Il faut reconnaître qu’il est difficile pour ne pas dire impossible de définir le terme ‘’Politique’’. Il existe des tentatives de définition mais pas de définition communément admise.
D’après les tentatives de définition, la politique est une notion qui recouvre plusieurs sens ; je tente de faire un effort de définition selon ma propre conception de ladite notion :
1-La politique est ce qui a trait à la cité, à la société, à la communauté, à l’Etat. C’est la gestion, la conduite des affaires de la communauté par ses représentants.
2-La politique recouvre tout ce qui concerne la vie d’une population ou d’une communauté, y compris l’organisation sociale des groupes, les lois et les règlements régissant leurs activités et rapports, la recherche des moyens destinés à satisfaire leurs besoins matériels et spirituels, à leur faciliter la vie en matière de subsistance, transport, de santé, d’hygiène, d’éducation, par exemple :
Demander la création d’un espace vert, la construction d’une école, l’ouverture ou le bitumage d’une voie, l’éradication d’une épidémie, d’un fléau, le creusage d’un puits, dénoncer la fraude, la corruption, la dictature, les excès de pouvoir, aller voter, la recherche constante du bien-être, tout cela fait partie de la politique.
En un mot, la politique est l’ensemble des droits et des devoirs, des faits et des actes liés à la vie humaine et dont l’exercice et l’accomplissement incombe à tout individu majeur et doué de raison.
Seul un homme insensé et irresponsable peut se soustraire à ces devoirs qui obligent chaque citoyen en tant que membre d’une société. Musulman ou non, ces obligations incombent à tout citoyen, majeur, jouissant de ses facultés mentales, normalement constitués.
Il suffit qu’il soit citoyen, membre d’une société et au sein de laquelle il vit pour s’intéresser à la politique.
Un citoyen est celui qui participe à la vie de la cité, qui a droit de cité ; voter, c’est accomplir son devoir de citoyen. S’il désire se dispenser de faire de la politique, il n’a qu’à s’isoler et aller vivre en montagne ou dans la forêt en milieu animal.
Le devoir de faire de la politique incombe à tout individu indépendamment de sa religion.
S’il est Musulman, il est doublement responsable. Il est responsable en tant que citoyen membre d’une société humaine et responsable en tant que membre de la communauté musulmane, même s’il est le seul musulman dans la commune où il habite.
En tant que musulman, il est confronté à certaines tâches relevant de sa responsabilité vis-à-vis de la communauté et dont il doit rendre compte devant Dieu.
Ces tâches peuvent revêtir un caractère politique car en Islam, la politique fait partie de la religion.
Parmi ces tâches figurent essentiellement le devoir de se soucier, de se préoccuper du sort des musulmans, de leur unité, de leur bien-être, d’œuvrer à la promotion et à l’explication du Message de l’Islam, de ses valeurs et de ses commandements, d’ordonner le bien et de repousser le mal quelle qu’en soit la source.
1-L’obligation de se soucier du sort des Musulmans :
Le prophète (Paix et Salut sur lui) a dit :
« Quiconque se réveille sans se soucier des affaires des Musulmans ne fait pas partie d’eux. »
Se soucier du sort des Musulmans implique d’abord la recherche de l’information sur la situation des Musulmans dans le monde, car les Musulmans forment ou devraient former une seule communauté.
Allah (Gloire et Pureté à Lui) a dit :
« Cette communauté, la vôtre, est une seule communauté. Tandis que je suis votre Seigneur, Craignez-Moi donc…Adorez-Moi donc ! » (Coran, s21 v92 et s23 v52).
Ce souci, en rapport avec la libération, l’unité, la prospérité, doit englober tous les Musulmans sans exclusion et sans discrimination, toutes tendances, toutes couleurs et toutes origines confondues.
Ensuite, la recherche de l’aide et du secours matériel et moral par l’action psychologique, les quêtes, le conseil, la réconciliation entre eux et toute initiative ou action susceptible de les délivrer du joug de l’oppression, du colonialisme, de l’ignorance et de la misère.
Œuvrer, militer pour la réalisation de l’unité des Musulmans, en application des nombreux versets du Coran et des hadiths exhortant les Musulmans à la solidarité entre eux, à l’unité et à la cohésion.
