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Mohammed et l’unité islamique

Conférence donnée à l’occasion du Mawlid 2009

Publication en ligne : dimanche 15 mars 2009, par Maître Simozrag

Le Prophète Mohammed est l’illustration des bienfaits du Créateur envers les créatures. Il est une miséricorde pour l’humanité ; Ainsi, est-il annoncé dans le saint Coran : « Nous t’avons envoyé comme Miséricorde pour l’Univers » 21.107

Il est un modèle de bonté, de perfection morale, de piété, de magnanimité, de douceur, de courage, de sincérité, bref un modèle sur tous les plans et pour toutes les catégories sociales.

Un modèle aussi bien pour les pauvres que pour les riches, un modèle de chef de famille, un modèle pour ceux qui ont pour vocation de commander les armées, de diriger les Etats et de gouverner les peuples.

Sa vie est une source intarissable d’enseignements. Allah a doté ce noble Messager de qualités extraordinaires qui font de lui la meilleure des créatures.

Connaître sa vie est un devoir pour tout musulman car il est difficile de prendre quelqu’un pour exemple si on ne le connaît pas ? Mohammed est le dernier Messager que Dieu a envoyé aux hommes pour leur indiquer les chemins du Salut.

Mohammed (psl) est né à la Mecque le lundi 12 du mois de "Rabi’oul Awwal" en l’an 571 après J.-C. Lors de sa naissance, plusieurs événements eurent lieu à travers le monde ; Parmi ces événements, citons le tremblement du palais de l’empereur perse et l’extinction du feu qui était allumé depuis des siècles dans un de leurs temples.

Mohammed ( psl ) avait perdu ses parents très tôt mais il fut entouré de l’amour et de la tendresse de son grand-père Abdul-Muttalib, puis de son oncle Abu-Talib après lui.

Dès sa plus tendre enfance, Mohammed ( psl ) était prédisposé à recevoir le message divin. Il ne participait nullement aux jeux d’enfants, il n’adorait pas les idoles, il ne disait que la vérité, il était honnête et loyal. Les gens de la Mecque l’appelait "Al-Amine" (le digne de confiance) .

Mohammed a changé le visage du monde. Il mit fin à l’idolâtrie, à l’obscurantisme, aux guerres tribales. Il changea les comportements en appelant les gens à l’éducation, à la sociabilité, à la paix, au savoir, à l’adoration du Dieu Unique, le Créateur au lieu d’adorer les arbres et les pierres.

Il pacifia et unifia les peuples qui s’entretuaient à longueur d’années et de siècles pour des futilités. Il mit fin à l’oppression de la femme, lui accorda ses droits, éleva son rang et imposa son respect.

Peu de temps après le début de sa mission, la paix, la prospérité, la lumière se sont répandues dans divers endroits de la planète.

Il n’est pas étonnant que le grand historien Michael H.Hart, dans son livre « Les 100 », l’a placé à la tête des cent personnalités qui ont changé le monde et réformé l’humanité.

C’est pourquoi Dieu nous le présente comme exemple à suivre :

« En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment » s33 v21

Lorsque Mohammed atteignit l’âge de quarante ans, Allah lui envoya l’ange Gabriel pour l’informer de sa mission et lui révéler les premiers versets du Coran. Il lui dit : « Lis ! » Mohammed était bouleversé. « Je ne sais pas lire », lui répondit-il. L’Ange Gabriel répéta trois fois l’ordre de lire. Et Mohammed de répondre : « Je ne sais pas lire ! »

Puis soudain, l’Ange lui révèla ce qu’il fallait lire.

« Lis ! Au nom de ton Seigneur qui a créé ! Il a créé l’Homme d’un caillot de sang. Lis car ton Seigneur est le Très Généreux. Qui a instruit l’Homme au moyen de la plume. Il lui a enseigné ce qu’il ne savait pas. » s96 v1 à 5

Ce furent les 5 premiers versets du Saint Coran. Mohammed était envoyé à toute l’humanité pour l’appeler à adorer Allah le Dieu Unique, le Créateur.

Il se distinguait par le calme, la modestie, le mépris des biens de ce monde, une générosité sans limites, la douceur, la courtoisie, l’esprit de pardon, l’amour de Dieu et le sens du sacrifice pour Sa cause, la fermeté et la détermination dans l’observance de Ses Commandements, la bonté envers les créatures, l’affection pour les pauvres, les malades, les faibles et les déshérités, la magnanimité, la clémence, l’indulgence envers ses adversaires.

