Ouagadougou, le 10 Octobre 1998
Cher ami Yves,
J’ai reçu votre lettre du 24 Août qui m’a fait plaisir d’apprendre votre retour au Burkina dans de bonnes conditions. A propos du pèlerinage, je pense que les qualificatifs tels que ‘‘calvaire’’, ‘‘camp de concentration’’ sont quelque peu exagérés. En effet, un rassemblement d’une telle ampleur ne peut pas se dérouler sans difficultés, surtout quand on confie l’encadrement des pèlerins à des gens incompétents, sans scrupules. Si l’on examine de près cette situation, on découvre deux raisons majeures à l’origine de tous les problèmes : le manque d’organisation et le mauvais encadrement. Il me semble que ces ennuis n’arrivent qu’aux pèlerins du Burkina. J’ai effectué deux fois le pèlerinage depuis l’Algérie et les choses se sont déroulées le plus normalement du monde. Le fait de confier cette tâche à des gens incompétents, moins motivés par le sens de responsabilité et du devoir que par le business et le profit, ne peut que conduire aux résultats décriés. L’administration est en partie responsable du fait de son dessaisissement au profit des particuliers. Avant 1996, il n’y avait pas de problèmes parce que la campagne du pèlerinage était gérée par une commission permanente sous tutelle du Ministère de l’administration territoriale. Dès lors que cette mission fut confiée aux associations, on a commencé à connaître les problèmes. La raison tient au fait que les associations désignent un délégué qui s’avère un mauvais gestionnaire ou carrément un escroc. Il est notoire que le coût du pèlerinage comprend les droits d’entrée, les frais d’hébergement et de déplacements entre les lieux saints, ainsi que les frais du voyage (aller-retour) Ouaga/Jeddah. Les pèlerins versent entre les mains du délégué la totalité des sommes dues au titre de ces frais, à l’exception des dépenses de restauration qui demeurent à leur charge. Le délégué doit faire les réservations à l’avance tant en ce qui concerne le voyage que le séjour dans les lieux saints selon un programme préalablement établi. La compagnie aérienne lui paye une commission au prorata du nombre de billets achetés. Il se trouve que malgré le payement de tous les frais par les pèlerins, il y a eu, semble-t-il, un déficit de cent vingt millions de francs cfa durant la campagne 98. Les pèlerins se plaignent d’avoir été chassés de l’hôtel à La Mecque et à Jeddah parce que le loyer n’a pas été payé. De plus ils ont été maltraités par ceux qui sont chargés de les encadrer. Cela prouve l’existence de malversations de la part du délégué. Il aurait détourné à son profit au moins les sommes destinées à couvrir les frais d’hébergement. Il paraît que même la note d’Air Afrique n’est pas entièrement réglée. Il s’agit là d’une opération d’escroquerie dont l’auteur doit être jugé. Car c’est l’impunité qui engendre la contagion et la récidive. Cependant, les pouvoirs publics semblent désintéressés sous prétexte qu’il s’agit d’un problème religieux, donc ils ne doivent pas s’en mêler ; c’est, selon eux, contraire aux principes de la laïcité. Alors qu’il s’agit d’une infraction à la loi pénale dont l’auteur doit être poursuivi et puni au nom de la société, indépendamment de la religion. Peut-être faut-il que les pèlerins doivent porter plainte, étant donné que la loi exige pour certains délits la plainte de la victime. Cela fait penser aux multiples pratiques de vol et d’escroquerie dont sont victimes les touristes européens auxquels les voyagistes promettent monts et merveilles pour les attirer. Il y en a même qui ont fait des fortunes par ces moyens frauduleux. Sans doute, l’escroquerie devient plus grave quand elle est commise au nom de la religion. Quoi qu’il en soit, je ne dois pas nier qu’il existe partout des loups déguisés en musulmans, c’est lamentable ! Il y a un autre problème que je dois vous signaler : beaucoup de musulmans ont tendance à vouloir retarder l’accomplissement de ce devoir, croyant se donner un temps de liberté pendant leur jeunesse avant d’aller se purifier une fois pour toutes au pèlerinage. Je me rappelle cette réponse d’un maire auquel j’ai conseillé un jour le pèlerinage : « Il faut d’abord que je fasse le plein (de péchés) avant d’aller (les) vider au pèlerinage) ». C’est ainsi que la plupart des pèlerins sont des personnes de troisième et de quatrième âges. Je ne sais pas d’où vient cette idée malsaine, voire dangereuse. Le seul fait d’y penser peut conduire à commettre des péchés. Ce qui revient à dire que notre jeunesse est la part du Diable, et la décrépitude celle de Dieu. Pourtant, le pèlerinage est une obligation qui doit être accomplie dès que les moyens physiques et financiers le permettent, c’est-à-dire dans la force de l’âge. Cela s’explique par le fait que, d’une part, on ne sait pas à quel moment de la vie, la mort peut nous surprendre et, d’autre part, il est des rites difficiles à accomplir pour les gens d’âge. C’est le cas de la plupart des pèlerins ; la vieillesse les rend vulnérables et incapables d’accomplir convenablement tous les rites, surtout au milieu d’une foule considérablement immense qu’il faut parfois bousculer pour y parvenir. Il faut rappeler que pendant le pèlerinage, on assiste a de véritables marées humaines ; des millions d’âmes, d’origines, de langues et de cultures différentes, se rencontrent aux mêmes endroits en vue d’accomplir en même temps les mêmes mouvements, à savoir : prier, faire le ‘‘tawaf’’ autour de la Ka’ba, toucher la pierre noire, le parcours du trajet entre les monts Safâ et Marwa, la station de Arafât (où tous les pèlerins se rassemblent le 9 du mois Dhul-Hijja), le sacrifice d’un animal, la lapidation de Satan, etc. Outre les contraintes des déplacements, les bousculades, l’accomplissement de ces rites nécessite un minimum d’énergie, car souvent il faut presser le pas pour éviter de les rater ou d’être à la traîne. Mis à part l’esprit mercantile qui anime les hôteliers et les transporteurs et on peut les comprendre car c’est leur gagne-pain disent-ils, l’organisation matérielle dans les lieux saints est pour le moins irréprochable. D’année en année, on constate la réalisation de nouveaux progrès en matière d’infrastructures, d’équipements et de services pour faciliter la tâche des pèlerins et améliorer les conditions du pèlerinage. Il est indéniable que de grands efforts ont été déployés dans ce domaine ; on ne peut que s’en féliciter. Les protestations des mécontents, souvent des chicaneries peu justifiées, sont dues à la nonchalance ou à l’incompétence des accompagnateurs. Concernant l’aspect organisationnel global, force est de reconnaître qu’il n’est pas aisé de gérer en un laps de temps aussi court (20 jours maximum) des millions d’individus de tout âge et de tous bords, qui ne respectent pas toujours les consignes de sécurité, comme l’utilisation de réchauds à gaz dans les camps, de plaques chauffantes ou d’appareils électriques qu’on laisse branchés dans les chambres, de même les attroupements sous les ponts ou sur les voies et les lieux de passage, etc. Quand on évoque les inconvénients qui sont le plus souvent d’ordre matériel liés à l’absence ou à l’incompétence du personnel d’encadrement, sensé assister et guider les pèlerins pendant l’accomplissement des rites, on ne peut omettre de mentionner, par souci d’impartialité, les multiples avantages matériels et surtout spirituels du pèlerinage. En effet, l’essentiel est d’atteindre le but sublime que représente le pèlerinage ; tout le reste n’étant que des futilités et des contingences terrestres que le croyant doit vaincre et surmonter. Dans ce contexte, je dois évoquer l’ampleur des oeuvres de charité organisées de manière anonyme et ininterrompue au profit des pèlerins. La nourriture est distribuée à profusion. Si les dons d’argent et de cadeaux se font de temps en temps et parfois fréquemment, les opérations de distribution de rafraîchissements, de fruits et de biscuits sont en revanche l’objet d’activités continues. Je ne pense pas qu’on puisse faire mieux dans d’autres lieux de pèlerinage. Néanmoins, tout cela n’est que confort matériel sans valeur par rapport à l’immense plaisir spirituel que procure le pèlerinage. L’objectif est de se purifier, de s’y ressourcer spirituellement, de satisfaire les besoins de l’âme et de l’esprit, non du corps. L’habit de sacralisation, composé de deux pièces d’étoffe simples et sans couture que doit porter chaque pèlerin, symbolise le linceul, la mort, ce qui implique l’abandon, le détachement de ce monde. On doit tout oublier quand on se trouve dans ces hauts lieux sacrés où l’on est ravi à chaque instant, à chaque souvenir, à chaque mouvement, devant chaque sanctuaire. La vision de la Ka’ba renforce l’idée d’élévation et de transcendance. Ce temple symbolisant la présence divine exerce une influence et une fascination extraordinaires sur l’individu. On se sent attiré par une force supérieure, celle du Créateur, d’un Juge témoin de nos méfaits mais aussi d’un Bon Dieu, Clément et Compatissant. Ces sentiments à la fois de culpabilité et de confiance en la Miséricorde divine suscitent en nous d’étranges émotions tantôt de joie et d’assurance, tantôt de regret et d’anxiété, au point de pleurer à la fois de joie et de remords. Je garde toujours le souvenir de ces adolescents qui sanglotaient en se frottant la face contre la Ka’ba, les bras étendus comme pour l’étreindre. Je me suis interrogé : à leur âge, quelles pourraient être leurs fautes pour pleurer ainsi ? Il est vrai qu’il est difficile de retenir ses larmes devant ce majestueux symbole de la Vraie Divinité.
