Il est indéniable que le monde a réalisé au cours de ces dernières décennies des avancées remarquables dans le domaine de la technologie et de la science.
De l’Amérique jusqu’à l’Asie en passant par l’Europe, les nations progressent à un rythme plus ou moins différent, certes, mais rapide et rapproché.
Ces nations occupent les premiers rangs en matière de technologie informatique, industrielle, scientifique, militaire. Elles ont atteint des performances dans plusieurs domaines.
Si on raisonne en termes de communauté, on peut dire que la communauté musulmane est encore à la traîne des nations développées.
A-Quelles sont les causes de cette situation de non-développement, de cette inertie dans laquelle se débat le monde musulman ?
D’aucuns accusent la religion. Ignorant l’Islam, ces gens le (la) confondent avec les autres religions qui s’opposent à la science et au progrès.
Alors que dès son apparition, l’Islam n’a pas cessé d’exhorter les Musulmans à la réflexion, à l’effort, à l’acquisition du savoir, à la préparation de la force pour dissuader l’ennemi, concrétiser et défendre les privilèges de suprématie de la communauté et de la religion :
« Et préparez contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée afin d’effrayer les ennemis de Dieu et les vôtres, ainsi que d’autres encore que vous ne connaissez pas, mais que Dieu connaît ! » (Coran, s8 v60)
En réalité, le retard et le sous-développement du monde musulman sont imputables aux causes ci-après :
1°- La chute du Califat
Le Califat est une caractéristique du système islamique. Dès son avènement, l’Islam fut soutenu et ses lois appliquées par cette institution qu’est le Califat.
L’empire ottoman fut la dernière institution de Califat qui fut démantelée par les puissances européennes avec la complicité des nationalistes arabes.
Sous le règne des Califes (Sultans) ottomans, l’État musulman constituait une grande puissance qui s’étendait sur une grande partie de la planète.
Les Européens avaient compris que pour empêcher l’Islam d’avancer, il fallait le priver du pouvoir politique et donc supprimer l’institution étatique qu’est le Califat.
Ils mirent en commun leurs forces et lancèrent des attaques qui se poursuivirent jusqu’à la chute de l’empire musulman et son démantèlement en plusieurs petits états, et même des micros états.
2° Le conformisme aveugle
Les savants de la communauté n’ont pas échappé non plus à la sclérose qui a atteint ses dirigeants.
On a fabriqué des ‘’moules’’ pour la pensée qu’on a baptisés ‘’Madahibs.
Ces moules se sont érigés en dogme, en voies (manahij) comme si c’était une révélation divine ou une parole du Prophète, de sorte que chaque faction devient la sentinelle, la soldatesque de son madhab, parfois au détriment même d’un texte authentique, clair du Coran ou de la Sunna. ’’ (1)
On a fermé ensuite la porte de l’ijtihad, c’est-à-dire les moyens d’utiliser et de faire valoir les facultés de la pensée et les canaux de la réflexion.
3° La séparation entre l’Etat et la religion (laïcité)
Cette séparation a privé les Musulmans des bienfaits de leur religion en matière de consultation (choura, baï’a), de justice, de liberté d’expression, de choix et d’orientation vers le progrès et la Science.
Elle a surtout privé les peuples de la morale de la religion qui doit être à la base des comportements, des relations et des activités dans tous les domaines, politique, économique, commercial, social et autres.
Si pour les Chrétiens, ladite séparation était une chance et une bonne occasion d’ouverture vers le progrès et le développement étant donné l’incompatibilité du christianisme avec la science, elle est et elle fut pour les Musulmans une malédiction du fait qu’elle les a empêchés de mettre à profit les enseignements de leur religion.
Car seul l’État pouvait, par le biais de ses institutions et ses mécanismes concrétiser et traduire dans les faits lesdits enseignements.
4°-La dictature
L’Islam ne pouvait pas cohabiter avec la dictature. Il fallait donc le chasser par la laïcité pour asseoir la dictature.
L’Islam a défini les règles et les modalités de choisir les dirigeants, il a défini leurs prérogatives et leur responsabilité devant la Umma, les conditions de leur destitution ou de leur désobéissance.
Ce qui se passe actuellement dans le monde musulman est totalement en contradiction avec les enseignements de l’Islam.
La volonté du peuple dans le choix des dirigeants et des systèmes politiques n’est pas respectée.
L’armée a passé outre le verdict des urnes à maintes reprises. Les partis musulmans ont gagné les élections en Tunisie, en Algérie, au Nigeria, en Turquie avant l’équipe actuellement au pouvoir, mais on les a renversés et confisqué leur victoire.
La laïcité s’est érigée en dictature dans la majorité des pays musulmans.
C’est la dictature qui a porté un coup mortel à la communauté, c’est la dictature sous forme de nationalisme et de laïcité qui est à l’origine de sa désintégration et qui l’a conduite à l’immobilisme après la fermeture de la porte de l’ijtihad.
C’est la dictature qui a provoqué la fuite des cerveaux et vidé la Umma de sa substance. Et tout cela bien sûr avec la bénédiction de l’Occident.
5° La division et les luttes fratricides
La division et les luttes fratricides n’ont pas permis à la communauté musulmane de progresser pour se mettre au diapason des nations.
Loin de constituer un ensemble homogène, la communauté est divisée, morcelée, désunie idéologiquement, politiquement, religieusement.
La division a entraîné une espèce de balkanisation qui a eu des incidences néfastes sur la liberté de circulation des biens et des personnes à l’intérieur du monde musulman.
Chaque pays a sa propre monnaie qui n’est pas reconnue par les autres.
