le travail

Publication en ligne : mardi 29 mai 2007, par Maître Simozrag

Nul besoin de se perdre dans les dédales des définitions. L’on se contente d’affirmer à priori que le travail est toute action accomplie par l’homme ou la femme en vue de subvenir à ses besoins ou de venir en aide à son prochain et de contribuer au progrès de la société. En Islam, le travail est indispensable. Quel que soit l’angle d’approche, le travail apparaît comme une valeur fondamentale assimilée au bien lui-même, à la vertu et au devoir. Le travail a pour but l’exploitation de la terre, son peuplement, sa viabilisation, en d’autres termes l’amélioration des conditions de la vie, la culture pour se nourrir, l’invention, la rénovation, la construction, etc. L’islam ne fait pas de distinction entre le travail manuel et le travail intellectuel.

Contrairement à d’autres civilisations, l’islam a d’emblée défini comme tel le travail en le valorisant, en le sanctifiant au point de le rendre un acte d’adoration. En dehors de l’islam, le travail est mal défini, méprisé, discrédité, il n’a guère été apprécié à sa juste valeur. Fort nombreuses sont les digressions sur ce point. Certains considèrent le travail comme un fardeau ou une contrainte limitant la liberté de l’homme, d’autres le confinent dans des intérêts purement matériels, d’autres y voient une malédiction liée au péché originel. Le travail est une sanction, disent les uns, un supplice disent les autres. Or, il est intéressant de savoir d’où viennent ces conceptions qui n’ont pas manqué d’influer négativement sur les relations humaines depuis la nuit des temps ?

La Bible dit : « C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie...C’est à la sueur de ton front que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris » Genèse 3.17-19

L’origine latine du mot travail est tripalium, un instrument de torture. Le mot « torture » a une connotation négative évoquant l’idée de soumission et d’esclavage. Les grecs regardaient avec mépris le travail manuel. Selon eux, le travail est une dégradation, un déshonneur. Ce sont donc les esclaves qui travaillent. L’homme libre ne doit pas travailler ; il doit se consacrer aux œuvres de l’esprit.

La conception romaine du travail se situe dans le même sillage. Le travail est méprisé par les romains. Les travaux pénibles étaient exécutés par les esclaves.

Cette mentalité a prévalu en Europe jusqu’à la réforme qui fonda le protestantisme au 16e siècle. Ce fut seulement à cette époque qu’on commença à donner au travail un certain sens. Mais les bonnes volontés des réformistes n’ont pas réussi à effacer des mémoires la mauvaise influence des conceptions dévalorisantes du travail. Les bouleversements techniques ont contribué à renforcer la remise en cause de celui-ci, déjà mal vu et déconsidéré depuis des temps lointains. Des voix s’élèvent actuellement pour se plaindre de la fin du travail comme valeur essentielle. Il ne sert à rien de se lamenter sur le sort de quelque chose que nous avons tué nous-mêmes. En tous cas, si le travail venait réellement à disparaître, c’est tout simplement l’aboutissement logique d’un processus de dépréciation entamé à cet égard depuis des millénaires. Quoi qu’il en soit, si cela devait se produire, il ne se produirait qu’en occident. Les pays pauvres, et heureusement, ne seront point touchés par ce phénomène.

Pour mesurer l’impact du mépris du travail sur les esprits en occident, j’ai pu relever quelques citations révélatrices de la pensée en question que je me permets de présenter ci-après au lecteur :

« Rien ne sert d’être vivant, s’il faut que l’on travaille. » André BRETON « L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié. » George BERNARD SHAW

« La vie n’est pas le travail : travailler sans cesse rend fou. » Charles DE GAULLE « Se rendre à un travail, c’est se constituer prisonnier. » Anonyme

« Le travail est l’opium du peuple... Je ne veux pas mourir drogué. » Boris VIAN

« Le travail est un meurtre en série, un génocide. Le travail tuera, directement ou directement, tous ceux qui lisent ces lignes. Dans ce pays, le travail fait chaque année entre 14 000 et 25 000 morts, plus de deux millions d’handicapés, 20 à 25 millions de blessés. C’est bien ce qui s’appelle un meurtre ! » Bob BLACK : Travailler, moi ? Jamais !

L’Islam est aux antipodes de ces conceptions. Il y a plus de quatorze siècles, l’islam a reconnu au travail sa valeur et sa dignité, ce qui nous permet d’affirmer que l’idée chrétienne, au demeurant bien tardive, de revalorisation du travail est loin d’être originale. Paul n’a pas sanctifié le travail. Il avait seulement dit : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Thessaloniciens 3.10).

Cela veut dire que le travail procure la nourriture, ce qui est vrai en partie, mais ce n’est pas tout, car le travail ne se limite pas à un intérêt économique, autrement dit à un moyen de gagner de l’argent. Par contre, ce qui peut être considéré comme un apport remarquable est le génie de faire du travail l’équivalent de la prière, cet apport fut celui du Prophète Mohammed avant qu’il fût attribué à Luther.

