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Solidarité et Entraide

Publication en ligne : vendredi 27 août 2004, par Maître Simozrag

1- Entraide familiale :

Parmi les familles musulmanes, il y a des riches, des moins riches (moyens) et des pauvres. Si les riches et les moyens accomplissent leurs devoirs d’entraide envers leurs proches nécessiteux, il n’y aurait ni pauvres ni nécessiteux dans la société islamique. Allah, Gloire et Pureté à Lui, a dit : « Cependant ceux qui sont liés par la parenté ont priorité les uns envers les autres, d’après le Livre d’Allah » Coran 8.75

Bien plus, la loi de l’Islam prévoit une double récompense de l’aumône envers les proches : la récompense du don et la récompense du maintien du lien de parenté. A ce propos, le prophète Muhammad a dit : « L’aumône au nécessiteux est une aumône et au proche parent une double aumône : aumône et maintien de lien ».

2-Entraide parmi les habitants du même quartier :

L’entraide parmi les habitants du même quartier est à la fois un devoir social et religieux. Cette entraide relève aussi du droit de voisinage. Le croyant ne peut rester indifférent face aux désespérés qui ont besoin de soins ou de nourriture dans son quartier. Abu Hurayra rapporte qu’un homme vint trouver le prophète et lui demanda : « Quelle est l’aumône la mieux rétribuée ? » Il lui répondit : « celle qui consiste à donner alors que tu es bien portant et dans la plénitude de ta cupidité, craignant la misère et espérant l’opulence. Ne diffère pas tes largesses pour le jour où, agonisant, tu diras ceci est pour un tel et cela pour tel autre, alors que de fait, cela leur appartient déjà. » (Bukhari et Muslim) Allah a dit : « Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. » 5.2

La prière collective a été décrétée en Islam dans le but de sensibiliser les gens à l’entraide et à la fraternité entre les membres de la communauté. Si la prière collective a une signification , c’est pour enseigner et concrétiser les valeurs de solidarité et d’entraide entre les musulmans d’un même quartier. Malheureusement bon nombre de musulmans accomplissent la prière en assemblée, dans la même mosquée mais ils ignorent ou feignent d’ignorer ces valeurs sublimes . Ils pensent qu’il suffit de faire la prière derrière l’Imâm avec quelques rakaas (génuflexion) surérogatoires pour mériter le qualificatif de musulmans pieux même si nous avons un proche ou un voisin qui se tord de faim ou qui souffre de la pauvreté et du besoin. Le vrai musulman est celui qui, grâce à sa prière, met en pratique les recommandations du prophète Muhammad qui a dit : « L’un de vous ne peut atteindre la plénitude de la foi jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » Et il a dit : « les croyants, dans leur solidarité, leur clémence, leur affection les uns envers les autres sont comparables aux organes d’un seul corps. Si un organe est malade, tout le corps en souffre. » Il a averti : « N’est pas croyant celui qui dort rassasié sachant alors que son voisin a faim. »

Si le musulman jeûne toute la vie, fait cent prières par jour et invoque Dieu debout, assis et couché, la foi ne s’établit pas dans son cœur tant qu’il n’accomplit pas son devoir à l’égard du voisin, de l’orphelin, de la veuve et du nécessiteux.

3 - Entraide parmi les habitants d’une agglomération :

Il n’y a pas de ville ni de village où il n’y a pas de pauvres. Les habitants de cette ville ou de ce village doivent être solidaires les uns envers les autres afin d’éviter l’exode et la concentration des populations démunies dans les grandes villes. L’absence de solidarité pousse les pauvres et les démunis à aller chercher un travail ou mendier dans les capitales. Certains vivent malheureusement des restes de nourritures jetés dans les poubelles. Cela se passe au vu et au su des habitants de la ville, voire du pays ou du monde entier grâce à la télévision. Alors que des musulmans aisés observent ce phénomène de pauvreté croissante sans qu’ils mettent la main à la poche et sans qu’ils prennent la moindre initiative pour remédier à cette situation lamentable. Et on récite dans nos prières : « Qu’est-ce qui vous a précipités dans Saqar ? Ils diront : ‘‘Nous n’étions pas de ceux qui faisaient la Salât, et nous ne nourrissions pas le pauvre » Coran 74.42,43 « Et qui te dira ce qu’est la voie difficile ? C’est délier un joug (affranchir un esclave), ou nourrir en un jour de famine, un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement » Coran 90.12-14

4-Entraide parmi les habitants d’un pays :

Les citoyens d’un pays doivent s’entraider et être solidaires les uns des autres. Cette solidarité et cette entraide nationales permettraient d’enrayer les disparités sociales et régionales. Une action sociale qui part d’un district doit progressivement s’étendre à l’ensemble du pays. Si nous habitons un district où il n’y a pas de mendiants ou de nécessiteux, cela ne veut pas dire qu’il n’en existe pas ailleurs dans le pays.