Il n’a jamais proféré une injure ni répliqué à ceux qui l’insultaient. Il ne connaissait ni haine ni vengeance. Un jour, il confiait à Anas : ‘‘ Anas ! Si tu peux, le matin et le soir, avoir un coeur sans haine contre personne, fais-le, Anas ! Cela est de ma sunna et celui qui suit ma sunna sera avec moi au Paradis.’’

Sa mission s’est accomplie durant une période de 23 ans, dans des circonstances difficiles. Il réussit à transmettre le Message malgré les agressions et les hostilités des mécréants. La rudesse des épreuves ne faisait que renforcer sa détermination.

On employa tous les moyens pour le dissuader, on lui proposa richesse et pouvoir pour qu’il renonce à sa mission, on lui envoya des émissaires maniant l’éloquence du verbe pour le convaincre, mais en vain, il n’a pas cédé d’un pouce.

Quand son oncle Abu Talib, influencé par les harcèlements de Quraïsh au sujet de son neveu, voulait faire pression sur lui, le prophète lui répliqua : « Mon oncle ! Par Allah ! S’ils plaçaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour que j’abandonne cette voie. Je ne le ferais pas jusqu’à ce que Dieu veuille m’accorder la victoire ou j’y laisse ma vie. »

Il commandait un empire sans avoir le moindre sentiment de gloire ni de grandeur ; il se glorifiait d’être l’esclave de Dieu ; Il contrôlait d’énormes richesses mais il vivait dans une pauvreté telle que pendant des mois, le feu ne s’allumait pas dans son foyer et il passait des jours sans manger. Sa provision n’a jamais dépassé une poignée d’orge ; s’il lui arrive de posséder quelques pièces de monnaie, il se précipite d’en faire don le soir avant de se coucher.

Abu Darr rapporte cette remarque que le Prophète lui a faite lors d’un voyage : ‘‘Abu Darr, si le Mont Uhud devait être transformé en or pour moi, je ne voudrais pas voir s’écouler trois nuits avec un seul dinar en ma possession. Naturellement, cela ne tient pas compte de toute somme que je pourrais mettre de côté pour rembourser les dettes de quelqu’un’’.

Un jour Omar, le voyant allongé sur une vieille natte laissant des traces sur son dos, lui dit : ‘‘ O Messager de Dieu ! N’est-il pas affligeant de voir les Césars et les Cosroès se vautrer dans le luxe, alors que le Messager d’Allah vit avec des moyens aussi médiocres ?’’ Il lui répondit ainsi : ‘‘Ne voudrais-tu pas, Omar, que César et Cosroès choisissent ce monde et moi l’au-delà ? »

Il était compatissant et plein de sollicitude pour les autres, il partageait leurs souffrances et leurs difficultés (s9 v128).

Il revint vainqueur à la Mecque après 9 ans d’exil à Médine durant lequels ils le combattirent sans répit.

Ils lui demandèrent alors :

« Que vas-tu faire de nous ? »

Il répondit : « Que pensez-vous que j’aille faire de vous ? »

Ils déclarèrent : « tu es le Noble, fils d’un frère Noble ».

A la suite de quoi le Prophète leur déclara, « allez, vous êtes libres ».

Allah, rappela son Messager à l’âge de 63 ans, il mourut dans sa maison à Médine, sans rien laisser derrière lui ni or ni argent, pas un seul dinar à son nom, alors que le jeune Etat qu’il fonda regorgeait de richesses.

A son propos, Allah dit : « Tu jouis vraiment d’une très grande moralité » s68 v4

L’amour, la bonté, l’unité figurent parmi les caractéristiques de son message :

* La meilleure croyance consiste à aimer pour les autres ce que tu aimes pour toi-même et que tu détestes pour eux ce que tu détestes pour toi-même.

* Vous n’entrerez au Paradis que lorsque vous aurez la foi et vous n’aurez la foi que lorsque vous vous aimerez les uns les autres.

* Ne vous détestez pas, ne vous jalousez pas, ne vous tournez pas le dos, soyez, ô serviteurs de Dieu, frères.

* Ne fait pas partie de notre Communauté, celui qui prêche l’esprit de clan, ni celui qui se bat par esprit de clan ni celui qui meurt pour le clan.