1-Le but du travail

Le but du travail est lié à la finalité de la vie, à la raison d’être de l’homme qui est l’adoration de Dieu. Cette adoration ne se borne pas à l’exercice du culte au sens purement cultuel, elle s’étend à l’accomplissement du bien et des bonnes œuvres en faveur d’autrui, de la société et de l’humanité en général. Le travail y est inclus naturellement. a) Peupler la terre, l’exploiter, en extraire la nourriture nécessaire à la survie humaine sont autant de tâches qui font partie à la fois du travail et de ses nobles objectifs. Sans le travail, la terre serait comparable à un désert inhabitable.

b) Faire le bien : « Celui qui a créé la vie et la mort pour vous éprouver et connaître ainsi celui d’entre vous qui agit le mieux » 67.2

« Dis : oeuvrez car Dieu va voir votre œuvre, et aussi Son messager et les croyants. Et bientôt vous serez ramenés vers Celui qui connaît le visible et l’invisible. Alors Il vous informera de ce que vous faisiez » s9.105

« Travaillez, ô famille de David, et rendez-moi grâce ainsi de Mes bienfaits, car peu de Mes serviteurs sont reconnaissants’ s34 v13

Jabir rapporte que le prophète (Paix et Salut sur lui) a dit : « Tout musulman qui plante un arbre fruitier se verra compter autant d’aumônes que de fruits mangés, même s’ils sont volés » Rapporté par Muslim Une autre version est formulée comme suit : « Tout musulman qui plante un arbre fruitier ou sème une graine se verra compter pour chaque homme, chaque animal et chaque oiseau qui vient à en manger, une aumône au jour de la Résurrection ».

c) Venir en aide aux autres, soit par le travail, soit par le don. La société ressemble à une famille dont les membres se soutiennent les uns, les autres. Tous les membres de la société ne sont pas aptes au travail, soit pour des raisons de santé, d’accident ou autre motif légitime. Ces derniers ont besoin de l’aide de ceux qui travaillent ou qui peuvent travailler. Cette aide leur revient de droit étant donné la fraternité humaine qui nous lie

2- L’utilité du travail

Le travail doit être avantageux pour les hommes et il ne doit pas être sans utilité comme l’écume de la mer ni au service du mal.

L’homme qui travaille est un être utile à lui-même, à sa famille et à la société. Non seulement, il se prend en charge lui-même et sa famille grâce au travail, mais aussi il contribue à la prospérité, à la santé et à l’amélioration des conditions de la vie. Comme cultivateur ou éleveur, il produit la nourriture et les aliments nécessaire à la subsistance ; comme enseignant, il forme la jeune génération et la prépare au travail et à la relève ; comme cadre, il veille, dirige et organise ; comme technicien, il répare, conduit et invente ; comme ouvrier, il nettoie, entretient, veille au maintien de la propreté et de l’hygiène, construit et aide à la construction ; comme commerçant, il rapproche la marchandise du client ; comme médecin il soigne et soulage les souffrances des malades. Toute contribution à l’exécution d’une tâche manuelle ou intellectuelle allant dans le sens du besoin au service du bien est un travail utile. Par comparaison à celui qui ne travaille pas, la différence est évidemment énorme. Celui-ci, outre le fait qu’il ne produit pas, représente une lourde charge pour la société. Sans compter que cette situation accentue sa vulnérabilité face aux tentations diaboliques. Il pourrait facilement devenir délinquant ou drogué.

On comprendra pourquoi le Prophète a baisé la main d’un de ses compagnons après qu’il l’ait trouvé rugueuse à cause du travail. Puis il ajouta ces mots : « C’est une main que Dieu et Son Prophète aiment ».

« Dieu aime que l’un de vous qui fait un travail qu’il le perfectionne », disait le Prophète (Paix et Salut sur lui).

« Telle est l’œuvre de Dieu qui a tout façonné à la perfection. Il est parfaitement au courant de ce que vous faites » s27 v88

3-Le travail est une occasion de pardon des péchés

Le travail est une occasion de pardon des péchés. Le Prophète (Paix et salut sur lui) a dit : « Celui qui se trouve fatigué au soir à cause de son travail, celui-là se trouve pardonné à son soir »

4-Le travail est un devoir

L’Islam considère le travail comme un devoir. Celui qui travaille pour satisfaire ses besoins et les besoins de sa famille, est dans la voie de Dieu.

Un homme affairé passa un jour devant le Prophète, certains ont dit que ce serait mieux pour lui s’il peinait dans la voie de Dieu. Le Prophète leur répondit : « S’il bossait pour nourrir ses enfants en bas âge, ou pour nourrir ses ascendants âgés, ou pour se prémunir contre le besoin, il est dans la voie de Dieu, s’il est sorti pour se montrer ou se vanter, il est alors dans la voie de Satan ». Chaque fois que le Prophète trouva quelqu’un en train de mendier alors qu’il est capable de travailler, il le déconseillait de mendier pour préserver son honneur et sa dignité et l’aidait à trouver une occupation.

