La pauvretéA la lumière des enseignements islamiques(1) Publication en ligne : samedi 17 septembre 2011, par Définition : La pauvreté est la faiblesse, le besoin, c’est l’état d’une personne qui manque d’argent, qui manque de moyens matériels nécessaires à la survie. La définition islamique de la pauvreté met l’accent sur la notion de besoin essentiel. La pauvreté se caractérise par l’incapacité du pauvre de satisfaire ses besoins essentiels et les besoins des personnes dont il a la charge. Il s’agit du manque de ce dont on a besoin. Le manque de ce dont on n’a pas besoin n’est pas une pauvreté. Et si on peut acquérir ce dont on a besoin on n’est pas pauvre. Caractéristiques et formes de la pauvreté : Il existe trois formes de pauvreté comportant les mêmes caractéristiques : le besoin et l’incapacité de le satisfaire. A-La présence du besoin nécessaire Commençons par écarter une forme de pauvreté universelle qui ne fait pas partie du sujet de notre préoccupation mais qui mérite d’être soulignée : cette pauvreté est basée sur un besoin général, indispensable à toutes les créatures dans la mesure où les conditions de leur vie et de leur bien-être en dépendent même si les hommes n’en sont pas tous conscients : il s’agit du besoin des créatures envers le Créateur. Cette pauvreté a un caractère général affectant l’homme et tous les êtres. Dieu enseigne que tous les hommes sont pauvres du fait qu’ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes et que Seul Dieu peut se suffire à Lui-même : « Ô Hommes ! C’est vous qui êtes les pauvres ayant besoin d’Allah. Mais Allah est le Riche se suffisant à Lui-même, le Digne de louange. » Coran, s35 v15 Les deux autres formes de pauvreté sont désignées sous les vocables de pauvre et de mesquine dont on essayera d’expliquer les différences. Nous n’avons pas jugé pertinent de considérer comme des formes de pauvreté les six autres catégories parmi les huit qui ont droit aux aumônes (Coran s9 v60). B-L’incapacité de satisfaire ce besoin Il faut être dans l’incapacité de satisfaire le besoin nécessaire, cela s’explique par le manque de moyens financiers permettant d’acquérir ce dont nous avons besoin. Ainsi, au sens littéral du terme, la plupart des savants sont d’accord sur la définition du terme ‘’pauvreté’’ en ce sens que le pauvre est celui qui se trouve dans l’incapacité de satisfaire ses besoins vitaux et ceux de sa famille. Cependant, au sens légal du terme, les Faqih divergent sur le niveau de la pauvreté ou le niveau du besoin à partir duquel, l’homme est considéré comme pauvre, voici leurs points du vue : 1-Les Hanafites : Le pauvre est celui qui possède un minimum de biens, inférieur à la valeur imposable en matière de Zakât (le Niçab), un bien immobilier, improductif, non susceptible de croissance ou de placement, faisant partie des nécessités de la vie et non au-dessus des besoins.(2) Le Niçab chez les hanafites est évalué à 85 grammes d’or. Donc le pauvre est chez les hanafites celui dont la valeur des biens est inférieure ou égale à 85 grammes d’or, soit aujourd’hui 1.700 000 f cfa mais en bien immobilier, improductif, non susceptible de croissance ou de placement et non au-dessus de ses besoins nécessaires. ليس فائضاعن الضروريات 2-Les Chafeites Le pauvre est celui qui ne possède ni ressources ni biens ou qui possède des biens insuffisants par rapport à ses besoins, par exemple, il a besoin de dix dirhams par jour mais il ne possède que deux ou trois par jour.(3) 3-Les Malikites Le pauvre chez les Malikites est celui qui possède très peu de choses, insuffisantes pour sa subsistance pendant une année.(4) 4-Les Hanbalites Le pauvre est celui qui ne trouve pas de quoi vivre.