Editorial de Maître SIMOZRAG in Al Maidane N° 041de septembre 2004

Le brasier irakien

Publication en ligne : mardi 7 septembre 2004, par Fousseni Kindo

Après la chute de Saddam, l’Irak s’embrase et rien ne semble arrêter le tourbillon de la violence meurtrière qui s’empare de cette terre connue pour ses richesses culturelles et énergétiques. Le pays est victime d’un désordre créé par l’occupant et entretenu par les sionistes, profitant de la division des Musulmans. Les Américains, censés être venus libérer le peuple irakien de la dictature du régime, ont mis le pays à feu et à sang et fait main basse sur ses richesses. Aidées par les forces de sécurité irakiennes, les troupes américaines n’hésitent pas à profaner des sépultures et à bombarder des lieux saints.

Loin d’être une milice rebelle comme on veut la qualifier, l’armée de Mehdi est, selon le droit international et aux yeux des masses, une armée de résistance légitime contre des forces d’occupation illégitime. Cette même armée mène une défense non moins légitime des lieux sacrés. Il n’est donc pas aisé de la déloger du sanctuaire qu’elle veut défendre. Pour preuve : des boucliers humains se sont formés autour de ces lieux sacrés que constituent le cimetière et le mausolée de l’Imâm Ali afin d’empêcher les soldats américains d’y entrer. Il ne fait pas de doute qu’un aussi noble objectif puisse mobiliser des foules immenses et de tous bords.

Il y a lieu de se demander si un lieu sacré comme le Saint-Siège à Rome ou la Basilique de l’immaculée conception à Lourdes serait bombardé si des personnes recherchées s’y réfugiaient. Certainement non.

Pour sortir de l’impasse, il semble que le transfert de l’édifice aux représentants de l’Ayatollah Ali Sistani, soit l’unique solution. Celui-ci exige, entre autres conditions, que l’on dresse l’inventaire des valeurs et des biens déposés dans le mausolée qui regorge de bijoux et d’objets de valeur inestimable. C’est, en tous cas, la solution la moins mauvaise dans la mesure où il n’y aura ni vainqueur ni vaincu, à moins que l’on veuille prendre au piège le leader chiite et son armée, hypothèse qui n’est pas du tout à exclure. Ce qui rend difficile et risqué le recours à cette solution.

Deux questions se posent, face à cette situation chaotique : le silence du monde arabe et les causes des affrontements sanglants entre les Irakiens. Mis à part les forces d’occupation dont on connaît le mobile, on se demande qui est-ce qui pousse à des affrontements sanglants des gens d’une même nation, professant la même religion et jadis victimes de la même dictature. Si on prend le cas des deux protagonistes Moqtada Sadr et Iyad Allaoui, force est de constater que les deux sont arabes, chiites, et les deux ont souffert de la dictature de l’ancien régime. Mais les deux n’ont pas les même visions ni les mêmes ambitions politiques. Sadr est un fervent islamiste, Allaoui est un ancien baasiste laïc. Sadr considère les forces américaines comme des forces d’occupation, Allaoui les considère comme des forces libératrices. Sadr vise l’instauration d’un Etat islamique, Allaoui est pour un Etat laïc. Sans compter d’autres enjeux et d’autres facteurs, ces visions antagoniques suffisent à faire perdurer la crise.

D’autant plus que l’implication des Etats-Unis rend le conflit quasiment insoluble. Quant au silence du monde arabe, il est imposé et entretenu par les dirigeants qui sont pour la plupart des fidèles alliés, plutôt des fidèles serviteurs de cette puissance dont ils ne cessent de quémander le secours et la protection. Ils ont pris pour allié un autre qu’Allah Auquel sont soumises les puissances des cieux et de la terre. Dans ce contexte, la réponse leur est donnée par ce verset du Coran : « Ceux qui ont pris des protecteurs en dehors d’Allah ressemblent à l’araignée qui s’est donnée une demeure, mais la demeure de l’araignée est la plus fragile des demeures. Si seulement ils savaient ! » s29 v41

Ahmed Simozrag

P.-S.

Al maidane est un mensuel islamique d’informations générales et de formation édité par le Centre africain de diffusion islamique et scientifique.


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