Le Tawaf autour de la Ka’ba est un signe de soumission et de dépendance symbolisant le mouvement des univers et des anges autour du Trône de Dieu Le souvenir de ce lieu sublime, orné du sanctuaire de son bâtisseur, Abraham, reste gravé à jamais dans la mémoire du pèlerin. La Sainte Mosquée (al Mas-jid al-harâm) est une merveille, par sa beauté, sa grandeur, son charme indescriptible. Là aussi, une admirable présence divine se fait sentir. Quand on y entre, on a l’impression d’être absorbé par la douceur, la sérénité et la gaieté d’une ambiance imposante, sécurisante si bien qu’on n’a pas envie d’en sortir si ce n’est pour accomplir un autre rite. Tout y est disposé de manière à rendre plus agréable et à prolonger la méditation. Sa configuration de forme circulaire embrassant la Ka’ba contribue à stimuler la prière et le recueillement. La prière dans cette Mosquée vaut mieux que cent mille prières ailleurs (hadith). Le parcours de Safa et Marwa nous rappelle les souffrances d’Agar qui, affolée par la solitude et la soif de son fils, se mit à courir entre deux collines à la recherche d’une caravane ou d’un individu pour lui demander à boire. La station de Arafat où tous les pèlerins se rassemblent en même temps et avec la même tenue en vue d’implorer le Pardon et la Miséricorde du Seigneur, fait penser à la comparution devant Dieu au Jour du Jugement Dernier. La lapidation des stèles sataniques est l’imitation du geste d’Abraham (psl). Celui-ci prit une poignée de cailloux qu’il jeta à la figure de Satan quand ce dernier voulait le tenter pour l’empêcher d’accomplir certains rites du pèlerinage. Bref, le pèlerinage comporte de multiples bienfaits parmi lesquels figurent le mépris de ce bas monde, l’amour du prochain, la bonté du coeur, des gestes et des propos, l’esprit de tolérance, de pardon et de conciliation, l’amour de la paix, etc. La première formule que le pèlerin doit prononcer à la vue de la Ka’ba est significative de cette aspiration à la paix : ‘‘Mon Dieu, Tu es la Paix et de Toi vient la Paix, Fais-nous un accueil de Paix’’. Ensuite, le pèlerin doit répéter constamment la formule de talbiyya qui est une réponse à l’appel de Dieu : « Me voici tout à Toi, Mon Dieu, me voici ! Tu n’as point d’associé, me voici ! A Toi la louange, la Grâce et le Royaume ! Tu n’as point d’associé ! » Ainsi grâce au pèlerinage, l’homme retrouve sa pureté et son innocence naturelles, en plus des enseignements d’ordre moral et spirituel qu’il acquiert. Le prophète (psl) a dit : « Celui qui accomplit le pèlerinage sans commettre ni immoralité ni libertinage, retourne chez lui aussi pur que le jour de sa naissance. » Cet état de pureté issu du pèlerinage est un acquis considérable que le musulman doit préserver et sauvegarder pour toujours. De plus, le pèlerinage offre au musulman non seulement l’occasion de se racheter mais aussi d’apprendre à bien se conduire, à prier pour lui-même et pour les autres, à prononcer de bonnes paroles, à s’abstenir de tout propos et de tout acte de nature agressive, obscène ou immorale, même la dispute et la contestation y sont prohibées (Coran 2.197). Selon les termes de l’article du journal, les pèlerins du Burkina, comme tant d’autres, semblent loin d’avoir compris le sens du pèlerinage. Lorsqu’on y va avec la mentalité de communard ou de commerçant, il ne faut pas s’attendre à une quelconque conversion ; de même que lorsque les loups font office de bergers auxquels on confie le troupeau, le résultat ne peut être que négatif. Aussi, peut-on remarquer beaucoup de choses à travers la terminologie des articles en question. D’une part, les concepts employés sont complètement étrangers à la culture islamique et là, on voit le degré d’acculturation dont sont victimes les musulmans. Cette acculturation, mêlée à l’ignorance, se dresse comme une muraille ou un fossé entre la religion et ses adeptes. Les expressions ‘‘véritable caverne d’Ali-Baba’’, ‘‘camp de concentration’’ sont parfaitement révélatrices d’un état d’esprit morbide, en porte-à-faux, loin des motivations sincères d’un musulman désintéressé. Je trouve scandaleux tout cela. A les entendre rouspéter, on est porté à croire qu’ils ont raté le pèlerinage. A mon avis, il aurait mieux valu porter plainte contre les coupables au lieu de dénigrer ou d’étaler en public leur linge sale. On parle d’épreuves et de souffrances, oubliant que ces souffrances pour la cause de Dieu sont des moyens expiatoires, des motifs de purification. Tout acte de culte comporte des épreuves. Ainsi en est-il du jeûne, de l’ascèse, du combat ; le pèlerinage ne fait pas l’exception ; il comporte aussi des souffrances. De toute façon, quoi qu’il arrive, on ne doit jamais appliquer des qualificatifs pareils aux lieux saints, ni à un voyage effectué pour l’amour de Dieu. Autrefois, les gens voyageaient à pied et ils affrontaient de rudes épreuves et d’indicibles souffrances qu’ils enduraient volontiers à cause du but sacré du pèlerinage. Aujourd’hui, les gens deviennent de plus en plus fragiles et exigeants. La fragilité de la foi entraîne la fragilité du corps. Peu s’en faut qu’ils exigent un salaire pour la pratique du culte ou qu’on leur ramène à domicile les lieux saints. D’autre part, on remarque que le pèlerinage devient une routine, une habitude formelle, vidée de son contenu. C’est ainsi que bon nombre de musulmans s’y rendent par tradition, pour le titre ou pour le ‘‘trabendo’’, sans en connaître les raisons, la signification profonde, les rites, les avantages spirituels, le sens du repentir et de la purification, le renouvellement du pacte avec Dieu, etc. Cela démontre qu’on vit une époque étrange ou la foi, le culte, la religion sont des notions obsolètes, reléguées au second plan.