Mohammed (psl) n’a pas cessé de prôner l’unité et de condamner la division. Il demandait la protection de Dieu contre la division, l’hypocrisie et le mauvais caractère. Il compare les croyants à un édifice dont les pierres se soutiennent mutuellement. Il dit aussi :

« Les croyants, dans leur affection, leur compassion et leur sympathie, les uns envers les autres, sont tels un même corps, lorsqu’un organe est atteint, l’ensemble du corps en pâtit par l’insomnie et la fièvre. »

Il a dit également :

« Le musulman est le frère du musulman, il ne l’opprime pas, ne le délaisse pas, et ne l’abandonne pas. Certes, Allâh aide le Serviteur aussi longtemps que ce dernier aide son frère. »

Allah ordonne aux musulmans d’obéir à Son Messager, de l’écouter, de le suivre, d’appliquer ses directives. Et le Messager nous enjoint de nous unir, de constituer un seul bloc, un seul front face à l’ennemi. Avons-nous observé ces instructions ? La réponse est NON !

Allah enjoint aux croyants :

« Obéissez à Dieu et à Son Messager ; et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et vous perdrez votre force. » 8.46

« Attachez-vous tous ensemble à la corde d’Allah et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Sa grâce, vous êtes devenus frères. Et alors que vous étiez au bord d’un abîme de Feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés. Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront. Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et se sont mis à disputer, après que les preuves leur furent venues, et ceux-là auront un énorme châtiment. » 3.103-105

Mohammed a institué le pacte de fraternité entre les musulmans. Sous sa bannière, les Mecquois et les Médinois, émigrés et auxiliaires ont fraternisé et mis en partage leurs fortunes. Avons-nous imité cet exemple ? La réponse est NON !

Mohammed est un Pôle qui a réuni autour de lui des blancs et des noirs, des Arabes et des Perses, des riches et des pauvres, des nomades et des sédentaires. A l’époque de Mohammed, il n’y avait ni Sunnites ni Chiites, ni Kharidjintes, ni Salafis, ni autres.

Comment se fait-il que ces nombreux préceptes du Coran et de la Sunna concernant l’unité soient purement et simplement transgressés ?

Est-il nécessaire de rappeler que les musulmans constituent une seule et même communauté ?

Allah le Très Haut a dit, à deux reprises : « Cette communauté qui est la vôtre est une seule communauté ». s21 v92 ; s23 v52

Ne pouvons-nous pas agir comme si nous vivions à l’époque de Mohammed (paix et salut sur lui) et que Mohammed était parmi nous ? Mohammed, n’est-il pas en effet parmi nous par le Coran et la Sunna qu’il nous a légués ?

Si nous aimions vraiment le Prophète Mohammed, nous aurions appliqué ses recommandations dont l’unité est la plus importante. Or, si nous sommes divisés et dispersés, c’est tout simplement parce que notre amour du prophète Mohammed s’est étiolé et la flamme de notre foi en Dieu s’est éteinte.

La fragmentation de la communauté musulmane est non seulement la cause de son retard sur le plan scientifique, technologique et civilisationnel. Elle a également facilité sa domination par les puissances coloniales. Pire, cette division a engendré des situations catastrophiques où des musulmans se font manipuler par les ennemis de l’Islam pour se combattre et s’entretuer contrairement aux principes de leur religion.

Ainsi, en est-il de la guerre Irak-Iran ou encore des soldats musulmans qui combattent aux côtés des armées de la coalition en Irak, au Pakistan et en Afghanistan.

Pour ne citer que des événements récents, pendant la première guerre mondiale, des musulmans incorporés dans le camp des ennemis de l’Islam combattirent les soldats turcs musulmans. Cela en violation de la Parole d’Allah qui dit : « Les croyants sont des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’Il vous fasse miséricorde. » s49 v10

Comment se fait-il que les musulmans soient divisés au moment où l’intégration se révèle l’unique moyen d’éviter la marginalisation, de s’imposer et de tenir tête politiquement et économiquement aux grands ensembles qui se forment partout dans le monde ?

Les alliances militaires occidentales dans la guerre contre l’Irak et l’Afghanistan ne suffisent-elles pas à inspirer aux musulmans l’idée de s’unir pour défendre leur idéologie, leur culture, leurs peuples et leurs richesses ?