(5) 5-Soufiane Athawri, Ibn Moubarek, Ishaq ibn Rahawayh et autres faqih estiment que l’homme ne sort de l’état de pauvreté et ne devient riche que lorsqu’il possède la valeur de cinquante grammes d’argent ou son équivalent en or. Ces faqih se basent sur un hadith rapporté par Abdullah ibn Messaoud selon lequel le Prophète (Paix et salut sur lui) a fixé le niveau minimum de la richesse à 50 dirhams en argent ou leur valeur en or.(6) Ce qui signifie que le pauvre est celui qui possède moins de 50 dirhams en argent ou leur valeur en or. Le dirham vaut environ 2.975 grammes, donc 50 x 2975 = 148.75 grammes. Aujourd’hui un gramme d’argent coûte 1800 FCFA, soit 267.750 FCFA 6-Les Chiites : Au sens littéral, le pauvre est celui qui se trouve dans l’incapacité de satisfaire ses besoins vitaux et ceux de sa famille à un point pénible comme si la pauvreté a brisé les vertèbres de son dos, il va recourir à l’aide des autres.(7) Au sens légal, le pauvre est celui dont les biens sont limités à la provision d’une année. Ils entendent par provision ce qui permet de faire face aux besoins de nourriture, d’habillement, de logement et de voyage pour l’homme et les membres de sa famille légalement à sa charge.(8) La troisième catégorie de pauvre est celle de ‘’mesquine’’. Dans le Coran, ce terme est traduit par les mots ‘’indigent’’, ‘’nécessiteux’’, ‘’misérable’’. Il figure parmi les huit catégories qui ont droit à la Zakât et aux autres aumônes (Coran 9.60).(9) Le pauvre est-il différent du mesquine ? La réponse diffère selon les écoles du Fiqh ! Certains, notamment Tabari, distinguent le pauvre du mesquine par la mendicité. Ils disent que le mesquine est celui qui mendie, le pauvre ne s’adonne pas à la mendicité. Les Chafiites et les Hanbalites, s’appuyant sur le verset suivant du Coran, considèrent que l’état du pauvre est pire que celui du ‘’mesquine’’ : « Pour le bateau, il appartenait à des pauvres gens qui travaillaient en mer. » Coran, s18 v79 D’après ces deux écoles, les mesquines en question possédaient un bateau et travaillaient en mer, leur état est donc meilleur que celui du pauvre qui ne possède rien du tout. Les Hanafites et les Malikites disent le contraire estimant que l’état du ‘’mesquine’’ est pire que celui du pauvre, compte tenu du verset du Coran qui dit : « ou un mesquine terrassé par la faim » Coran, s90 v16 Le pauvre n’est pas terrassé par la faim comme le mesquine, affirment ces derniers. Dans tous les cas, ces arguments sont loin d’être irréfutables ; autrement dit, il n’est pas difficile de venir à bout de cette controverse. A propos du bateau, il est question de savoir s’il était la propriété des ‘’Mesquines’’ ou s’ils y étaient de simples employés ? Il n’y a pas de certitude sur ce point. Quant à l’état du mesquine terrassé par la faim, il peut s’agir d’un état passager, non permanent ; il est fort possible que le pauvre soit un jour lui aussi terrassé par la faim. C’est la raison pour laquelle, je ne vois pas de différence entre pauvre et ‘’mesquine’’, du fait que la misère peut alterner entre les deux. Et s’il fallait adopter une des positions ci-dessus, on pourrait dire que le ‘’mesquine’’ serait plus enclin à la mendicité que le pauvre. L’Islam déteste la pauvreté La pauvreté n’est ni une fatalité ni une gloire au regard de l’Islam. Elle est, au contraire, une calamité exécrable. Le Prophète demandait la protection d’Allah contre la pauvreté et la mécréance. Il existe de nombreux hadiths condamnant la pauvreté, considérée comme un fléau semblable à la mécréance. Le Prophète (Paix et salut sur lui) priait Dieu de le protéger contre ces fléaux : « O Mon Dieu, je cherche Ta protection contre la pauvreté, la rareté, l’humiliation et je cherche Ta protection contre le fait d’être oppresseur ou opprimé. » (Rapporté par Abu Hurayra) Selon un hadith rapporté par Saad ibn Abi Waqqas qui voulait donner en aumône une bonne partie de ses biens, le prophète lui dit : Si tu laisses tes héritiers riches, mieux que de les laisser comme une charge tendant la main aux