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Au sujet du livre d’Esaïe, je maintiens ce que j’ai dit dans ma lettre du 25 Avril 1997. Il ne doit pas vous échapper que ce livre, pas plus que les autres livres de la Bible, contient des erreurs et des interpolations sans aucun rapport avec le discours et les prédictions de ce prophète. En effet, un examen attentif permet de discerner à l’évidence le désordre du texte. Nombreux sont les savants chrétiens qui reconnaissent cette réalité. Les 27 derniers chapitres de ce livre sont très vivement contestés. Seule la première partie du livre (1-39) est reconnue comme authentique. Dans le petit dictionnaire de la Bible, on peut lire ceci : « C’est dans la première partie (1-39) seulement qu’on peut reconnaître des discours remontant à la prédication du prophète du VIIIe siècle (av.JC) ; on y trouve, en effet, une série d’allusions précises aux événements politiques qui marquèrent les années 734-701, ainsi que des analogies de vocabulaires, de style et de contenu avec les oracles d’autres prophètes, en particulier Amos et Michée. Tout, dans ces chapitres, ne provient cependant pas du prophète : des matériaux très nombreux et d’origines variées ont été introduits peu à peu dans le livre, témoignant d’une suite de réinterprétations actualisantes de la parole authentique d’Isaïe. La part exacte des discours prononcés par le prophète, reste très discutée. L’attribution des chapitres 40-66 ou 40-55 à un prophète anonyme appelé ‘‘deutéro-Isaïe’’ s’est imposée. En effet, ces chapitres ont un style ample et souvent solennel, très différent de la diction brève et incisive d’Isaïe ; le vocabulaire est, dans l’ensemble, proche de celui de Jb, de certains Ps et de Jr ; le cadre historique est celui du temps de Cyrus. On situe habituellement la prédication du deutéro-Isaïe à Babylone, vers 540, peu avant la prise de la ville par Cyrus, mais il vaut mieux considérer que le prophète parle à Jérusalem. La date précise de l’activité du prophète est, elle aussi, sujette à caution. L’insistance polémique de nombreux oracles qui soulignent la légitimité de Cyrus et son choix par Yahvé (41.1-5 ; etc.) favorise une date un peu postérieure à la prise de Babylone par Cyrus. Ajoutons que l’hypothèse de l’unité substantielle d’Is 40-55 est peu tenable. On ne voit pas pourquoi ces chapitres auraient échappé aux relectures successives qui ont affecté les autres sections du livre et l’ensemble de la littérature prophétique à l’époque perse et au début de la période hellénistique. De plus en plus, on s’accorde à voir en Is 50-66 un ensemble de discours attribuables à un prophète ‘‘optimiste’’ proche d’Aggée et de Zacharie (voir 57.14-19 ; etc.) ou à celle de l’exil (63.7-64,11), le tout ayant été rassemblé et complété par un ou plusieurs rédacteur(s) postérieur(s)... C’est sans doute un rédacteur du début de l’époque perse qui a réorganisé l’ouvrage selon le plan évoqué plus haut. Désormais, le malheur dont parle le prophète est celui que vit Israël au temps du rédacteur... C’est peut-être lors de cette rédaction que les chapitres 40-66 ont été joints aux ch.1-39. La dernière rédaction de grande ampleur remonte, semble-t-il, au IVe siècle. »
Commentant le verset 64.2 du livre d’Esaïe, Adam Clarke dit : « Pour ma part, je suis enclin à croire que le texte est très corrompu en cet endroit ;...il faut lire : ‘‘comme la cire se fond au feu’’. » Le 3° verset du même chapitre est ainsi formulé : « Jamais on n’a appris ni entendu dire, Et jamais l’oeil n’a vu qu’un autre dieu que toi Fît de telles choses pour ceux qui se confient en lui. » L’énoncé de ce verset cité par Paul dans 1 Corinthiens 2.9 n’est pas du tout le même, à savoir : « Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’oeil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au coeur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. »
Le même auteur rapporte différentes opinions qu’il réfute et ajoute : « En présence de ces difficultés, je ne sais si je puis faire autre chose qu’offrir au lecteur cette désagréable alternative : ou bien de considérer le texte hébreu et les Septante comme altérés ici par les juifs de propos délibéré, -et l’on a de grands soupçons contre eux au sujet d’autres passages du Vieux Testament cités dans le Nouveau (voir le Dr Owen sur la version des Septante, secs VI-IX) ;-ou bien de considérer la citation de St Paul comme n’ayant pas été faite du livre d’Isaïe, mais de l’un ou de l’autre des deux livres apocryphes intitulés l’Ascension d’Isaïe et l’Apocalypse d’Elie, dans lesquels on a trouvé ce passage ; et quelques-uns supposent que l’Apôtre a, dans d’autres endroits, puisé dans ces livres apocryphes. Comme la première de ces deux conclusions ne sera peut-être pas admise par plusieurs, je dois franchement avertir mes lecteurs que la seconde est considérée par Jérôme comme très peu moins grave qu’une hérésie. »
Le verset 40.5 du même livre dit : « Alors la gloire de l’Eternel sera révélée, Et au même instant toute chair verra que la bouche de l’Eternel a parlé. » La version grecque dit : « et toute chair verra le salut de notre Dieu, car la bouche de l’Eternel l’a dit. » Adam Clarke déclare : « Je crois que la leçon grecque est la plus correcte. Le texte hébraïque a dû être mutilé à une époque fort ancienne, avant les versions chaldéenne, latine, et syriaque. Ce passage se trouve dans toutes les copies de la version grecque, et dans Luc chapitre III ; cependant je possède un MS. très ancien dans lequel ce verset manque entièrement. »
Si l’on tient compte des erreurs de la Bible -dont je n’ai signalé qu’une partie infime jusqu’à maintenant- il ne fait pas de doute qu’on n’osera plus l’utiliser comme moyen de preuve dans notre débat. Sachant toutefois que la Bible contient la parole de Dieu, bien qu’elle soit altérée, je m’y prends avec les mêmes procédés d’orpaillage que les chercheurs d’or dans un minerai afin d’en extraire la quintessence, soit la vérité. Dans ma lettre précitée, je vous ai signalé les répétitions entre les chapitres 36, 37, 39 d’Esaïe et les chapitres 18, 19 et 20 de 2Rois. Il existe, par ailleurs, beaucoup d’erreurs du même genre dont je n’ai pas parlé du fait que le contexte ne s’y prêtait pas et aussi n’ayant pas voulu vous embarrasser.
Il en est ainsi du chapitre 52 de Jérémie qui n’est autre que 2R 24.18, 25.1-30.
De même que 2Samuel 22 est une répétition du Psaume 18.
Esdras 1.1-3 est une reproduction de 2Ch.36.22-23
Esdras 2 est littéralement le même que Néhémie 7.6-72
Proverbes 14.12 est une répétition de Proverbes 16.25 ; de même que 28.12 est une répétition de 28.28 du même livre.