« Le monde islamique fut l’objet d’agressions malveillantes de la part de puissances qui lui ont imposé un état de siège dans l’intention de le fragiliser, de le vider de ses ressources, de s’accaparer ses richesses, de le repousser à contre-courant du mouvement ascendant de l’histoire -conformément aux lois de la nature- afin de l’empêcher de se développer et d’évoluer, lui interdisant ainsi le droit à une vie digne et honorable dont Dieu a gratifié tous les êtres humains. » (Dr Abdulaziz Othman Altwaijri : Le Rapprochement : Conceptions et Objectifs)

Pourtant, les facteurs de l’union chez les musulmans sont de loin plus nombreux que chez les autres peuples qui ont réalisé leur union malgré les guerres dévastatrices qui les ont opposés des siècles durant.

« A propos de l’unité islamique, impressionnante fut la décision de l’Union européenne qui s’est élargie à dix nouveaux pays de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est pour devenir une union géante regroupant 25 pays. C’est un pas qui mérite d’être considéré et médité, s’agissant de nations puissantes qui cherchent à renforcer leur puissance dans un monde qui ne respecte que la logique de la force et qui n’a aucune considération pour les faibles et les opprimés qui ne connaissent que la plainte et la douleur. Ces nations, qui étaient depuis peu de temps divisées et qui s’affrontaient dans des guerres atroces, se transmettant la haine et l’animosité. L’Europe n’a-t-elle pas connu au siècle passé deux guerres mondiales ayant laissé beaucoup de ses pays en ruines, et beaucoup de morts et d’handicapés parmi ses citoyens et des souvenirs d’hostilités amers, puis elle s’est scindée en deux groupes antagonistes : capitalistes et communistes, puis la voilà aujourd’hui, oubliant tout cela, se rassemblant dans un seul lieu, malgré la différence de ses systèmes, de ses coutumes et l’écart de ses puissances économiques. Ses pays riches n’ont pas rechigné à s’unir avec ses pays pauvres, plutôt elles leur ont tendu la main de secours pour qu’ils se relèvent tous ensemble » (Mahdi Mohammed Akef, Guide des frères musulmans, texte traduit de l’arabe par nous-mêmes).

Parmi les facteurs de l’unité islamique, figurent les rites de l’Islam qui symbolisent l’unicité de Dieu et celle de la communauté, favorisent ses liaisons, ses rencontres et ses orientations.

Dans leurs prières, les musulmans s’orientent vers la même direction (la qibla), font le jeûne du même mois de Ramadan, effectuent le même pèlerinage aux lieux saints de l’Islam, observent les mêmes rites, croient au même Maître (Allah), au même Livre et au même prophète, ont la même histoire et la même destinée, s’il est pour le moins anormal qu’ils soient divisés, il est un sacrilège de s’entretuer.

Le culte du Dieu Unique exige l’unité, le contexte exige l’unité, la sauvegarde des intérêts réciproques exige l’unité, la paix exige l’unité, la stabilité et l’entente des peuples exigent l’unité, la force procède de l’unité. Avons-nous considéré ces motifs pour nous unir ? La réponse est NON !

L’Islam commande aux musulmans le rassemblement, c’est-à-dire le fait de rester ensemble, et le Prophète (paix et salut sur lui) a enseigné que la main d’Allah est au service de ceux qui restent ensemble et que celui qui s’isole ira en Enfer. Avons-nous médité ce hadith pour nous rassembler ? La réponse est NON !

C’est à cause de l’unité qu’Allah a institué le rassemblement dans tous les actes cultuels islamiques.

Cette unité est possible indépendamment des divergences. Elle peut se concrétiser sur la base des principes, des vertus et des valeurs de l’Islam sans tenir compte des madhahib (doctrines, écoles) qui peuvent être source de malentendus et de discorde.

Il y a des divergences politiques et des divergences doctrinales. Celles-ci sont dans l’ensemble des divergences d’opinion. Une chose est sûre : Toutes les divergences peuvent êtres réduites et aplanies grâce au dialogue.

Les divergences doctrinales sur les questions subsidiaires représentent une richesse qui n’entrave nullement la réalisation de l’unité. Ces divergences participent de la souplesse de la Chari’a lui permettant de s’adapter à l’évolution de la société et de répondre à ses nouvelles exigences.

Les musulmans sont confrontés à des défis que seule l’unité leur permettra de surmonter.

Ces défis sont, entre autres, liés à la mondialisation qui menace de précipiter la désintégration de la communauté, aux graves situations conflictuelles susceptibles de mener à une confrontation armée entre certains pays musulmans, à la libération de la Palestine et des territoires arabes occupés, aux menaces de destruction de la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam, au développement des échanges commerciaux entre les pays musulmans, à la souveraineté sur les ressources nationales, à l’énergie nucléaire, à l’invention et au transfert de technologie, à l’identité islamique, aux campagnes de désislamisation intensives, à la recrudescence de la violence, etc.