gens ». (Bukhari, Muslim, Annaçaï, Abu Daoud, Ibnu Maja). Le Prophète avait également interdit à Kaâb ibn Malik de donner en aumône la totalité de ses biens, comme cela est rapporté dans les deux recueils authentiques à savoir que Ubaid Allah ibn Kaâb ibn Malik a dit : « J’ai entendu Kaâb ibn Malik parler de son repentir, disant : Ô Prophète, il est de mon repentir que je me dépouille de mes biens comme aumône à Allah le Tout-Puissant et le Glorieux, ainsi qu’à son Messager (Paix et Salut sur lui), il dit : Garde une partie de tes biens c’est mieux pour toi. » Dieu a utilisé la faim comme punition contre certains peuples : « Et Allah propose en parabole une cité : elle était en sécurité, tranquille ; sa part de nourriture lui venait de partout en abondance. Puis elle se montra ingrate aux bienfaits d’Allah, Allah lui fit alors goûter les affres de la faim et de la peur en punition de ce qu’ils faisaient. » Coran, s16 v112 L’Islam condamne la mendicité La mendicité est une condition ignominieuse et humiliante. Elle traduit l’état de servilité et de bassesse de celui ou de celle qui la pratique. Elle n’est permise qu’en cas d’extrême gravité en rapport avec une incapacité contraignante et un besoin pressant. Le prophète (Paix et Salut sur lui) l’a fustigée et déconseillée. Zubeyr Ibn Al ’Awam rapporte que le Messager de Dieu a dit : « Quand l’un de vous prend sa corde puis va à la montagne pour en apporter un fagot de bois sur son dos et le revendre afin que Dieu lui épargne l’humiliation de la mendicité, cela lui est bien plus préférable que de tendre la main aux gens dont certains lui donnent quelqu’aumône et d’autres ne lui donnent rien ». (Rapporté par Bukhari) D’après Abou Hurayra, le Messager de Dieu a dit : « Celui qui mendie pour accroître ses biens ne mendie en réalité que des braises (d’Enfer) soit qu’il demande peu, soit qu’il demande beaucoup ». (Muslim) D’après Samoura Ibn Jundab, le Messager de Dieu a dit : « La mendicité est une blessure que l’on fait à son propre visage, sauf si on s’adresse à une autorité ou si l’on est acculé par une nécessité réelle ». (Tirmidhi avec mention : bon-authentique) D’après Abou Kabcha, le Prophète a dit : « Chaque fois que quelqu’un choisit une porte de la mendicité, Dieu lui ouvre une porte de l’indigence ». (Tirmidhi) Selon Ibn ’Omar, le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) a dit du haut de sa chaire en parlant de l’aumône et de la fierté de ne rien demander à personne : "La main haute est meilleure que la main basse. La main haute est celle qui donne et la main basse est celle qui demande". (Bukhâri et Muslim) L’Islam est le premier à avoir décelé le mal de la pauvreté et proposé un remède contre ce mal. Aucune idéologie, aucune civilisation n’a devancé l’Islam quant à la mise en garde contre le danger de la pauvreté. En Occident, cette problématique n’est apparue qu’au début du vingtième siècle grâce au progrès technologique. Tandis que l’Islam a mis le doigt sur ce mal, alerté du danger qu’il représente pour la société et envisagé son remède depuis quatorze siècles. Mis à part les mérites du pauvre patient mentionnés dans le Coran et les Hadiths, il est faux de croire que la pauvreté serait un privilège ou une situation acceptable au regard de l’Islam. Les sources islamiques exaltant la pauvreté sont soit inauthentiques soit mal interprétées. La pauvreté ne saurait être une faveur aux yeux de l’Islam pour la simple raison que celui-ci comporte des devoirs qui ne pourraient être correctement accomplis sans disposer de moyens financiers suffisants. « Ce qui conditionne l’accomplissement d’un devoir est un devoir ». A la lumière de cette règle, la recherche de la richesse devient donc un devoir car la majeure partie des devoirs islamiques ne peut s’accomplir qu’avec la possession de certains moyens matériels. Parmi ces devoirs, figurent