En outre, il y a beaucoup de ressemblances entre le livre de Jonas et ceux de Jérémie et Ezéchiel dont il reprend les mêmes développements. Pour toutes ces raisons, je n’ai pas jugé utile de commenter Esaïe 53 car ce qui est douteux ne peut servir de témoignage digne de confiance. Le texte en question semble participer d’une habile manoeuvre d’adaptation à la doctrine paulienne.
Il est en effet peu probable que le prophète Isaïe soit l’auteur d’un chapitre en pleine contradiction non seulement avec des versets de l’Ancien et du Nouveau Testaments, mais aussi avec d’autres passages du même prophète. En bref, j’essaierai de vous expliquer cette réalité de sorte que vous puissiez vérifier vous-même : Quels sont en fait les traits saillants d’Esaïe 53 et de qui parle-t-il ? Il parle d’un personnage d’un aspect désagréable, qui n’avait ni beauté ni éclat pour attirer les regards. Ce personnage dédaigné et méprisé a pourtant porté les souffrances et les douleurs de ses contempteurs en se livrant lui-même à la mort. Dieu l’a humilié, frappé et brisé pour les péchés et les iniquités des autres. Ses meurtrissures ont entraîné la guérison du peuple. Il a livré sa vie en sacrifice pour le péché et il n’a point ouvert la bouche. On a mis son sépulcre parmi les méchants et son tombeau parmi les riches. Ce juste serviteur que Dieu a brisé par la souffrance justifiera beaucoup d’hommes et se chargera de leurs iniquités.
D’après les chrétiens, ces prophéties s’appliquent à Jésus dans la mesure où il est question de souffrances, de sacrifice, de rémission des péchés par le sang, etc. Il est vrai que ces prophéties correspondent aux enseignements des Evangiles selon lesquels Jésus s’est sacrifié pour nos péchés (Ga 1.4 ; Rm 5.9 ; He 9.14 ; Tite 2.14 ; 1P 2.24). Paul et les Evangélistes qui ont adopté ses théories soulignent que le sang de Jésus était nécessaire car sans effusion de sang, il n’y a ni pardon ni purification (He.9.22 ; 13.12 ; 1Co 1.30 ; Ep.1.7 ; 1Jn 1.7). Laissant de côté le Coran qui est fondamentalement opposé à ces dogmes, je me contenterai de les examiner simplement à la lumière des Ecritures de la Bible.
Pour commencer, je dois souligner l’inconvenance d’appliquer à Jésus l’aspect désagréable du personnage de la prophétie qui n’avait ni beauté, ni éclat. En réalité, Jésus était un homme extrêmement beau physiquement et moralement et il ne pouvait être autrement, s’agissant du Verbe et de l’Esprit de Dieu. Jésus est l’enfant qualifié d’admirable par Esaïe lui-même (Es 9.5).
La prophétie précise que cette personne s’est livrée elle-même à la mort, alors que d’après les Evangiles, Jésus ne s’est pas livré lui-même. Bien au contraire, il fut dénoncé par Judas, arrêté et conduit contre son gré au Sanhédrin [1], : « Ils allèrent ensuite dans un lieu appelé Getshémané, et Jésus dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je prierai. Il prît avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à éprouver de la frayeur et des angoisses. Il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta contre terre, et pria que, s’il était possible, cette heure s’éloignât de lui. Il disait : Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mc 14.32-37)
« La cohorte, le tribun, et les huissiers des juifs, se saisirent alors de Jésus et le lièrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là. » (Jn 18.12-13)
« Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’environ un jet de pierre, et, s’étant mis à genoux, il pria, disant : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Etant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. Après avoir prié, il se leva, et vint vers les disciples, qu’il trouva endormis de tristesse... » (Lc 22.41-46) L’état de crispation et d’angoisse de Jésus au moment de son arrestation a conduit certains auteurs à s’interroger sur la nature de la coupe que Jésus avait prié Dieu d’écarter de lui, évoquant ‘‘le courage avec lequel d’autres braves hommes affrontaient la mort dans toutes ses formes barbares’’. La panique dont Jésus fut saisi paraît peu compatible avec les qualités particulières d’un messager doté de l’Esprit et de la puissance de Dieu.
L’expression : ‘‘il n’a point ouvert la bouche’’ est mentionnée deux fois dans la prophétie. Cependant, les Evangiles nous apprennent que Jésus a poussé des cris de douleurs et de détresse sur la croix : « Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, dirent : Il appelle Elie. Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge, qu’il remplit de vinaigre, et, l’ayant fixé à un roseau, il lui donna à boire. Mais les autres disaient : Laisse, voyons si Elie viendra le sauver. » (Mt 27.46-49 ; Mc 15.34)
La prophétie laisse entendre que ce personnage, supposé être Jésus, était mort pour les iniquités, les péchés de beaucoup d’hommes, plus précisément : ‘‘pour les péchés de mon peuple’’, c’est-à-dire les péchés ou les iniquités du peuple juif seulement et non pas pour le salut et la Rédemption de tous les hommes comme l’affirment les Evangiles :
« car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation ; » Ap 5.9
« Sachez donc, hommes frères, que c’est par lui que le pardon des péchés vous est annoncé.. » Ac 13.38
Paul précise que même les méchants et les injustes y compris les idolâtres et ceux qui ont commis des crimes crapuleux, en furent lavés, sanctifiés et justifiés : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n’hériteront le royaume de Dieu. Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous. Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus Christ, et par l’Esprit de notre Dieu. » 1Co 6.9-11
« Dieu, en effet, n’a pas envoyé son fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Jn 3.17
« que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés... » Ga 1.3-4
« en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité... » Tite 2.13-14
Esaïe lui-même a dit que les méchants et les injustes sont exclus du salut éternel et ils subiront le châtiment qu’ils méritent. Il serait donc en contradiction avec lui-même si l’on tient compte des propos contenus dans le chapitre 53 :
« Il n’y a point de paix pour les méchants, dit l’Eternel » Es 48.22
« Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d’iniquités, A la race des méchants, aux enfants corrompus ! » Es 1.4
« Je punirai le monde pour sa malice, Et les méchants pour leurs iniquités ; je ferai cesser l’orgueil des hautains, Et j’abattrai l’arrogance des tyrans » Es 13.11
La prophétie est aussi en contradiction avec d’autres Livres de l’Ancien Testament où il est précisé que chacun meurt pour son péché :
« Faire mourir le juste pour le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir ! loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? » Gn 18.25
« Car quiconque fait ces choses, quiconque commet une iniquité, est en abomination à l’Eternel, ton Dieu » Dt 25.16
« On ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l’on ne fera point mourir les enfants pour les pères ; mais on fera mourir chacun pour son péché. » 2R 14.6 ; 2Ch 25.4
« Il ne laisse pas vivre le méchant, Et il fait droit aux malheureux. Il ne détourne pas les yeux de dessus les justes, Il les place sur le trône avec les rois,... » Job 36.6,7
« Le méchant est pris dans ses propres iniquités, « Il est saisi par les liens de son péché. » Pr 5.22