Nous vivons l’ère des unions et des alliances. Si les puissants ont formé des unions et des coalitions internationales, force est de reconnaître que le besoin de se regrouper s’impose davantage pour les faibles. « Le loup ne mange que la brebis isolée », dit le Prophète (paix et salut sur lui). Avons-nous tenu compte de cela ? La réponse est NON !

La communauté islamique est la communauté du témoignage : « afin que vous soyez témoins contre les gens ». Le témoignage est un acte tellement important que le Prophète a pleuré quand il entendit cette Parole de Dieu :

« Qu’adviendra-t-il des négateurs lorsque Nous ferons venir de chaque communauté un témoin et Nous t’amènerons toi-même pour témoigner contre eux. » s4 v41

Dans ce contexte, la Oumma a pour mission de transmettre le message de Dieu, à ordonner le bien et à combattre le mal. Allah dit : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous recommandez le bien, vous interdisez le mal et vous croyez en Dieu » s3 v110

« Qu’il soit issu de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce sont eux qui réussiront » s3 v104

La communauté, est-elle en mesure de remplir ces rôles ? La réponse est NON !

Une communauté divisée, qui s’entretue ne peut remplir aucun de ces rôles. Elle ne peut ni témoigner ni servir d’exemple en matière d’appel à Dieu. De même qu’elle ne peut ni ordonner le bien ni interdire le mal. Si on ne peut pas balayer devant sa porte, comment peut-on demander aux autres de le faire ?

Comment peut-elle remplir ce noble rôle quand elle est en guerre contre elle-même, quand ses membres se dressent les uns contre les autres par les armes, par les plumes et par les langues ? Les guérillas et les luttes fratricides ont inondé de sang les pays musulmans. Même les mosquées n’ont pas échappé au bain de sang.

Le meurtre est un mal, l’effusion du sang innocent est le pire sacrilège qui puisse exister sur terre. Dieu n’a de cesse de marteler dans Ses saints Livres : « Celui qui tue un homme est considéré comme ayant tué tous les hommes et celui qui sauve un homme est considéré comme ayant sauvé tous les hommes ».

Sommes-nous conscients de cela ? Rien n’est moins sûr !

Comment peut-elle transmettre le message quand chaque groupe dénigre les autres prétendant être le meilleur ? Comment transmettre le message quand les Chiites accusent de mécréants les Sunnites et les Sunnites accusent de mécréants les chiites ?

A la base, l’unité exige une moralité exemplaire, une âme purifiée, expurgée des sentiments de haine, de rejet et d’exclusion, un esprit de fraternité et de communion et non pas de ‘‘takfir’’, d’anathème et de diabolisation.

L’unité ne peut se réaliser sans la présence du sentiment d’appartenance à la communauté islamique et le sincère engagement envers Allah et la religion qu’implique cette appartenance.

L’unité est un processus qui doit s’enclencher à trois niveaux : au niveau des peuples, au niveau des Etats et au niveau des savants et intellectuels.

1-Au niveau des peuples, la tâche des militants de l’unité consistera à stigmatiser les conceptions étriquées et abjectes du clanisme, du tribalisme, et du nationalisme et à désacraliser en même temps l’attachement excessif aux madhahib, et l’intolérance doctrinale qui en découle. Ils s’attelleront à faire valoir les principes, les vertus et les valeurs de l’Islam dont l’unité, la solidarité, l’amour, la bienfaisance permettent de rapprocher de Dieu beaucoup plus que l’attachement aux madhab. Il convient d’expliquer au public musulman qu’il n’y a pas d’opposition entres les madhahib, il y a, au contraire, une complémentarité entre eux, que l’adepte d’un madhab n’est pas forcément l’ennemi des autres madhahib.

Il faut pareillement faire savoir au public musulman que l’attachement à un Madhab n’est pas obligatoire. Il n’existe aucune preuve authentique faisant obligation au musulman à s’attacher à un Madhab déterminé.