5- Constitution de comités d’entraide sociale :

Il convient de créer des comités d’entraide dans chaque quartier, chaque village et chaque ville. Ces comités doivent être constitués à partir de la mosquée car la mosquée est le lieu où les musulmans doivent gérer leurs affaires et régler leurs problèmes. Il faut noter que les mosquées appartiennent à Dieu et qu’ à ce titre elles doivent jouir d’une totale indépendance. Les membres de ces comités doivent être choisis parmi les notables, les riches et les jeunes musulmans soucieux des problèmes de pauvreté, honnêtes et conscients de l’intérêt général. Ces comités auront pour tâche de collecter les dons et la Zakât afin de les distribuer aux ayants-droit parmi les nécessiteux, les orphelins, les veuves et les personnes âgées du quartier et de la ville.

Le Prophète a dit : « Celui qui ne s’intéresse pas aux affaires des musulmans n’est pas des leurs ».

Si les musulmans avaient accompli ce devoir au niveau de chaque quartier, de chaque ville et de chaque village, ils parviendraient certainement à résoudre les problèmes de pauvreté et de frustration ; au lieu d’abandonner le terrain à des sectes qui font œuvre de désislamisation sous le prétexte de la lutte contre la pauvreté et les maladies.

Allah a dit :

« Oeuvrez car Allah va voir votre œuvre, de même que Son Messager et les croyants, et vous serez ramenés vers Celui qui connaît bien le visible et l’invisible. Alors, Il vous informera de ce que vous faisiez. » Coran 9.104

6-Multiplier les associations de bienfaisance :

Allah a prescrit des actes obligatoires et des actes facultatifs. Les actes obligatoires sont l’aumône légale (Zakât), les promesses à Dieu (Nudur), les offrandes, les aumônes expiatoires (kaffârat), l’aumône de fin de Ramadan, le secours du pauvre et du nécessiteux. Les actes facultatifs sont les dons, les legs et les libéralités de toutes sortes. Pour concrétiser et gérer ces ressources, il convient de mettre sur pied des associations chargées, d’une part, de sensibiliser la communauté au devoir de secours, de charité et de solidarité et d’autre part, de gérer ces ressources et d’en assurer la distribution au profit des ayants droit.

Ces associations doivent dépendre d’un organe central unique qui doit tenir une comptabilité régulière des recettes et des dépenses, affecter à chaque quartier le montant des ressources nécessaires et orienter les associations placées sous son contrôle dans le sens de la lutte contre la pauvreté, la misère, les maladies ainsi que pour l’exécution des tâches d’intérêt général, par exemple la construction des écoles et de centres de formation.

Etant donné l’existence des libertés au Burkina Faso, notamment la liberté d’association, il n’y a pas de raison que les musulmans n’en profitent pas, alors que d’autres associations laïques, parfois sans grande utilité, poussent comme des champignons. Il faut rappeler que la liberté d’association est prévue par la loi n° 10/92/ADP du 15 décembre 1992.

7- Il n’est pas permis en Islam que le musulman soit égoïste ou individualiste de sorte qu’il vive seulement pour lui-même ou pour sa famille sans se soucier des malheureux parmi ses proches parents, ses amis ou ses voisins alors qu’il peut leur venir en aide pour atténuer leurs souffrances. Le Prophète a dit : « Allah a imposé aux musulmans riches une quote-part destinée aux pauvres. Les souffrances des pauvres sont dues au manquement des riches à leurs obligations envers ces derniers. Allah leur demandera sévèrement des comptes et leur infligera un châtiment douloureux. » Et il a dit : « Le musulman est le frère du musulman, il ne l’opprime pas, il ne le prive pas de son soutien, il ne le méprise pas. Celui qui satisfait le besoin de son frère, Allah satisfera son besoin, celui qui aide son frère à résoudre une difficulté, Allah résoudra ses difficultés le jour de la résurrection, celui qui couvre son frère, Allah le couvrira le jour de la résurrection.