« Mais si un homme a un fils qui voie tous les péchés que commet son père, qui les voie et n’agisse pas de la même manière ; si ce fils ne mange pas sur les montagnes et ne lève pas les yeux vers les idoles de la maison d’Israël, s’il ne déshonore pas la femme de son prochain, s’il n’opprime personne, s’il ne prend point de gage, s’il ne commet point de rapines, s’il donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, s’il détourne sa main de l’iniquité, s’il n’exige ni intérêt ni usure, s’il observe mes ordonnances et suit mes lois, - celui-là ne mourra pas pour l’iniquité de son père ; il vivra. C’est son père qui a été un oppresseur, qui a commis des rapines envers les autres, qui a fait au milieu de son peuple ce qui n’est pas bien, c’est lui qui mourra pour son iniquité » Ez 18.14-18
« L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père, et le père ne portera pas l’iniquité de son fils. La justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui » Ez 18.20
« Et vous verrez de nouveau la différence Entre le juste et le méchant, Entre celui qui sert Dieu Et celui qui ne le sert pas. » Ml 3.18
Dieu est Clément et Miséricordieux. Il a promis de pardonner aux pécheurs qui reconnaissent leurs fautes et reviennent à Lui. Or, la prophétie ne tient pas compte de la Grâce que Dieu peut répandre à toutes Ses créatures sans contrepartie et sans condition aucune. C’est pourtant Esaïe qui annonce la bonne nouvelle de la Grâce divine accordée de manière inconditionnelle et sans aucun sacrifice :
« Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; S’ils sont rouges comme le pourpre, ils deviendront comme la laine. » Es 1.18
« Que le méchant abandonne sa voie, Et l’homme d’iniquités ses pensées ; Qu’il retourne à l’Eternel, qui aura pitié de lui, A notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner. » Es 55.7
« Mais la bonté de l’Eternel dure à jamais pour ceux qui le craignent, Et sa miséricorde pour les enfants de leurs enfants, Pour ceux qui gardent son alliance, Et se souviennent de ses commandements, afin de les accomplir » Ps 103.17-18
Le Nouveau Testament fait état des péchés non pardonnés et dont les coupables rendront compte devant Dieu :
« C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils tueront les uns et persécuteront les autres, afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le temple ; oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. » Lc 11.49-51
« le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux, et réserver les injustes pour être punis au jour du jugement, ceux surtout qui vont après la chair dans un désir d’impureté et qui méprisent l’autorité. Audacieux et arrogants, ils ne craignent pas d’injurier les gloires, tandis que les anges, supérieurs en force et en puissance, ne portent pas contre elles de jugement injurieux devant le Seigneur. Mais eux, semblables à des brutes qui s’abandonnent à leurs penchants naturels et qui sont nées pour être prises et détruites, ils parlent d’une manière injurieuse de ce qu’ils ignorent, et ils périront par leur propre corruption, recevant ainsi le salaire de leur iniquité. Ils trouvent leurs délices à se livrer au plaisir en plein jour ; hommes tarés et souillés, ils se délectent dans leurs tromperies, en faisant bonne chère avec vous. Ils ont les yeux pleins d’adultère et insatiables de péché ; ils amorcent les âmes mal affermies ; ils ont le coeurs exercé à la cupidité ; ce sont des enfants de malédiction. » 2P 2.9-15
« Et j’entendis du ciel une autre voix qui disait : Sortez du milieu d’elle (Babylone), mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n’ayez point de part à ses fléaux. Car ses péchés se sont accumulés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités. » Ap 18.4-5
Jésus a annoncé que le pardon des péchés n’est nullement subordonné au sacrifice mais à d’autres critères, tels par exemple la foi en Dieu, l’observance de Ses commandements, la prière, le repentir, le pardon aux autres, etc. :
« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Mt 6.14-15
Avec la foi, on peut faire des miracles, affirme Jésus : « Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne : ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son coeur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir... Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Mc 11.23-26
La conversion et le repentir sont également des conditions de rémission des péchés :
« Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés... » Ac 3.19
« Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène point à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère, il la donnera à ceux qui commettent un péché qui ne mène point à la mort. Il y a un péché qui mène à la mort. » 1Jn 5.16
Selon les mêmes enseignements, la confession des péchés n’est pas moins une cause de guérison et de pardon : « Confessez donc vos péchés les uns les autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. » Jc 5.16
« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. Si nous disons que nous n’avons pas de péchés, nous le faisons menteur, et sa parole n’est point en nous. » 1Jn 1.9-10
De même qu’il a annoncé que certains péchés ne seront jamais pardonnés :
« C’est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. » Mt 12.31-32 ; Mc 3.29
« Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. » Mt 5.19
« Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Mt 19.23-24
« Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugle, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. C’est pour cela que votre péché subsiste. » Jn 9.41
« Si je n’étais pas venu et que je ne leur eusse point parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont aucune excuse de leur péché... Si je n’avais pas fait parmi eux des oeuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils les ont vues, et ils ont haï et moi et mon Père. » Jn 15.22-24
« N’impose les mains à personne avec précipitation, et ne participe pas aux péchés d’autrui ; toi-même, conserve-toi pur... Les péchés de certains hommes sont manifestes, même avant qu’on les juge, tandis que chez d’autres ils ne se découvrent que dans la suite. » 1Tm 5.22-24
« Eloigne-toi de ces hommes-là. Il en est parmi eux qui s’introduisent dans les maisons, et qui captivent des femmes d’un esprit faible et borné, chargées de péchés, agitées par des passions de toute espèce, apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité. » 2Tm 3.6,7
« Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire : Aujourd’hui ! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. » He 3.13
« Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n’ayant qu’un oeil, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans le feu de la géhenne. » Mt 18.7-9
« Le fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité : et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur père. » Mt 13.41-43
« Et il leur répondra : je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. » Mt 25.45-46
Si la mort de Jésus sur la Croix devait entraîner la Rédemption du genre humain, quel sens faut-il donner à ces enseignements lesquels sont en totale opposition avec la prophétie d’Esaïe 53 ?
Comment concilier tous ces versets qui annoncent clairement que nul ne sera puni pour un péché qu’il n’a pas commis, ni pardonné à cause des bonnes oeuvres ou des souffrances de l’autre, que la récompense des justes et le châtiment des méchants découlent d’une loi immuable et conforme à la justice divine ; comment les concilier avec les théories de la Rédemption perpétuelle obtenue grâce au sang de Jésus ? Il suffit de bien réfléchir sur ces versets pour saisir l’énorme extravagance de la doctrine paulienne.