Ces versets et hadiths qu’on ne répète jamais assez sont les suivants : « Attachez-vous tous fermement au Pacte d’Allah et ne vous divisez pas. » (Coran, s3 v103)
« Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable et interdit le blâmable. Car ce sont eux qui réussissent. » (Coran, s3 v104
« Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et se sont mis à disputer après avoir reçu les preuves. » (Coran, s3 v105)
Le Prophète (Paix et Salut sur lui) a dit :
« Les Musulmans sont comme un seul corps. Quand l’un de ses membres se plaint, tous les autres membres ressentent la douleur et la fièvre. » (Hadith rapporté par plusieurs imams)
Dans une autre version :
« L’exemple des croyants dans leur amour, leur miséricorde et leur compassion mutuelle est comme l’exemple d’un corps : Si un de ses organes se plaint d’un mal, le corps entier réagit par l’insomnie et la fièvre. » (Hadith rapporté par Muslim)
Les Musulmans constituent une Seule Communauté de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud.
2-D’œuvrer à la promotion et à l’explication du Message de l’Islam :
D’abord, ce Message contient des préceptes et des lois qu’il convient de vivre et d’appliquer.
Ensuite, le Message de l’Islam est un Message destiné à l’humanité. Il appartient aux Musulmans de le porter à la connaissance du Monde.
Chacun de nous est responsable de la mission de da’wa et de diffusion de l’Islam par la parole, les actes et le comportement.
« Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle à la voie de ton Seigneur et discute avec eux de la meilleure façon. » (Coran, s16 v125)
Il semble que ces derniers temps, les Musulmans ont malheureusement abandonné cette mission fondamentale qu’est la da’wa.
Pire, ils subissent eux-mêmes la da’wa, le prosélytisme de la part des chrétiens, en particulier des protestants.
La da’wa est une obligation pour chaque musulman et musulmane. C’est grâce à la da’wa que l’on parvienne à sauver les gens, à les délivrer de l’égarement.
Renoncer à la da’wa, c’est laisser le champ libre à Satan qui va mobiliser ses soldats pour soustraire les Musulmans à la religion de la vérité et les emmener vers les sectes et les fausses religions.
L’appel à l’Islam est la meilleure action et le meilleur discours. Allah (Gloire et Pureté à Lui) dit :
« Qui donc tiendrait un meilleur discours que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et proclame tout haut son appartenance à l’Islam. » (Coran, s41 v33)
Le Prophète (Paix et Salut sur lui) a dit :
« Transmettez de moi, ne serait-ce qu’un verset. »
« Si Allah guide un seul homme par ton intermédiaire, c’est mieux pour toi que tout ce qui est éclairé par le soleil. »
Dans une autre version : « …C’est mieux pour toi que la meilleure race du cheptel camelin. »
Les dérives du monde actuel, la corruption, les dépravations, les ravages de toutes sortes sont le fait de l’abandon de la da’wa par les Musulmans.
Satan s’acharne contre les hommes, les égare et les incite à commettre des injustices, à semer la corruption sur la terre.
Allah réagit par l’envoi des plaies et des fléaux, et pourtant Sa miséricorde l’emporte sur Son châtiment sinon le monde serait anéanti depuis fort longtemps.
3-Le devoir d’ordonner le bien et de repousser le mal.
C’est cette mission que le Coran désigne sous le vocable ‘‘dépôt’’ (amena) :
« Nous avons proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter la charge de faire le bien et d’éviter le mal). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ; car il est très injuste envers lui-même et très ignorant. » (Coran, s33 v72)
Rappelons ce verset, il est toujours bon de rappeler :
« Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable et interdit le blâmable. Car ce sont eux qui réussissent. » (Coran, s3 v104)
Le vrai croyant se définit comme étant celui qui ordonne le bien et qui combat le mal.
« Les Croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le bien, interdisent le mal, accomplissent la Salât, acquittent la Zakât et obéissent à Allah et à Son Messager. Voilà ceux auxquels Allah fera miséricorde, car Allah est Puissant et Sage. » (Coran, s9 v72
Il y a les hypocrites qui s’opposent aux croyants et qui agissent inversement :
« Les hypocrites, hommes et femmes, appartiennent les uns aux autres. Ils commandent le blâmable, interdisent le convenable et ferment leurs mains pour ne pas donner. Ils ont oublié Allah et II les a alors oubliés. En vérité, les hypocrites sont des pervers. » (Coran, s9 v67)
Les versets du Coran et les Hadiths du prophète placent le devoir d’ordonner le bien et de combattre le mal au centre de la foi et au summum des devoirs des musulmans.