8- La richesse appartient à Dieu :

L’Islam enseigne que l’univers et tout ce qu’il contient appartient à Dieu. Cela est mentionné clairement dans plusieurs versets du Coran, exemple : « A Allah appartient le Royaume des cieux et de la terre » 45.27 « Et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés » 24.33 « C’est à Allah qu’appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre » 2.284

Les biens appartiennent à Dieu et les hommes n’en sont que gestionnaires ou dépositaires. Il leur appartient donc d’en assurer la gestion conformément aux instructions et à la volonté du propriétaire. Ils doivent acquérir ces biens et les dépenser selon les directives de Dieu et c’est cela le sens véritable de la foi et du culte :

Allah a dit :

« Croyez en Allah et en Son messager et dépensez de ce dont Il vous a fait mandataires. Ceux d’entre vous qui croient et dépensent (pour la cause d’Allah) auront une grande récompense » 57.7

Allah nous ordonne de dépenser pour Sa cause une partie des biens dont Il nous a confié la gestion : « ...et que celui dont les biens sont restreints dépense ce qu’Allah lui a accordé. Allah n’impose à personne que selon ce qu’Il lui a donné » 65.7 « Prélève de leurs biens une aumône (sadaqa) par laquelle tu les purifies et accrois leurs biens » 9.103

Si l’homme est lui-même la propriété de Dieu, les biens qu’il possède ne sont qu’accessoires à cette propriété principale.

9- La thésaurisation est interdite en Islam :

« A ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce un châtiment douloureux. Le jour où ces trésors seront portés à l’incandescence dans le feu de l’Enfer et qu’ils en seront cautérisés, front, flancs et dos : voici ce que vous avez thésaurisé pour vous-mêmes. Goûtez de ce que vous thésaurisiez » 9 .34,35

10- Les bienfaits de l’aumône :

« Vous n’atteindrez pas la vraie piété que si vous faites l’aumône de ce que vous aimez. Tout ce que vous donniez, Allah le sait certainement bien » Coran 3.92

a) Abou Talha était le plus riche des Médinois. Il avait un jardin en face de la mosquée où il y avait une source d’eau très douce. Le Prophète en buvait de temps en temps. Lorsque ce verset fut révélé, Abou Talha décide de faire don de ce jardin. Il le fait savoir au Prophète en disant que c’est l’un de mes biens que j’aime le plus ; alors je le donne en aumône conformément au verset du Coran afin d’obtenir sa récompense auprès de Dieu. Le Prophète lui répondit : tu as fait une bonne affaire. C’est acquis. Mais je propose que tu en fasses don à ta famille. Abou Talha a loti le jardin pour en faire des libéralités aux membres de sa famille.

b) Tha’laba Ibn Hatib demanda à plusieurs reprises au Prophète de prier Dieu afin de l’enrichir. Le Prophète lui répondit qu’il vaut mieux être reconnaissant avec peu de bien que d’être riche sans accomplir ses devoirs, c’est-à-dire les droits de Dieu. Tha’laba insiste en jurant que si Dieu lui dispense des biens, il donnerait à chacun ses droits. Le Prophète pria Dieu d’exaucer le vœu de Tha’laba. Celui-ci, en peu de temps, devient propriétaire de nombreux troupeaux de cheptel si bien que, trop occupé, il abandonna progressivement la prière à la mosquée même le vendredi. Le Prophète a demandé après lui, on lui fait savoir qu’il a plusieurs troupeaux de mouton à gérer. Le Prophète a dit : ‘‘ Malheur à Tha’laba’’. Ensuite, il dépêcha deux percepteurs pour encaisser la Zakât ; Tha’laba refuse de payer, objectant que cela n’est qu’un tribut ou quelque chose de similaire ; puis il demanda un délai de réflexion.