De plus, il faut noter que le texte d’Esaïe 53 découvert dans les grottes de la mer Morte (Qumrân) en 1948 comporte quelques différences par rapport au texte de la Bible. [2] Quoi qu’il en soit et même dans l’hypothèse où le prophète Esaïe (psl) serait l’auteur de ce chapitre, il n’en demeure pas moins certain qu’il eût été l’objet de manipulations ayant modifié le sens dans le dessein de le faire concorder avec les dogmes de la crucifixion, de la résurrection et de la Rédemption sur lesquels repose le Christianisme. Dans ce contexte, il est important de signaler que divers documents furent découverts dans la mer Morte, d’où il ressort que les sectaires de Qumrân attendaient deux Messies et un prophète. Sans doute, comme l’a bien remarqué le docteur William Campbell, l’expression ‘‘deux Messies’’ peut-elle s’appliquer aux deux périodes de la mission de Jésus, le seul Messie ; quant aux souffrances dont fait état la prophétie, il s’agit des souffrances morales infligées à Jésus par les juifs. Soit, mais qui est, en dehors de Mohammed, ce prophète que les juifs continuaient à attendre après l’avènement de Jésus ? Avant de répondre à cette question, reportons-nous à d’autres textes non moins importants : Dans le manuel de discipline, on peut lire ceci : « Quand ces choses arriveront à la communauté d’Israël, ces règles les sépareront de l’assemblée des hommes de l’erreur et ils iront dans le désert préparer la voie du Seigneur, comme il est écrit : ‘‘Dans le désert, préparez la voie du Seigneur, dans la steppe aplanissez un chemin pour Dieu’’ p.344 » [3]Le document précise que les membres de cette secte devaient quitter le lieu où ils étaient établis pour aller s’installer dans le désert afin de préparer le chemin du Seigneur. Quel est donc ce désert mentionné par Esaïe et repris dans ce document ? Il s’agit bel et bien du désert d’Arabie où des juifs s’installèrent dans l’attente du prophète annoncé. Il est indéniable que Jésus fut l’objet de nombreuses prophéties car il représente un personnage clé dans l’histoire de l’humanité. Néanmoins, le fait de ramener toutes les prophéties bibliques à un seul personnage semble relever d’un égocentrisme obsessionnel peu conforme à la raison. Les prophéties d’Esaïe concernant Jésus sont exprimées en termes clairs et sans équivoque, exemple : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule ; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » Es 9.5
« Puis un rameau sortira du tronc d’Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines. L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et d’intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel. Il respirera la crainte de l’Eternel ; Il ne jugera point sur l’apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire. Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture sur les malheureux de la terre ; Il frappera la terre de sa parole comme d’une verge, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins. » Es 11.1-5
« Car de Jérusalem il sortira un reste, et de la montagne de Sion des réchappés. » Es 37.32
« Un rédempteur viendra pour Sion, Pour ceux de Jacob qui se convertiront de leurs péchés. » Es 59.20
« L’Esprit du Seigneur, l’Eternel, est sur moi, Car l’Eternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance ; Pour publier une année de grâce de l’Eternel, Et un jour de vengeance de notre Dieu ; Pour consoler tous les affligés ; Pour accorder aux affligés de Sion, Pour leur donner un diadème au lieu de la cendre, Une huile de joie au lieu du deuil, Un vêtement de louange au lieu d’un esprit abattu. » Es 61.1-3
« Voici, mon serviteur prospérera ;
Il montera, il s’élèvera, il s’élèvera bien haut.
De même qu’il a été pour plusieurs un sujet d’effroi,
Tant son visage était défiguré,
Tant son aspect différent de celui des fils de l’homme,-
De même il sera pour beaucoup de peuples un sujet de joie ;
Devant lui des rois fermeront la bouche ;
Car ils verront ce qui ne leur avait point été raconté,
Ils apprendront ce qu’ils n’avaient point entendu. » Es 52.13-15
Par souci d’objectivité, j’ai reproduit cette dernière prophétie sur l’authenticité de laquelle j’émets de sérieuses réserves. Considérant le style et le contenu de ces derniers versets, décousus et sans lien avec les versets précédents du même chapitre, il y a tout lieu de croire qu’ils procèdent de la même manoeuvre d’adaptation que celle ayant affecté le chapitre 53 dont il est la suite.
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Quant à la prophétie d’Esaïe 42, elle comporte beaucoup de signes correspondant au prophète Mohammed (psl). Je reconnais que Jésus est, lui aussi, qualifié de serviteur de Dieu et que le mot ‘‘fils’’ n’a qu’un sens métaphorique. Mais il ne faut pas oublier que Jésus est l’Esprit de Dieu, de même qu’il est la Parole de Dieu. Or, la prophétie ne parle ni de l’Esprit ni de la Parole de Dieu. Elle parle d’un serviteur sur lequel, Dieu a mis son Esprit. La mise de l’Esprit sur ce serviteur est une incidence, un événement contingent, créé. En revanche, l’Esprit par rapport à Jésus est une chose innée, naturelle. S’il s’agissait de Jésus, Dieu aurait dit : Voici mon Esprit ou Voici mon Verbe et Il n’aurait nullement besoin de mettre son Esprit sur lui parce que Jésus était déjà formé d’Esprit. Jésus a dit : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. »Jn 3.6-7
Ce serviteur « annoncera la justice aux nations ». Le mot ‘‘justice’’ implique des lois et des règles destinées à régir les rapports humains. Il ne saurait y avoir de justice sans qu’il existe des lois et des règles qui la définissent et qui indiquent ce qui est permis et ce qui est prohibé, de manière à appliquer cette justice. Le Message de Jésus n’est rien de plus qu’un code moral, venant compléter une loi (la Torah) qui existait déjà. Le Coran constitue, par contre, un code de lois nouvelles annonçant la justice aux nations, aux mondes.
« Il ne criera point, il n’élèvera point la voix, Et ne la fera point entendre dans les rues » Es 42.2
Ibnu Kathir rapporte dans son Tafsir (commentaire du Coran) les propos de Ata’ b.Yaçar lequel déclare avoir rencontré Abdullah b. Amr b. al-’As et l’avoir interrogé sur les qualités du messager de Dieu mentionnées dans la Torah. Il répondit en jurant par Allah que le messager était décrit dans la Torah par les mêmes qualités que lui donne le Coran dans le verset (33.45) : « O prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur. », Tu es mon serviteur et mon messager ; ton nom est ‘‘celui qui se confie’’, ni rude, ni brusque, ni bruyant dans les marchés. Il ne rend pas le mal pour le mal mais il pardonnera et oubliera ; Dieu ne le reprendra pas avant qu’il ait rendu droit l’espèce tordue de sorte que les gens déclareront qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et qu’il ouvre ainsi les yeux des aveugles, les oreilles des sourds et les coeurs scellés. Ata’ déclare : « j’ai rencontré ensuite Ka’b et l’ai interrogé sur cela. Il a donné le même récit sans la différence d’un iota sauf que Ka’b a prononcé dans sa langue (en hébreux) les mots : coeurs scellés, oreilles sourdes, yeux aveugles ».
« Il ne se découragera point et ne se relâchera point, Jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur la terre ». Le ministère de Jésus n’a duré que trois ans ; cette période n’est pas assez longue pour que l’on puisse parler de relâchement ou de découragement, bien qu’il eût lui aussi rencontré d’énormes difficultés dans sa mission. Mohammed a prêché le message pendant vingt trois ans sans relâche et sans découragement malgré les rudes épreuves qu’il subît. A sa mort, le message de l’Islam était en passe d’atteindre les extrémités de la terre. « Chantez à l’Eternel un cantique nouveau, Chantez ses louanges aux extrémités de la terre, Vous qui voguez sur la mer et vous qui la peuplez, Iles et habitants des îles ! Que le désert et ses villes élèvent la voix ! Que les villages occupés par Kédar élèvent la voix ! Que les habitants des rochers tressaillent d’allégresse ! Que du sommet des montagnes retentissent des cris de joie ! Qu’on rende gloire à l’Eternel, Et que dans les îles on publie ses louanges ! » Es 42.10-12 Le cantique nouveau est le Coran. Il est psalmodié partout dans le monde, jusqu’aux extrémités de la terre. Le désert est le désert d’Arabie ; les îles sont celles formant la péninsule arabique. Kédar est le fils d’Ismaël, ancêtre du prophète Mohammed. La mention de kédar recouvre et confirme trois réalités : le message, le lieu et le messager. Le message étant le Coran (le cantique nouveau) ; le lieu est l’Arabie, désignée par les terme désert, îles ; le messager est Mohammed, descendant de Kédar.