« Vous êtes (Vous étiez) la meilleure communauté qu’ (Allah) ait fait surgir pour hommes. Vous ordonnez le bien, interdisez le mal et croyez à Allah. » (Coran, s3 v110)
Elle est qualifiée de meilleure uniquement pour son rôle d’ordonner le bien et d’interdire le mal. La foi en Dieu (et Vous croyez en Dieu) ne vient qu’après les deux autres qualités : Vous ordonnez le bien et interdisez le mal.
Et le prophète (Paix et Salut sur lui) d’insister :
« Si l’un de vous voit un mal, qu’il le change avec sa main. S’il ne peut pas qu’il le change avec sa langue. S’il ne peut pas qu’il le fasse dans son cœur et ceci est le plus bas degré de la foi. » (Sahih Muslim, chapitre foi n° 49)
La réprobation ou la désapprobation par le cœur est une caractéristique des croyants faibles, qui n’est pas loin de l’indifférence.
4-L’indifférence est un état d’esprit condamné par le Coran
L’indifférence est un grave défaut passible de grands châtiments dans l’Au-delà.
Au sujet des indifférents, Allah (Gloire et Pureté à Lui) dit :
« Nous avons destinés à l’Enfer un grand nombre de Djinns et d’Humains qui ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux mais ne voient pas. Ils ont des oreilles mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les indifférents. » (Coran, s7 v179)
« Lorsque les gens, dit le Prophète, voient le mal et n’interviennent pas pour le faire cesser. Il se peut que Dieu leur inflige un châtiment émanant de Lui. »
Doit-on renoncer à ce devoir sacré et fondamental par crainte de faire de la politique ?
5-La plupart des prophètes et des Messagers ont exercé des fonctions politiques.
Les Prophètes et les Messagers ont eu pour mission de lutter contre la corruption et l’injustice.
Certains d’entre eux furent spécialement envoyés pour renverser des tyrans et des despotes. Ce fut le cas d’Abraham et Moïse (Paix et salut sur eux).
D’autres se sont attaqués à des coutumes ancestrales caractérisées par le paganisme, l’idolâtrie, la féodalité et toutes sortes de pratiques barbares et inhumaines.
D’autres Prophètes avaient eux-mêmes la qualité de rois, tels David et Salomon (Paix et Salut sur eux) ou de chefs d’État comme le Prophète Mohammed (psl) ou de ministre comme le Prophète Joseph (psl).
Doit-on susciter la colère de Dieu pour satisfaire la passion d’un cheikh qui a peur de la politique ou qui est payé pour fermer les yeux et se taire ?
Doit-on faire partie de ceux qui craignent les gens et ne craignent pas Dieu ?
Le Prophète (Paix et salut sur lui) a dit : Pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance du Créateur. »
Il est donc impératif d’ordonner le bien et de combattre le mal à tous les niveaux et dans tous les domaines, social, politique, économique, etc.
L’ordre émanant d’associations s’interdisant de faire de la politique ne doit être ni entendu ni exécuté, car ce qui compte en premier est l’ordre de Dieu et de Son Messager.
Nous devons suivre et imiter le prophète dont la mission a consisté à ordonner le bien et à interdire le mal, à transmettre le message, à former et enseigner, à faire le Jihad.
Le prophète a exercé la magistrature suprême ainsi que la fonction de chef d’Etat.
Et Allah nous dit :
« Vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle à suivre pour celui qui espère en Dieu et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment. » (Coran, s33 v21)
Nous avons un Message plein de préceptes et de commandements à caractère politique, qui ne fait aucune distinction entre la religion et la politique.
Nous avons une histoire et un passé riches en politique : les Califes guidés, les Omeyyades, les Banul’Abbas, les Ottomans, pour ne citer que ceux-là.
Les compagnons du prophète que nous devons également imiter et prendre comme modèles ont tous fait de la politique ; certains ont exercé les fonctions de Califes, c’est-à-dire Chefs d’État.
Sans la politique, comment dénoncer les injustices ?
Sans la politique, le Message de l’Islam est vidé de sa substance et sans la politique, le devoir d’ordonner le bien et de combattre le mal n’aura pas lieu d’être.
Sans la politique, les musulmans risquent d’être dépassés, leurs droits violés et leurs biens spoliés…