui on avait mis des chaînes aux pieds pour l’empêcher de sortir. Ayache ibn Rabi’a subit le même sort ; il fut ramené de Médine, enchaîné et jeté en prison avec Hicham. Les deux y demeurèrent longtemps jusqu’à ce que le prophète, une fois installé à Médine, dépêchât des agents secrets pour les enlever et les ramener à Médine. Quoi qu’il en soit, les traits caractéristiques de cette communauté commençaient déjà à devenir perceptibles, même avant l’arrivée du prophète à Médine.

Tout d’abord, il ressort de ce qui précède que le prophète ne s’est appuyé ni sur les membres de sa famille ni sur son clan pour diffuser son message et fonder la première communauté islamique. Ce qui signifie que l’Etat islamique qui va servir de support au message divin revêt un caractère cosmopolite, universel sans aucune empreinte de nature dynastique ou nationale, un Etat au-dessus des contingences et des considérations d’ordre familial et tribal.

Les membres de cette communauté vont se distinguer par une foi sincère et un engagement entier pour la cause islamique. Leur conversion n’était pas une conversion tactique ou superficielle. L’islam a imprégné leurs cœurs et façonné leurs comportements. Nous avons vu que le prophète (s) n’avait à aucun moment exercé des contraintes sur les convertis. Ils avaient de leur plein gré embrassé l’islam et ils s’étaient engagés à respecter ses prescriptions et à combattre voire se sacrifier pour le défendre. Non seulement ils s’étaient engagés à se comporter correctement, à savoir : écouter et obéir, ne pas voler, ne pas forniquer, ne pas tuer, ne pas propager la calomnie, mais aussi à protéger le prophète de l’islam de la façon dont ils protègent leurs femmes et leurs enfants. Cela suppose qu’ils fussent prêts à consentir des sacrifices pour le protéger comme ils le feraient pour leurs femmes et leurs enfants.

On peut également relever comme caractéristique de cette communauté, la supériorité de la foi et de la religion aux choses mondaines. L’émigration des musulmans en abandonnant leurs biens, leurs rangs et leurs clans signifie qu’il est permis de le faire pour sauver sa foi. On peut donc affirmer que la religion a une valeur supérieure à la patrie, au clan, aux biens matériels, voire à la vie étant donné que la défense de la religion peut impliquer le sacrifice de la vie.

Une autre caractéristique consiste dans la bai’a (élection) et la libre adhésion. L’idée d’élection apparaît à travers le fait que le prophète (s) demanda à la délégation médinoise composée de 73 personnes de désigner elle-même les personnes susceptibles d’être nommées comme chefs. Le prophète n’a fait qu’adopter leur choix.

Il y a aussi un mode d’élection qui consiste dans le serment d’allégeance. C’est une manière de se rallier à une opinion, à une personne, à un chef, de le reconnaître ou de le désavouer. Le Coran approuve les serments d’allégeance prêtés au prophète. Il les considère comme des serments prêtés à Allah : « Ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font que prêter serment à Allah : la main d’Allah est au-dessus de leur main ». s48, v10

« Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre ». s48, v18

Le prophète ne s’est jamais prévalu de sa qualité de messager de Dieu pour imposer quoi que ce soit à quelqu’un contre son choix, même la vérité révélée n’était pas imposée : « Dis : la vérité émane de votre seigneur. Croira qui voudra et niera qui voudra » s18, v29 « Devrons-nous vous l’imposer alors que vous la répugnez ». s11, v28

On peut d’ores et déjà comprendre que la société qui va naître à Médine est une société libre régie par des valeurs morales et des principes de droit et de justice idéale.


2 Messages de forum

  • Merci chèr frère chère soeur, pour la qualité de votre article afférent à la gestation de la communauté de Médine. Etant, moi-même, chercheur dans le domaine de l’islamologie, j’ai trouvé que votre article à bien su couvrir l’essentiel de la période embruyonnaire de l’Etat-cité islamique de Médine. Toutefois, et en toute fraternité, je me permets de vous faire état de quelques remarques qui me paraissent pertinentes. Elles concernent, pour ainsi dire, la forme de l’article. La manière dont sont formulées vos idées, le style que vous employez, me donne l’impression du déjà lu. Je n’exagère pas en disant, que votre texte ressemble,fâcheusement, à une copie conforme, à mainte articles que j’ai lu sur le sujet, ceci n’est pas une tare, bien au contraire, il a tout le mérite qu’il lui revient, mais à force ça stérilise la recherche... ! Une remarque également concerne les renvois bibliographique, nous n’avons pas l’impression que vous leur réservez la part qui leur revient dans votre article : Vous ne citez pas vos sources ?Vous aurez dû, à notre avis, cité quelques ouvrages de références en la matière, le kitâb al-Sîra, par exemple ?

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    • > 1. La Gestation de la Communauté de Médine 2 novembre 2004 16:31, par Maître Simozrag

      Merci pour vos remarques pertinentes et merci encore pour la façon dont elles sont présentées. En effet, l’article en question fait partie d’un ensemble composant un ouvrage intitulé « histoire de l’islam politique », Il est vrai que certains passages, notamment ceux relatifs au récit d’événements, sont à peu près identiques dans tous les livres relatant les mêmes événements. Là, on est obligé de relater les mêmes faits, peut-être avec un style plus ou moins différent, mais on ne peut rien inventer, ce qui donne justement l’impression ‘‘de déjà lu’’, laquelle impression me semble accentuée par le fait que l’article soit coupé de son contexte. Car le livre dans son ensemble, basé, me semble-t-il, sur une réflexion originale, ne donne certainement pas cette impression. Quant aux références bibliographiques, j’avoue que cet aspect a été négligé compte tenu de la notoriété et de l’évidence des sources ayant servi à l’écriture de cette partie de l’ouvrage.

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