« Je ferai marcher les aveugles sur un chemin qu’ils ne connaissent pas... Je changerai devant eux les ténèbres en lumière. » Es.42.16
Le peuple insensé, aveugle fut bel et bien le peuple arabe avant d’être guidé vers la lumière, le savoir et la gloire de l’Islam. Parce que ce sont eux, les Arabes
« qui se confient aux idoles taillées... qui disent aux idoles de fonte : Vous êtes nos dieux ! » Es 42.17
Ce sont eux « la nation insensée » que Dieu a juré de promouvoir pour exciter la jalousie des juifs. Cf. Dt 32.21
« Qui est aveugle sinon mon serviteur, Et sourd comme mon messager que j’envoie ? Qui est aveugle comme l’ami de Dieu, Aveugle comme le serviteur de l’Eternel ? » Es 42.19
De toute évidence, la prophétie vise un messager qui ne sait ni lire ni écrire. Jésus n’était pas illettré ; il est appelé « Esprit de sagesse et d’intelligence » Es 11.2. De ce fait, il ne pouvait être qualifié ni d’aveugle ni de sourd « Il (Jésus) se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. L’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il était écrit : l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres... » Lc 4.17-18.
Par contre, Mohammed était illettré, le Coran le qualifie comme tel : « Ceux qui suivent le messager, le prophète illettré qu’ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l’Evangile » 7.157
« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit (le Coran) provenant de notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi ; mais nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui nous voulons parmi nos serviteurs. » 42.52
L’histoire a aussi témoigné ainsi que les contemporains de Mohammed, tant bien ses amis que ses ennemis, qu’il ne savait ni lire ni écrire. Ce serviteur aveugle et sourd est l’ami de Dieu. Ce qualificatif s’applique également à Mohammed. Jésus est sans doute plus qu’un ami par rapport à Dieu. Le titre d’ami de Dieu ne peut s’appliquer au verbe ni à L’Esprit de Dieu. A l’instar d’Abraham et de Moïse, Mohammed est l’ami de Dieu. Et comment ne soit-il pas ainsi dès lors que Dieu accorde son amour à ceux qui le suivent :
« Dis : si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés » 3.31
Dieu lui a déclaré son amour à plusieurs reprises par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Lors du voyage céleste, tous les anges qu’il avait rencontrés l’ont appelé ainsi et Dieu aussi l’a appelé : ‘‘Mon ami’’. « Tu as vu beaucoup de choses, mais tu n’y as point pris garde ; On a ouvert les oreilles, mais on n’a point entendu. L’Eternel a voulu, pour le bonheur d’Israël, Publier une loi grande et magnifique. » Es 42.20-21
Ces derniers versets s’adressent aux juifs. Dieu a voulu les sauver par cette loi grande et magnifique qui n’est autre que le Coran, étant entendu que l’Evangile, encore une fois, n’est pas une loi ; on peut l’assimiler à un réquisitoire supplétif après tant de réquisitoires adressés aux juifs. Tandis que le Coran représente une loi -grande et magnifique- au sens propre et juridique du terme. Mais en dépit du fait qu’ils l’ont vue et entendue, ils n’y ont pas cru et ne l’ont pas suivie. C’est sur cette même loi et son impact sur les îles qu’Esaïe a prophétisé en d’autres occasions :
« Car la loi sortira de moi, Et j’établirai ma loi pour être la lumière des peuples, Ma justice est proche, mon salut va paraître, Et mes bras jugeront les peuples ; Les îles espéreront en moi, Elles se confieront en mon bras. » Es 51.4-5
« Car les îles espèrent en moi » Es 60.9
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Concernant la parabole de la vigne, il me semble que vous n’avez pas bien compris ni le sens du texte ni le commentaire de cette parabole. En bref, cette parabole s’explique par le fait que les juifs, en tant que dépositaires de la Parole de Dieu, n’ont pas respecté les conditions du dépôt. Au lieu de préserver son intégrité, de s’y conformer et de la faire connaître aux gens, ils l’ont falsifiée, violée et dissimulée pendant des siècles. Il a fallu que Jésus vienne pour débloquer la situation et diffuser les Ecritures. Dieu leur retira cette mission qu’Il confia aux arabes. Pour ce faire, il chargea Jésus de leur annoncer ou de leur notifier cette décision. Ainsi se résume la Parabole de la vigne. Les termes ‘‘un fils bien-aimé’’... ‘‘le dernier’’...‘‘l’héritier’’ ne contredisent pas mes propos. Bien au contraire, ces termes expliquent que ce fils bien-aimé, l’héritier fut pris à partie par les vignerons ( les juifs) parce qu’ils voulaient s’emparer de l’héritage pour de bon. Dieu envoya aux juifs une multitude de prophètes afin de leur rappeler les termes de l’Alliance mais sans succès. Les prophètes furent battus, lapidés, tués, etc.
« Les vignerons, s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre et lapidèrent le troisième. Il envoya encore d’autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers ; et les vignerons les traitèrent de la même manière. Enfin, il envoya vers eux son fils, en disant : Ils auront du respect pour mon fils. Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. » Mt 21.34-40 ; Mc 12.2-9 ; Lc 20.10-15
Mais en fait, pourquoi Dieu leur a-t-Il envoyé ‘‘son fils bien-aimé’’, ‘‘le dernier’’ ? C’est pour leur dire que vous n’êtes plus aptes à assumer la fonction de chargés de mission, c’est-à-dire de dépositaires de la Parole Divine ; à ce sujet, Jésus s’est exprimé clairement et sans détour : « C’est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. » Mt 21.43 En même temps, reprenant les prédictions de Jean Baptiste (Mt 3.1-3), Jésus se mit à prêcher l’approche du royaume de Dieu qui sera enlevé aux juifs et donné à une autre nation : « Dès ce moment, Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » 4.17, 23 ; Mc 1.15
Et il envoya ses disciples prêcher la bonne nouvelle du royaume de Dieu :
« Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche. » Mt 10.7-8 ; Lc 9.1-2 ; 10.9-10
Auparavant, huit siècles avant Jésus-Christ, le prophète Esaïe a parlé de l’échec de la maison d’Israël symbolisée par la vigne :
« Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres, et y met un plant délicieux ; Il bâtit une tour au milieu d’elle, Et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu’elle produirait de bons raisins, Mais elle en a produit de mauvais. Maintenant donc, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, Soyez juges entre moi et ma vigne ! Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais ? Je vous dirai maintenant ce que je vais faire à ma vigne. J’en arracherai la haie, pour qu’elle soit broutée ; J’en abattrai la clôture, pour qu’elle soit foulée aux pieds. Je la réduirai en ruines ; elle ne sera plus taillée, ni cultivée ; Les ronces et les épines y croîtront ; Et je donnerai mes ordres aux nuées, afin qu’elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle. La vigne de l’Eternel des armées, c’est la maison d’Israël, Et les hommes de Juda, c’est le plant qu’il chérissait. Il avait espéré de la droiture, et voici du sang versé ! De la justice, et voici des cris de détresse ! Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison (l’implantation de colonies), Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! » Es 5.1-8
Qu’en est-il de la pierre principale de l’angle ? La parabole de la pierre de l’angle est citée avant et après celle du transfert du royaume de Dieu à une nation qui en rendra les fruits. Donc, la pierre de l’angle est à rechercher dans les termes de cette même parabole. Examinons les termes de la parabole : « Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle ; c’est du Seigneur que cela est venu,et c’est un prodige à nos yeux ? C’est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. Celui qui tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera sera écrasé. » Mt 21.42-44 Si on veut élargir le champ d’analyse, on doit émettre trois hypothèses pour savoir à laquelle des trois s’applique la pierre principale de l’angle. La parabole contient trois données essentielles à savoir : le royaume de Dieu, Jésus, la nation qui en rendra les fruits. La pierre principale de l’angle vise nécessairement l’une de ces trois données qu’on doit examiner une à une :
1° le royaume de Dieu : Le royaume de Dieu étant le Message contenant Ses enseignements et Sa loi. Les juifs, qualifiés de bâtisseurs dans la parabole, ont effectivement rejeté aussi bien l’Evangile que le Coran. Pour pousser plus loin la recherche, on doit s’interroger : lequel des deux messages est devenu la pierre principale de l’angle ? Il est évident que les deux Livres viennent de Dieu et les deux sont des prodiges. Mais lequel des deux a écrasé ou écrasera celui sur qui il tombe et qui s’est brisé ou se brisera du fait de tomber ou d’être tombé dessus ? Quand on se réfère aux textes des deux Livres, on constate que le Coran s’attaque aux juifs beaucoup plus que l’Evangile. Et l’hostilité des juifs contre le Coran est beaucoup plus déclarée et plus cruelle que leur hostilité envers l’Evangile. De même que l’histoire nous enseigne que le conflit entre juifs et Arabes est né avec la révélation du Coran. Ce conflit est beaucoup plus grave et plus sanglant que les dissensions judéo-chrétiennes. On peut en conclure que c’est le Coran et non l’Evangile qui est tombé sur les juifs, comme ils sont eux aussi tombés sur le Coran.