le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam (Hajj et Umra), les frais de réparation, c’est-à-dire l’expiation de certains péchés ou manquements comme le non respect des serments (le parjure), l’inobservation du jeûne pour les personnes âgées et les malades, les pensions alimentaires dues aux enfants mineurs dont la mère est divorcée, l’homicide involontaire, l’obligation de payer la Zakât, le devoir de venir en aide aux parents et aux proches, de se marier, d’éduquer correctement ses enfants, de participer à la lutte pour le bien et contre le mal, bref de vivre dignement sans tendre la main à personne. La richesse est un bienfait Allah S’est qualifié de Riche ; Il est le Riche par excellence, ‘’Al-Ghani’’ est l’un des 99 plus beaux Noms de Dieu. Allah rappelle ce bienfait qu’Il attribua à Son Messager après qu’il ait été pauvre, lui disant : « Ne t’a-t-il pas trouvé pauvre ? Alors Il t’a enrichi. » (Coran, s93 v8) " ووجدك عائلا فأغنى " Comme Il rappela à Quraish le bienfait de la nourriture et de la sécurité : « Qu’ils adorent donc le Seigneur de cette maison (la Ka’ba) qui les a nourris contre la faim et rassurés de la crainte. » (Coran, s106 v3, 4 ) "فليعبدوا رب هذا البيت الذي أطعمهم من جوع وءامنهم من خوف" Dieu a fait de la prospérité et de la richesse des récompenses en faveur de ceux qui croient et qui Le craignent : « Et si les habitants des cités avaient cru et avaient craint Dieu, Nous aurions certainement répandu sur eux les bénédictions du Ciel et de la Terre. Mais ils ont démenti et Nous les avons sanctionnés à cause de leurs péchés. » Coran, s7 v96 L’impact de la pauvreté sur la foi Les Faqih musulmans font le lien entre la pauvreté et la foi de l’homme et son comportement ; selon un hadith du prophète, le danger de la pauvreté est comparable au danger de la mécréance : « Peut s’en faut, dit le Prophète, que la pauvreté soit mécréance. » (Rapporté par Anas) Un des prédécesseurs a dit : « Quand la pauvreté s’en va dans un pays, la mécréance lui dit : prends-moi avec toi ». La pauvreté prédispose la personne faible de foi à la perversion et au vice et elle génère chez certains la haine, la jalousie et toutes sortes de mauvaises mœurs. La pauvreté a un impact négatif sur la morale de l’être indécis ou de celui qui manque de rigueur, il verse dans la mauvaise compagnie et la délinquance. De même, la pauvreté est souvent la cause de recrutement de milices, d’espions et de soldats contre des causes justes dont l’Islam ou pour corrompre, séduire ou livrer à la prostitution des femmes qui ne méritent pas cette activité honteuse. Les pauvres peuvent mentir, vendre leur conscience, faire la guerre par procuration, même contre leurs pays et leurs peuples.(10) La plupart des campagnes d’évangélisation s’appuient sur la pauvreté pour christianiser les musulmans, comme c’est le cas en Somalie, au Nigeria et ailleurs. Plus grave est l’impact de la pauvreté sur la liberté d’opinion du musulman. C’est pour cela que les Etats riches utilisent l’arme de la faim comme moyen pour imposer leur diktat aux Etats pauvres. L’embargo économique décrété par Quraish contre le Prophète Mohammed et les croyants au début de l’Islam est un exemple de l’arme de la faim visant à faire abdiquer les musulmans. Mais la fermeté de ces derniers et leur patience leur permirent de tenir bon et ainsi ils ont servi de modèle de résistance contre l’arme de la faim et les tentatives de christianisation au fil des siècles. Cheikh Youssef al-Qaradaoui rapporte la réponse d’Abu Hanifa à sa servante quand elle lui annonça que la semoule est finie, il lui dit : « Qu’Allah te combatte, tu m’as fait perdre de ma tête quarante questions de fiqh (doctrine) ». C’est Abu Hanifa qui a dit : « ne consulte pas celui qui n’a pas de semoule chez lui ». Perturbé, il ne peut te donner un avis judicieux. La pauvreté est un obstacle