C’est ainsi que l’Islam apprécie le travail et les travailleurs. Il considère le produit de la main comme le meilleur acquis et le plus licite.

La meilleure nourriture, disait le Prophète, est celle que l’on acquiert au moyen du travail de sa main. Le prophète David vivait du produit de sa main.

Le devoir du travail vient juste après le devoir de la prière ; Dieu nous exhorte à rechercher ou à regagner le travail une fois la prière accomplie : « Lorsque la prière est achevée, dispersez-vous sur terre, recherchez la grâce d’Allah ; invoquez souvent le nom d’Allah. Afin que vous réussissiez » 63.10

Le musulman est responsable de l’entretien de son épouse, de ses enfants et de ses parents et s’il n’assume pas convenablement cette responsabilité, Dieu lui demandera des comptes et le punira en cas de carence ou de manquement à ces obligations.

« Il suffit à l’homme comme péché, celui d’abandonner ceux dont il a la charge » (hadith)

5-Le travail est un acte d’adoration

L’Islam va plus loin encore en considérant le travail comme un acte d’adoration. Toute activité, tout travail que le croyant exerce est considéré comme un acte de culte, d’adoration du fait qu’il ne triche pas et qu’il cherche toujours à gagner un salaire ou un bénéfice de manière honnête et licite. Lorsque le musulman fabrique un instrument, même un balai ou une table ou un produit ou lorsqu’il élève une construction avec l’intention de rendre service à lui-même ou aux autres, tout en reconnaissant que Dieu lui a donné la santé et les moyens de réaliser son ouvrage ou son projet, cette conviction et cette reconnaissance transforment son activité en acte d’adoration et il en aura la récompense. Si le musulman a les capacités physiques de travailler, il ne faut pas qu’il soit une charge pour les autres ou qu’il tende sa main aux gens. Son devoir lui impose d’être utile à sa famille et à la société humaine.

Lorsque le Prophète a fraternisé entre les émigrés mecquois et les Ansars médinois, Abdurrahmane Ibn Aouf était lié par le pacte de fraternité à Qaïs Ibn Arrabi’e. Ce dernier lui proposa la moitié de ses biens. Abdurrahmane Ibn Aouf n’avait pas accepté, il se contenta de demander à son frère conventionnel de lui montrer le marché pour se lancer dans le commerce. Après avoir pris connaissance du marché, il se mit à acheter de la marchandise pour la revendre et ainsi il s’est procuré des ressources non seulement pour vivre et pour se marier, mais aussi pour soutenir la mission du Prophète (Paix et Salut sur lui).

En peu de temps, Abdurrahmane devint l’un des grands riches de Médine. Un jour sa caravane composée de sept cents chameaux chargés de vivres, entra à Médine et provoqua un grand remue-ménage. Aicha (qu’Allah soit satisfait d’elle) interrogea son entourage : « Qu’est-ce que ce bruit ? » On lui répondit : C’est la caravane de Abdurrahmane Ibn Aouf qui rentre de voyage. Aicha dit : « Qu’Allah lui bénisse ce qu’Il lui a donné dans ce monde, certes, sa récompense dans l’au-delà est beaucoup plus importante, j’ai entendu le Messager d’Allah dire : ‘‘Abdurrahmane Ibn Aouf entrera au Paradis en rampant’’. On a rapporté cette bonne nouvelle à Abdurrahmane Ibn Aouf lequel se précipita vers Aicha et lui dit : ‘‘ Ô Mère, est-ce vrai que tu as entendu cette annonce du Prophète ?’’ Oui, lui rétorque Aicha. Il a sauté de joie en disant : ‘‘Si je pouvais, je voudrai entrer debout au Paradis, je te prends à témoin, mère, que je fais don à Dieu (fi sabil illeh) de toute cette caravane, les chameaux, leurs bâts et leurs charges’’.

Le prophète a vu un homme qui se consacrait au culte dans la mosquée. Il interrogea ses compagnons : « Qui subvient à ses besoins ? ». Ils dirent : « Nous tous ! » Alors, le Prophète a dit : « Vous êtes tous mieux que lui » Une autre version : « Son frère (qui subvient à ses besoins) est mieux que lui ». D’après Az-Zoubair ibn al-Awwâm, le Prophète (Paix et Salut sur lui) a dit : « il vaut mieux faire des fagots de bois en montagne et les ramener sur son dos pour les vendre que de mendier auprès des gens, qu’ils vous donnent ou qu’ils refusent de vous donner » Bukhari

« Celui qui cherche ce qui est licite pour éviter la mendicité, nourrir sa famille et étendre sa générosité à son voisin, rencontrera Dieu avec un visage comme la pleine lune » (hadith)

Compte tenu de ces enseignements, Omar, le deuxième Calife, a fait un reproche à un homme qui aimait s’installer dans la mosquée sans travailler, lui disant : « le Ciel ne pleut ni d’or ni d’argent »

Ainsi, au regard de l’islam, le travail n’est ni une malédiction ni un supplice, c’est plutôt un devoir, un honneur et surtout un remède contre certains maux, entre autres, la pauvreté et la mendicité.


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