2° Jésus : Il est vrai que les juifs ont rejeté Jésus. Mais est-ce que ce rejet leur a causé un malheur quelconque au point où l’on peut parler de bris ou d’écrasement comme le précise la prophétie ? La réponse est : Non. D’après la Bible, Jésus le rejeton d’Isaï, le reste de Jérusalem, est au contraire ‘‘ le Rédempteur d’Israël’’, ‘‘ le Roi des juifs’’, ‘‘ le Sauveur du monde’’. Là aussi, on arrive facilement à la conclusion suivante : la pierre principale de l’angle qui écrase ceux sur qui elle tombe ne peut pas symboliser Jésus le messager de l’amour,‘‘ le Sauveur’’, ‘‘ le prince de la paix’’. De plus, en précisant que ‘‘c’est une merveille à nos yeux’’, Jésus ne semble pas inclus dans l’événement.
3° La nation qui rendra les fruits : Il serait superflu de s’étendre sur l’explication du transfert du royaume de Dieu, c’est-à-dire Son message contenant Sa loi et Ses enseignements à la nation arabe qui en a produit les fruits. Car dès l’aube de l’Islam, les Arabes se sont employés à en porter la nouvelle partout où ils pouvaient se rendre. En peu de temps, l’Islam connut un essor considérable. Certaines caractéristiques de la pierre semblent correspondre à la nation arabe. La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la principale de l’angle. La nation arabe a été rejetée et méprisée par les juifs. Cette idée s’est enracinée dans les moeurs juives depuis que Sara a incité Abraham à chasser Agar (la servante égyptienne) et son fils Ismaël. (Gn 21.8-12). Dans une autre parabole, Jésus a dit que « le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne... ». Il conclut la parabole en expliquant comment les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers (Mt 20.1-16). Cette nation rejetée devient une nation importante, la pierre de l’angle. Elle est la communauté du juste milieu, éloignée des extrêmes, autrement dit : centrale, angulaire (Coran 2.143). Le mot prodige cité par la parabole trouve son explication dans l’expansion rapide de l’Islam. Il s’agit en effet d’un miracle reconnu comme tel par les juifs mêmes. Sans le soutien de Dieu, l’Islam n’aurait pas remporté ce succès : « C’est du seigneur que cela est venu » précise la parabole. Lorsque la nation arabe était dans la bonne voie, fidèle à sa religion, la victoire était toujours de son côté. Mais depuis qu’elle s’est éloignée de l’Islam, elle est tombée en disgrâce. L’Islam a fait de cette nation une grande puissance qui a triomphé et qui triomphera de ses ennemis si elle revient à lui. Ceux qui voudraient l’attaquer se heurteront à l’échec, s’y briseront. La pierre principale de l’angle symbolise cette nation qui a été rejetée et méprisée. Il résulte de cette brève analyse que la métaphore de la pierre principale de l’angle ne s’applique pas à Jésus. Jésus a prédit des événements importants qui allaient se produire après lui. Et comme étant le principal témoin et le principal annonciateur de ces événements, il devra les confirmer un jour, d’où les raisons de son retour. L’approche du royaume de Dieu ou des cieux, le transfert de ce royaume à une nation qui en rendra les fruits, le Paraclet, l’Esprit de vérité, sont des événements que Jésus (psl) a annoncés avec insistance afin de préparer le monde et en particulier les fils d’Israël à leur réalisation. C’est pourquoi il dit à ses disciples : « N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche. » Mt 10.5-8 ; Lc 9.2 ; 10.9 Il s’agit incontestablement du message de l’Islam, du Coran et du prophète Mohammed (psl). Les termes : ‘‘un fils bien-aimé’’, ‘‘mon fils’’, ‘‘le dernier’’ s’appliquent évidemment à Jésus. Effectivement, il est le dernier prophète aux juifs et le sceau de la Torah, c’est-à-dire la fin de la Loi juive. Le fait qu’il soit le dernier prophète juif, envoyé aux siens et que son message marque la fin de la Torah, cela ne veut pas dire qu’il a clôturé l’activité prophétique ou que la porte du ciel s’est fermée après lui. Jésus n’a jamais dit cela et beaucoup de Chrétiens reconnaissent cette vérité. [4] Bien au contraire, il a signalé la venue d’un messager après lui et surtout le transfert du royaume de Dieu qui était dans la maison d’Israël à une nation qui en rendra les fruits. Il a comparé le royaume de Dieu à une vigne que les premiers ouvriers ont mal entretenue et ils n’en ont pas rendu les fruits. Dieu, le Maître de la maison, s’est vu donc obligé d’embaucher d’autres ouvriers plus aptes à accomplir ce travail selon Sa volonté. Jésus a proposé à deux reprises la parabole de la vigne, déjà évoquée par Esaïe, dont les ouvriers devaient être licenciés et remplacés et c’est ainsi que les derniers ouvriers sont devenus les premiers et les premiers sont devenus les derniers. Il a donc notifié aux fils d’Israël la fin de leur ministère, la fin de la prophétie en signalant que cette mission sera confiée à une autre nation. Ces paroles on ne peut plus claires concernent le transfert du mandat prophétique de la maison d’Isaac à la maison d’Ismaël et ce, conformément à la promesse que Dieu a faite à Abraham et à chacun de ses deux fils. Jésus est donc le principal acteur et le principal témoin de ces événements. Si Dieu a voulu le garder vivant et s’Il projette de l’envoyer une deuxième fois en mission sur la terre, c’est avant tout pour expliquer à l’humanité et en particulier aux Chrétiens la véracité du Coran et de la mission du prophète Mohammed comme il l’avait prédit. Vous pouvez mettre des années à étudier et à réfléchir sur ces prophéties et ces paraboles, vous pouvez y appliquer les interprétations que vous voudriez, vous pouvez prendre n’importe quelle idée comme postulat fondamental, en conséquence, vous ne pourrez pas ne pas aboutir à ces conclusions car la vérité, malgré nous, doit toujours remonter à la surface.
Pendant que j’écrivais ces lignes, j’ai reçu votre courrier du 30 Septembre dernier et je fus surpris d’apprendre la suspension de nos échanges. Je dois vous exprimer mes regrets pour tous les ennuis que vous avez eus à cause de moi et qui vous ont conduit à prendre cette décision. Je comprends parfaitement votre position ; je prie Allah de vous mettre à l’abri du mal de ce monde et de l’injustice des hommes. Quant à moi, je reste malgré tout à votre disposition en cas de besoin.
Cordialement vôtre,
Ahmed Simozrag