Tous les savants sont unanimes pour dire que face à une preuve authentique, il n’est pas permis de suivre son imâm. La preuve authentique est constituée des versets du Coran et des nombreux hadiths sur l’unité, étant donné que l’attachement de manière irréductible à un Madhab peut entraver l’unité. Allah a dit :

« Suivez ce qui vous a été révélé de la part de votre Seigneur et ne suivez aucun autre maître que Lui ! Mais c’est bien peu que vous vous en souveniez ! » s7 v3

Les Imâms fondateurs des Madhahib ont, eux-mêmes, déconseillé et dénoncé le conformisme aveugle, par exemple :

Ach-chafe’i a dit : « Les musulmans sont unanimes pour annoncer qu’il n’est pas permis à un musulman de suivre quiconque face à une preuve claire de la Sunna du Prophète (Paix et Salut sur lui).

Malik a dit : « De toute parole, on peut prendre et rejeter hormis celle du Prophète (Paix et salut sur lui) »

En outre, il est permis de changer de Madhab ou d’adopter une opinion différente de celle du Madhab auquel on appartient habituellement. Cette culture doit être vulgarisée car les gens se croient obligés de suivre les Madhahib et d’y rester cramponnés sans bouger d’un pouce.

La seule source de référence indispensable est le Coran et la Sunna. Allah a dit : « Si vous vous disputez en quoi que ce soit, référez-vous-en à Allah et au Prophète, si vous croyez en Allah et au Jour dernier » s4 v59

Dans le même ordre d’idées, les musulmans doivent cesser de se lancer des sobriquets injurieux tels ‘‘Arrawafidh’’ (Chiites), ‘‘Annawaçib’’( Sunnites) ; De même qu’ils doivent éviter l’utilisation des étiquettes et des titres d’appartenance à des groupes politiques, religieux ou autres comme Tidjanis, Salafi, Turuqi, etc.

Les militants de l’unité doivent enseigner les valeurs islamiques de diversité, d’ouverture d’esprit, de tolérance, et mettre les musulmans en garde contre le danger du racisme, du nationalisme restreint, décriés par Dieu et son messager, car basés sur des sentiments de supériorité et d’arrogance d’origine satanique « Je suis meilleur que lui, répondit Satan,Tu m’as créé de feu, alors que Tu l’as créé d’argile »

Allah enseigne que la différence ethnique et nationale n’a pas d’autre utilité que l’identification. Allah a fait de nous des peuples et des tribus pour que nous nous connaissions, non pas pour nous battre et nous diviser.

2-Au niveau des Etats, l’Unité doit se faire en deux étapes :

La première étape sera celle de la création d’ensembles sous-régionaux sur la base d’affinités géographiques, économiques, historiques ou culturelles, à l’exemple de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), de l’Union du Maghreb Arabe ou du Conseil de Coopération du Golfe. Chaque ensemble se constitue sous forme d’association d’Etats ou de confédération. Il est important de souligner que les Etats composant l’Association ou la confédération conservent chacun sa souveraineté, comme c’est le cas de l’Union européenne.

La deuxième étape sera celle de l’organisation fédérale. Les Etats composant les ensembles sous-régionaux, seront regroupés au sein d’une structure fédérale appelée Union ou Fédération des Etats Islamiques mondiale. Dans ce cas, il y aura partage de souveraineté et de compétences entre la structure fédérale et les Etats fédérés. Les Etats fédérés seront représentées par une chambre du parlement fédéral à travers laquelle ils participeront à l’exercice et au contrôle du pouvoir fédéral. Il me semble prématuré de désigner le titre du personnage qui sera élu à la tête de l’Etat ou du Gouvernement fédéral. Il portera sans doute un des titres suivants : Imâm, Khalife, Président de l’Etat ou du Gouvernement fédéral.

3-Au niveau des savants et des intellectuels, l’unité exige des efforts soutenus dans le sens du rapprochement des écoles islamiques et de la création d’une ambiance culturelle favorisant l’entente et la cohésion. La littérature et les médias doivent être mis à contribution dans ce domaine.

Cette entreprise implique, entre autres, l’édition d’ouvrages exaltant les vertus de l’union et réprouvant la discorde et les querelles intestines au sein de la communauté. Il convient de rappeler que l’œuvre du rapprochement a fait l’objet de nombreuses initiatives et de beaucoup d’efforts de la part des musulmans de différentes écoles.

A cet effet, plusieurs structures ont été mises en place dont le Conseil mondial du rapprochement des écoles islamiques. Des programmes et des plates-formes ont été élaborés en vue de guider l’action du rapprochement. Parmi ces travaux, on peut citer l’initiative de l’Imâm Khomaini (Qu’Allah lui fasse miséricorde) sur la Charte de l’unité islamique, l’œuvre de l’Organisation Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO) intitulée : Le rapprochement : Conceptions et objectifs et enfin, entre autres, le livre de Cheikh Qaradawi sur « les principes du dialogue et du rapprochement entre les Madhahib islamiques ».