En conséquence, un verset du Coran a été révélé au sujet des mécréants et des hypocrites dans lequel, Dieu dit :

« Et parmi eux, il en est qui avaient pris l’engagement envers Allah : ‘‘S’Il nous donne de Sa grâce, nous payerons, certes, la Zakât et serons du nombre des gens de bien ’’. Mais, lorsque Il leur donna de Sa grâce, ils s’en montrèrent avares et tournèrent le dos en faisant volte-face. Il a donc suscité l’hypocrisie dans leurs cœurs, et cela jusqu’au jour où ils Le rencontrent, pour avoir violé ce qu’ils ont promis à Allah et pour avoir menti » Coran 9.75,76

Lorsqu’il a appris la révélation de ce verset, Tha’laba a regretté et décidé de payer la Zakât. Le Prophète refusa de l’accepter. Après la mort du Prophète, Tha’laba tenta de payer la Zakât entre les mains du premier Calife Abû Bakr. Ce dernier refusa au motif qu’il n’avait pas à accepter ce que le Prophète avait refusé. Tha’laba tenta le même coup avec Umar Ibn Al-Khattab, ensuite avec Uthmâne Ibn Affâne qui refusèrent d’encaisser. Tha’laba est mort sous le règne d’Uthmâne avec la peur dans le ventre et l’hypocrisie dans le cœur.

c) L’avarice est un très mauvais défaut car en fait, c’est l’avarice qui a amené Tha’laba à trahir son engagement envers Dieu. Le Prophète a dit : « Si vos dirigeants sont désignés parmi les meilleurs d’entre vous, si vos riches sont les plus généreux d’entre vous, si vos affaires sont l’objet de consultation entre vous, le dessus de la terre (la vie) est mieux pour vous que son dessous (la mort). En revanche, si vos dirigeants sont vos pervers, vos riches des avares et vos affaires confiées à vos femmes, le dessous de la terre (la mort) est mieux pour vous que son dessus (la vie) ». En d’autres termes, si le dirigeant est pervers et le riche avare, c’est un signe de corruption et de malheur où la mort serait préférable à la vie.

d) Aicha a rapporté ce propos du Prophète selon lequel : la générosité est un arbre dont les racines se trouvent au Paradis et les branches pendues dans la vie ici-bas, celui qui s’y accroche, l’amène au Paradis. L’avarice est un arbre dont les racines se trouvent en Enfer et les branches pendues dans la vie ici-bas, celui qui s’y accroche l’amène en Enfer. « Faites l’aumône pour vous-même et pour vos morts ne serait-ce qu’avec une gorgée d’eau, si vous ne pouvez pas, faites-le avec un verset du Coran, si vous ne connaissez rien du Coran, invoquez pardon et miséricorde de Dieu, Il vous exaucera comme promis. » (hadith)

« Celui qui donne en aumône l’équivalent d’une datte d’un bien licite car Dieu est Bon et n’accepte que ce qui est bon, Dieu l’accepte et l’élève pour vous comme celui qui élève un poulain, jusqu’à ce qu’elle devient aussi énorme qu’une montagne. » (hadith)

Cela signifie que tout ce qu’on donne comme aumône, Dieu le fructifie, l’accroît et y ajoute de Sa grâce de telle sorte qu’elle pèse aussi lourd qu’une montagne dans la balance.

Quelqu’un m’a posé cette question : Pourquoi la récompense de l’aumône est meilleure que celle de tous les actes de dévotion ? J’ai donné la réponse suivante : Parce que le fait de donner de l’argent est plus difficile que les autres actes de culte ; et plus l’acte est difficile à supporter, meilleure sera la rétribution, d’où le sens du verset cité plus haut : « Vous n’atteindrez pas la vraie piété jusqu’à ce que vous faites l’aumône de ce que vous aimez ».

Le Prophète a dit : « L’aumône ferme soixante-dix portes de malheur, il y a quatre taux de récompense : une aumône dont la récompense est multipliée par dix (10 fois la valeur de l’aumône), une autre par soixante-dix, par sept cents et par sept mille . Celui qui a de l’argent, il fait l’aumône de son argent, qui a du savoir, fait l’aumône de son savoir, qui a une force, fait l’aumône de sa force ».

Allah a dit :

« Celui qui donne et craint (Allah) et déclare véridique la plus belle récompense, Nous lui faciliterons l’accès au bonheur. Et quant à celui qui est avare, se dispense de l’adoration d’Allah et traite de mensonge la plus belle récompense, Nous lui faciliterons l’accès au malheur. Et ses richesses ne lui serviront à rien quand il sera jeté au Feu.. C’est à Nous, certes, de guider. A Nous appartient, certes, la vie dernière et la vie présente. » Sourate 92

Chacun est guidée dans la voie qu’il souhaite, selon ses désirs. S’il désire le bien, Dieu lui facilite l’accès à ses voies, aux voies du bien ; s’il désire autre chose, Dieu lui en facilite l’accès.


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