au mariage. Elle est source de nombreux problèmes à l’origine de l’éclatement de beaucoup de familles par le divorce ou des accidents dramatiques. Le Coran nous rapporte l’histoire de ceux qui tuaient leurs enfants par crainte de pauvreté : « Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. » Coran, s6 v151 « Et ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté, c’est Nous qui pourvoyons à leur subsistance et à la vôtre. » Coran, s17 v31 L’Islam a prévu de nombreux moyens de lutte contre la pauvreté. Il a mis en place des dispositifs efficaces pour l’éradication de ce fléau, savoir : a)le travail Le Prophète exhortait les gens à l’apprentissage d’un métier et au travail : il a dit : « Jamais quelqu’un n’a mangé une chose meilleure que ce qu’il a acquis grâce au labeur de ses mains. Le Prophète de Dieu David mangeait du produit du labeur de ses mains ». (Rapporté par Bukhari) Le Prophète était lui-même un exemple dans ce domaine puisqu’il a travaillé comme berger et a fait le commerce avec l’argent de Khadidja. « Tout musulman qui plante un arbre fruitier se verra compter autant d’aumônes que de fruits mangés, même s’ils sont volés » (Rapporté par Muslim) Une autre version est formulée comme suit : « Tout musulman qui plante un arbre fruitier ou sème une graine se verra compter pour chaque homme, chaque animal et chaque oiseau qui vient à en manger, une aumône au jour de la Résurrection ». Omar ibn al-Khattab voit un jour un homme dans la mosquée en dehors des heures de la prière, il lui demande la raison de son séjour prolongé à la mosquée. L’homme prétendait faire confiance en Dieu Omar dit sa célèbre phrase : « Du ciel il ne pleut ni de l’or ni de l’argent, vas travailler ». Le vrai Tawakoul est de travailler tout en faisant confiance totale en Dieu. Le faux Tawakoul c’est de ne pas travailler et de dire Dieu me donnera ce qu’il m’a déjà destiné. b) La solidarité entre proches L’Islam a fait obligation aux riches d’aider leurs proches parents qui sont dans le besoin : « Donne au proche parent son dû, ainsi qu’au pauvre et au voyageur en détresse. » Coran, s30 v38 « Et dans leurs biens, il y avait un droit au mendiant et au déshérité. » Coran, s51 v19 c)La Zakât La Zakât joue plusieurs rôles à caractère social, religieux et économiques : C’est un moyen de purification de la richesse et aussi de l’âme humaine. C’est un remède contre la cupidité, l’égoïsme, l’avidité, l’attachement excessif à l’argent. C’est un moyen de croissance et de justification des richesses : elle les justifie et les fait croître. « Ceux qui dépensent leurs biens pour la cause de Dieu ressemblent à un grain qui produit sept épis contenant chacun cent grains. C’est ainsi que Dieu multiplie sa récompense car Dieu est omniprésent et omniscient ». s2 v261. Elle est une aide aux nécessiteux et à ce titre un moyen de se rapprocher de Dieu. Elle est un instrument de solidarité et de justice sociale dans la mesure où elle tend à réduire les inégalités. Elle permet à l’argent de circuler. L’argent est pour la société ce qu’est le sang pour le corps. S’il ne circule pas, c’est la paralysie et la mort. La Zakât n’est pas une aumône facultative, c’est un impôt légal, obligatoire qui incombe à tout musulman dont l’économie ou la valeur des biens atteint un certain seuil, un certain montant appelé « Niçab ». Elle est un droit du pauvre sur les biens du riche. La communauté est comparable à un corps, chaque membre de ce corps est en droit de recevoir sa part de nutrition, faute de quoi il se produit un dysfonctionnement, voire une paralysie. La société est une famille dont les membres se soutiennent les uns les autres. d) le trésor de l’Etat musulman L’Etat musulman doit faire face à la pauvreté par l’utilisation de ses propres moyens financiers. Le Prophète attribuait des aides aux gens de la Soffa, qui étaient pauvres