S’agissant d’une œuvre de longue haleine, ces efforts n’ont pas donné les résultats escomptés pour diverses raisons, notamment l’absence de continuité en raison des difficultés liés au peu d’intérêts et d’encouragement de la part de certains milieux politiques.

Une remarque s’impose concernant la méthodologie du rapprochement et qui a été rappelée par la plupart des auteurs des œuvres en question, c’est le fait que le rapprochement envisagé ne veut pas dire qu’une école renonce à ses principes au profit d’une autre. Loin s’en faut. Il s’agit seulement de réduire les divergences d’opinion sur des questions essentielles. L’initiative de l’Organisation de l’Isesco résume comme suit les objectifs du rapprochement :

1) Consolider l’unité de la Oumma, en éradiquant la source de la discorde, en renforçant l’attachement aux principes et valeurs de l’Islam plutôt qu’aux madhahib et surtout en œuvrant pour que d’aucuns cessent de croire que l’adepte à l’un des madhahib est forcément l’ennemi des autres madhahib.

2) Mobiliser les potentialités pour agir dans l’intérêt suprême de la Oumma islamique, protéger ses droits et acquis et développer les sociétés de la Oumma dans tous les domaines.

3) Collaborer dans l’intérêt de l’Islam et des musulmans, dans tous les domaines, dans le cadre des voies ouvertes, et en premier lieu, l’Organisation de la Conférence islamique, et ses organisations, avec à leur tête l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture, ainsi que les universités, les institutions, les académies scientifiques et les centres de recherche.

4) Déployer tous les efforts pour la continuité de la renaissance islamique globale sur des bases économique, scientifique, technique, culturelle et politique stables fondées sur le principe de la solidarité islamique [...]

La même initiative propose enfin :

a) de mettre en exergue les points communs aux madhahib, du fait qu’ils sont plus nombreux et plus importants que les divergences et qu’ils sont un facteur fédérateur de tous les courants. Cette mise en exergue se fait à travers l’édition, la recherche scientifique et la contribution des médias aussi bien écrits qu’audiovisuels.

b) d’intégrer une matière sur le rapprochement entre les madhahib islamiques dans les programmes de tous les niveaux de l’enseignement, particulièrement au sein des instituts, écoles et universités religieuses spécialisées en sciences juridiques islamiques s’appuyant en cela sur des bases pédagogiques en mettant l’accent sur cette matière tout au long du cursus scolaire en en faisant une matière principale au coefficient élevé.

c) de tenir des conférences périodiques sur la culture du rapprochement au sein de différents centres qui se penchent sur des questions culturelles et au sein des écoles et établissements éducatifs en mettant l’accent sur l’unité islamique, en expliquant les divergences intellectuelles et doctrinales entre les madhahib et en veillant à simplifier leurs motivations et objectifs.

Cheikh Qaradawi affirme, quant à lui, avant de poser les principes du dialogue et du rapprochement entre les Madhahibs :

« S’il nous est commandé de dialoguer et de débattre avec les non-musulmans, il est donc une priorité de dialoguer avec les adeptes des différents courants islamiques auxquels nous sommes liés par les fondements de la foi »

Dans son livre ci-dessus mentionné, Qaradawi pose les principes du dialogue énumérés ci-après :

1. La meilleure compréhension, c’est-à-dire une bonne connaissance de la réalité de la position de l’autre, écartant ce qu’on entend des bouches des gens du commun, ni des rumeurs, ni du vécu des gens. Il faudrait que ce soit de ses sources documentées ou des savants fiables…

2-La bonne foi. A ce sujet, le Cheikh a cité plusieurs versets du Coran et des hadiths justifiant la nécessité de la bonne foi envers l’autre et l’interdiction de la mauvaise foi.

3-Mettre l’accent sur les points d’accord. Le Cheikh a mentionné les trois points qui sont l’objet d’accord entre tous les Sunnites et tous les Chiites, à savoir : Un, l’accord sur la croyance aux fondements des dogmes connus. Deux, l’accord sur la croyance en le saint Coran. Ici, fait remarquer Qaradawi, nous nous abstenons de soulever ce que certains ont dit du coran, le considérant incomplet ou falsifié. Trois, l’accord sur le respect des piliers de l’Islam et ses rites fondamentaux comme la prière, la zakât, le jeûne du mois de Ramadan, le pèlerinage de la Maison. Les Sunnites et les Chiites sont d’accord sur ces piliers, et s’il y a des divergences entre eux, ces divergences sont les mêmes que celles qui existent entre les écoles sunnites.