Le commerce est difficile sinon impossible entre les pays musulmans, ce qui veut dire qu’il n’existe aucune coopération en matière économique ni, encore moins dans le domaine scientifique.
Il devrait y avoir au moins un marché commun au niveau des sous-régions musulmanes.
Sur le plan religieux, on y trouve des ‘’Madahibs’’, eux-mêmes divisés en groupes et sectes qui se jettent l’anathème et se diabolisent, parfois même ils s’entretuent comme les Sunnites et les Chiites ; les Arabes et les Kurdes.
Alors qu’ils devraient tous être unis sous la bannière de la profession de foi : Il n’y a de Dieu qu’Allah. Mohammed est le Messager d’Allah.
Comme ce fut le cas au début de l’Islam, qui les a portés au summum de la civilisation et du progrès, pour le bonheur non seulement des musulmans mais pour toute l’humanité.
6° La méconnaissance de la religion
Les Musulmans sont en porte-à-faux avec leur religion.
Bien que les mosquées regorgent de fidèles, il est hasardeux d’affirmer que les Musulmans accomplissent des actes d’adoration, ils s’adonnent à des pratiques rituelles, à un culte anonyme semblable au culte des idolâtres.
Alors qu’il n’y a pas de rites en Islam. Il y a en Islam des actes d’adoration basés sur la foi en Allah et au Jour Dernier, confirmés et prouvés par les comportements lesquels doivent refléter entre autres vertus la sincérité, la piété, la droiture, l’honnêteté, l’équité, la clémence, la solidarité, la charité. Les enseignements de l’Islam sont transgressés à tous les niveaux.
Les dirigeants, pour la plupart imposés par les traditions ou la force des armes, ne respectent que peu ou pas du tout les droits des peuples qu’ils gouvernent.
Ils n’accordent que peu d’importance à l’éducation et au savoir, alors qu’il s’agit de principes fondamentaux sans lesquels aucun progrès, aucun développement n’est possible.
Au niveau des populations, à quelques exceptions près, l’entraide et la solidarité font défaut, le fossé se creuse chaque jour davantage entre les riches et les pauvres.
Au chantier et à l’usine, les travailleurs sont lésés, leurs droits spoliés. Au niveau des familles et des individus, l’oppression et l’injustice sont de mise.
Les époux font du tort à leurs épouses, la polygamie est pratiquée sans ménagement et sans égard aux conditions exigées, les pères écrasent leurs enfants ou les abandonnent sans éducation, les filles sont livrées à elles-mêmes ou mariées à un âge précoce, comme pour s’en débarrasser ou pour les vendre.
Autant de pratiques absurdes, contraires à l’Islam, alors que nous faisons la prière cinq fois par jour et Allah dit :
« La Salât préserve des turpitudes et des actes blâmables. » (Coran, s29 v45)
Si notre prière ne nous empêche pas de commettre les turpitudes et les actes blâmables, c’est qu’il ne s’agit pas de la vraie prière, c’est un simple rituel qu’on accomplit de routine sans en connaître la signification.
7° L’ignorance
Le monde musulman compte le plus d’analphabètes dans le monde. Le monde musulman n’accorde aucune importance à la recherche scientifique.
C’est un problème grave étant donné la prépondérance du savoir et de l’Ijtihad en Islam.
L’ordre de lire étant le premier verset révélé au prophète Mohammed ce qui signifie que le savoir, la science a plus d’importance que la prière et le jeûne.
L’absence de la recherche scientifique a entraîné la sclérose de la pensée et l’inhibition de la réflexion, d’où le non-développement, l’absence d’édition et de documentation, d’où également la fuite des cerveaux, attirés par les avantages que leur offre l’occident et rebutés par la dictature dans leurs pays.
Les seuls livres qui prolifèrent dans le monde musulman sont les romans policiers, d’amour et ceux relatifs aux pratiques cultuelles. Alors que l’Islam ne se limite pas au culte, il s’étend à tous les domaines de la vie et englobe tous les aspects du savoir.
8° La corruption
Le mot corruption a une double signification : il y a la corruption des mœurs qu’il ne faut pas confondre avec la corruption financière.
Celle-ci consiste à exiger une commission à l’occasion de la passation des marchés publics ou exiger un pot-de-vin en contre partie d’un service.
Les deux formes de corruption existent dans le monde musulman.
Les biens de l’État sont souvent confondus avec les biens privés des dirigeants. Le népotisme, le favoritisme, les passe-droits, les détournements et la dilapidation des deniers publics sont monnaie courante dans le monde musulman.
Il n’est un secret pour personne que les centaines de milliards de dollars et d’euros en dépôt dans les banques occidentales, les yachts, les jets dorés, les placards muraux et les planques souterraines bourrés de lingots d’or, les grand palais somptueux, les châteaux et demeures à l’étranger – et ce n’est que la partie visible de l’iceberg - reflètent l’ampleur de la corruption qui règne dans le monde musulman.
B-Quelle est la solution ?
Un retour sincère et véridique à l’Islam aussi bien du citoyen que de l’état !
Nous possédons une Constitution fondée sur le Coran et la Sunna qui contient des solutions à tous les problèmes et le remède à tous les maux.
Une Constitution qui a fait ses preuves à une époque où l’humanité était plongée dans les ténèbres de l’ignorance et du paganisme.
Le retard des Musulmans est dû à l’inapplication de cette Constitution. Pour décoller, la Communauté musulmane doit relever ce défi qui consiste à appliquer cette Constitution, cette Charte pour son bien et celui de toute l’humanité, qui verra qu’il existe une alternative aux problèmes et aux crises que traverse le monde.
« Ö vous qui croyez ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la vraie vie. » (Coran, s8 v24)
(1) Cheikh Ahmed ben Hamed al-Khalili