et sans ressources. e) Après l’intervention de l’Etat, c’est la société des Musulmans qui doit faire face à la pauvreté. Aider les nécessiteux est une obligation : A ce propos, `Uday ibn Hâtim a dit : J’ai entendu le Prophète (Paix et Salut sur lui) prononcer ces mots : « Evitez l’Enfer autant qu’il vous soit possible, fût-ce en faisant l’aumône avec une demi-datte ». (Rapporté par Muslim) Anas rapporte que le Prophète (Paix et Salut sur lui) a dit : « N’a pas cru en moi celui qui dort repu (et sans souci) alors que son voisin, qui se trouve à côté de lui, a faim et il en est informé (c’est à dire qu’il sait que son voisin n’a pas mangé). » (Rapporté par Bazzâr et Tabrâni) Conclusion Il est regrettable de constater que le monde musulman connait le taux le plus élevé de pauvreté malgré l’énorme richesse qu’il possède. Un seul pays, l’Arabie Saoudite, recèle plus du tiers des réserves mondiales en hydrocarbures. Si on ajoute l’Irak, l’Iran, la Lybie, l’Algérie et les petits pays du Golfe, on ne peut que s’étonner de la pauvreté dans ces pays qui possèdent de formidables réserves de pétrole et de gaz. Les plus riches de la planète sont des musulmans. La grande partie des capitaux déposée en Amérique et en Europe appartient aux musulmans. Si ces richesses étaient équitablement redistribuées, chaque citoyen aurait sans aucun doute un logement et un salaire convenable à vie. Compte tenu de ce qui précède, il n’est pas exagéré d’affirmer que la pauvreté est une situation anormale par rapport au monde musulman. L’islam regorge de directives concernant la Zakât, le partage, le don de telle manière que les pauvres puissent satisfaire leurs besoins nécessaires. Ce fléau est tout simplement dû à l’inobservation des enseignements de l’islam. La Zakât régulièrement distribuée pourrait à elle seule enrayer la pauvreté en terre d’islam. Malheureusement, les systèmes politiques ne veulent pas entendre parler de cette ressource susceptible de faire revivre ce qu’ils appellent ‘’l’islam politique’’ qu’ils font tout pour combattre. Pour eux, l’islam au pouvoir signifie la fin de leurs privilèges et surtout la fin de leur règne. Ouagadougou, le samedi 17 septembre 2011 Ahmed Simozrag 1-Communication lors d’un forum sur la pauvreté organisé par le CERFI le 17 et 18 septembre 2011 2-Addar al-mukhtar 2/85, cité par Mustafa Ahmad Ali Naouaridj dans : la pauvreté et la position de la Chari’a islamique à son égard, en arabe : http://www5.mediu.edu.my/postgradua... 3-Mustafa Ahmad Ali Naouaridj, op. cité 4-idem 5-idem 6- idem 7-Dr Mohammed Jawad Malik al-Muftah : le phénomène de la pauvreté, causes et remèdes, chez l’Imam Ali Paix sur lui, en arabe : http://www.annabaa.org/nbanews/2009... 8-idem 9- Ce verset mentionne les huit catégories auxquelles sont destinées les aumônes, à savoir : les pauvres, les indigents (mesquines), ceux qui sont affectés aux services des aumônes, c’est-à-dire les employés chargés de la perception, de la distribution, bref de la gestion des aumônes. Ceux dont les cœurs sont à gagner : cette catégorie comprend les gens à convertir à l’Islam, les musulmans éloignés de l’Islam, pour les y ramener, l’aumône doit également servir à repousser le mal de certains, aux notables et chefs de tribus ayant une autorité pouvant influencer les leurs en faveur des aumônes, pour le rachat des captifs, fait partie de cette catégorie la libération des peuples du joug du colonialisme et de l’oppression, les endettés, le Jihad, la da’wa (l’appel) pour la cause de Dieu, les pèlerins, les voyageurs sans ressources et sans provisions, toutes ces catégories ont droit aux aumônes. 10-Cela ne veut pas dire que le riche serait plus vertueux que le pauvre. Loin de là. Le riche est seulement moins exposé à certaines contraintes de la pauvreté et il dispose de moyens lui permettant d’accomplir aisément ses devoirs religieux. |