4-Dialoguer sur les points de divergences.

5- Eviter les provocations, les attaques verbales, les calomnies et les injures car c’est indigne de la morale islamique. Ne tenir compte que des propos de sages chiites sur les compagnons.

6- Eviter de jeter l’anathème (takfir, taxer de mécréant)) sur tous ceux qui professent : « Il n’y a de Dieu qu’Allah. »

7- S’éloigner des excès des extrémistes des deux parties qui suscitent la discorde dans leurs propos et leurs écrits. Et parmi les manifestations de l’excès, l’accusation de l’autre de mécréance. Si certains se sont spécialisés dans le fait de traiter de mécréants tous les musulmans, d’autres se spécialisent de taxer de mécréants exclusivement les Chiites arguant du fait que les Chiites croient en la falsification du Coran, nient les sources islamiques et insultent les compagnons, attribuent l’infaillibilité à leurs imams ; pire ils les considèrent meilleurs que les prophètes, connaissant le mystère, ils les appellent au secours dans les détresses, et leur font des vœux, affirmant : « ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah, et nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah ».

Le cheikh n’omet pas de souligner que les savants chiites ont démenti la rumeur de falsification du Coran et que le même Coran se trouve en Iran, en Egypte et en Arabie Saoudite, comme source de lois.

8-La franchise par sagesse. Il faut exposer franchement, suggère Qaradawi, les problèmes posés et en instance ainsi que les obstacles et tenter de les surmonter, le tout avec sagesse, progressivement et avec l’entraide prescrite légalement entre les musulmans. Parmi cela, disons-le franchement : le danger du prosélytisme chiite dans un pays entièrement sunnite et inversement. Et la prise en compte des droits des minorités sunnites en milieu chiite et la minorité chiite en milieu sunnite comme c’est le cas entre les Coptes et les musulmans en Egypte. La situation en Iran et en Irak a un grand besoin de cela actuellement.

9-Mise en garde contre les complots des ennemis qui visent à saper l’unité des musulmans, en les nommant : Musulman et Copte ou sunnite et chiite. Sinon, ils disent : nationaliste, islamiste, de droite, de gauche, révolutionnaire, libéral et ainsi de suite.

10- la nécessité de la cohésion au moment de l’épreuve et il n’est de pire épreuve que celle que vit actuellement la communauté depuis le 11 septembre 2001 qui a engagé le monde entier dans une rude épreuve et une situation dangereuse exigeant de tous ses fidèles et en particulier de ses savants, prédicateurs, et des groupes du renouveau de s’unifier, de se regrouper et de mettre de côté leurs divergences et leurs querelles marginales, pour affronter comme un seul homme et un seul rang les dangers qui menacent sa personnalité et sa foi.

Quoi qu’il en soit, le temps est venu pour les musulmans de s’unir car, non seulement l’Islam leur commande cela, mais parce que la situation mondiale l’exige.

Nous vivons l’ère des unions et des rassemblements. Les Etats qui restent en marge des unions n’auront pas voix au chapitre. Ils seront en quelques sortes les esclaves des grandes nations. La mondialisation ne laisse aucune chance aux Etats isolés de vivre dans la dignité.

D’autant plus que la communauté est exposée à des conflits meurtriers internes qui provoquent une hémorragie abondante de ses ressources naturelles et humaines.

Cela en plus des défis externes que seule l’unité permettra de surmonter. Parmi ces défis, al-Qods (Jérusalem) dont la défense incombe à toute la communauté musulmane, pas seulement aux Arabes ni encore moins aux Palestiniens.

L’unité islamique est une condition de victoire ; les musulmans sont combattus de toutes parts et ils n’auront pas la victoire tant qu’ils ne sont pas unis.


1 Message

  • Mohammed et l’unité islamique 28 décembre 2009 05:00

    DE NATAN QORIQ : face à l’inanité et à la férocité du monde occidental dirigée envers l’Islam et l’image péjorative qui en est donnée dans les médias, il convient comme vous le dites si bien MAITRE SIMOZRAG de précher l’unité et le respect mutuel chez les musulmans : plus de querelles intestines, de la solidarité et de la compassion !

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